« On a réussi de justesse à maintenir l’interdiction du travail des enfants », Gautam Mody, syndicaliste indien
En Inde, le gouvernement nationaliste « pro business » a mis à profit la crise sanitaire pour dégainer des ordonnances annihilant le Code du travail. Entretien avec le syndicaliste Gautam Mody, secrétaire général de la New Trade Union Initiative of India (NTUI).
Publié le 17 juillet 2020, modifié le 14 mai 2026
En Inde, le gouvernement nationaliste « pro business » a mis à profit la crise sanitaire pour dégainer des ordonnances annihilant le Code du travail. Entretien avec le syndicaliste Gautam Mody, secrétaire général de la New Trade Union Initiative of India (NTUI).
Article paru dans La CGT Ensemble ! de juin 2020
La NTUI, une centrale syndicale à part En 2001, plusieurs syndicats indépendants du secteur organisé et informel se groupent sous la bannière de la Nouvelle initiative syndicale (NTUI). Leur credo ? Rompre avec le syndicalisme traditionnel indien, organiquement et fortement lié aux partis politiques. Cinq ans plus tard, la NTUI se constitue en fédération syndicale nationale.
En 2016, lors de son dernier congrès, elle revendique 1,3 million d’adhérents ; 30 % des 500 délégués présents sont des femmes – trois sont élues membres du bureau national, qui en compte six. Ce qui montre l’engagement de la NTUI en faveur de la promotion de l’égalité des genres. Autre fait exceptionnel pour l’Inde, où habituellement les dirigeants syndicaux restent plusieurs dizaines d’années en place, la NTUI a fait le choix d’un renouvellement régulier de ses instances. Gautam Mody, son actuel secrétaire général, a ainsi été désigné il y a quatre ans.
De nos jours, la NTUI a réussi à s’imposer comme une force syndicale indépendante des partis politiques, des gouvernements et des employeurs, et ainsi a pu fluidifier les relations entre les onze principales centrales syndicales. Ce qui a débouché, entre autres, sur une grève générale unitaire début 2016 contre les politiques néolibérales et les mesures d’austérité du gouvernement indien.
La situation économique se détériore depuis 2008, avec une forte aggravation depuis l’arrivée au pouvoir, en 2014, du parti nationaliste de droite hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP). Il s’est attaqué à notre protection sociale, au salaire minimum, etc. Bien que le BJP soit un parti « pro business », l’investissement dans le pays a chuté.
En conséquence, le taux de chômage a bondi, notamment chez les jeunes [6,1 %, NDLR], à un niveau jamais atteint depuis cinquante ans. Notre pays a aussi été le théâtre de graves violences contre les musulmans, exactions attisées par le BJP qui veut « hindouiser » le pays, institutionnaliser la discrimination envers les musulmans, pour s’attirer en retour la sympathie de la petite et moyenne bourgeoisie hindoue.
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