Moi j'adore pas le mot de pénibilité, parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible

C’était le 3 octobre à Rodez (Aveyron). En super-vendeur de sa réforme très contestée des retraites, le chef de l’état inaugurait le lancement d’une consultation citoyenne.

Par Nathalie Carmeni
Par Nathalie Carmeni
Publié le 10 octobre 2019, modifié le 14 mai 2026
NVO, la Nouvelle Vie Ouvrière, le journal de l’actualité sociale, syndicale et juridique des militants de la CGT
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Moi j’adore pas le mot de pénibilité, parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible

Emmanuel Macron
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C’était le 3 octobre à Rodez (Aveyron). En super-vendeur de sa réforme très contestée des retraites, le chef de l’état inaugurait le lancement d’une consultation citoyenne.
Devant quelque 500 Français venus assister à son show, Emmanuel Macron a voulu renouer avec le président-philosophe au pensum profond et aux petites sentences qui claquent-clashent-buzzent. Mal lui en a pris : dans le droit fil de ses précédentes sorties jupitériennes — « Les illettrées de Bretagne », « Les fainéants du Nord », « Les chômeurs qui doivent traverser la rue », « Les Gaulois réfractaires », etc. — celle du 3 octobre a illico enflammé les réseaux sociaux, où les internautes ont déversé des railleries parodiques bien senties. Petit florilège : « Moi, j’adore pas le mot macronie parce que ça donne le sentiment d’avoir Macron pour président » ; ou encore, « Moi j’adore pas le mot écologie parce que ça donne le sentiment que la planète est polluée », ont ironisé des milliers de twittos visiblement transcendés par l’essence philosophique de cette leçon présidentielle, qu’on pourrait résumer ainsi : « Si la réalité ne vous plait pas, niez-là ». Cette énième sortie macronienne n’était pourtant que la version low cost d’un pensum déjà exprimé par le banquier-philosophe durant la campagne présidentielle de 2017. Devant le patronat de la CGPME, le candidat Macron avait alors déclaré :
« Je n’aime pas le terme de pénibilité, donc je le supprimerai, car il induit que le travail est une douleur ».
Deux ans plus loin, à Rodez, le président n’a fait qu’adapter son langage à un public de derniers de cordée en déguisant d’un mauvais Français, « Moi j’adore pas », cette même idée très simpliste : si on ne la reconnait pas, la pénibilité au travail ne se dédommagera pas, ni à l’âge actif, ni à la retraite. Les ouvriers dont l’écart moyen d’espérance de vie à 35 ans est de 6,4 années par rapport à un cadre (Insee, 2016) apprécieront la finesse du raisonnement jupitérien. Et réaliseront enfin pourquoi celui qui a réussi, qu’il les croise dans des gares ou à Rodez, les postule philosophiquement et à-prioristiquement pour des riens.
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