Incarcérations, drogues, sans-abrisme : les crises qui fracturent la société américaine en chiffres

Si Donald Trump aime à afficher un air de triomphe, son bilan social est dramatique.
Depuis son arrivée au pouvoir, le président des États-Unis, Donald Trump, a ciblé les personnes étrangères comme responsables de la dégradation des conditions de vie des Américains jusqu’à les persécuter. Alors que les arrestations de la police de l'immigration ICE se multiplient à un niveau sans précédent, il en va de même pour les manifestations de citoyens qui critiquent la politique autoritaire de leur dirigeant. D’autant que la détresse sociale des Américains semble de plus en plus forte. Ainsi, tandis que le chômage remonte légèrement pour atteindre les 4,5% et que les prix à la consommation ne diminuent pas, une large majorité des citoyens américains estiment, selon un sondage publié le 2 février par l’institut FiftyPlusOne, que Donald Trump fait fausse route et dans la politique menée pour réduire le coût de la vie et en matière d'emploi.
Le taux de pauvreté est d’ailleurs éloquent. Selon les deux outils de mesure employés par les Américains, la mesure officielle et la mesure supplémentaire de pauvreté (qui prend davantage en compte les impôts et les dépenses liées au travail), plus de 10% de la population vivaient sous le seuil de pauvreté en 2024 : 10,6% pour la première, 12,9% selon la seconde.
Un système de santé à bout de souffle
Il faut dire que les orientations de l’exécutif ne vont pas franchement dans le sens de la lutte contre les inégalités. Adoptée en juillet dernier, la « Big Beautiful Bill » de Donald Trump prévoyait une série de réformes fiscales favorables aux plus riches : entre autres, le prolongement de réductions fiscales aux particuliers et aux entreprises… .. Et le renforcement de 100 milliards d'euros de la politique anti-immigration. Un autre volet de ce texte budgétaire met encore en place des coupes drastiques dans le secteur de la santé. Selon la Maison Blanche, ce sont environ 1,4 million de bénéficiaires clandestins qui vont être rayés de la liste du Medicaid, l'assurance médicale publique, conformément au texte. Les Républicains ne souhaitent pas s'arrêter là, puisqu'ils souhaitent d'ici à la fin de l'année 2026, radier de la liste du Medicaid l'ensemble des adultes au chômage sans enfant ni handicap. Le bureau du budget du Congrès a fait savoir que 8,6 millions de personnes pourraient ainsi être évincées de la couverture médicale d’ici neuf ans.
Une situation catastrophique qui viendrait fragiliser les plus précaires et qui s'ajoute à une situation déjà tendue. En 2024, environ 7,5% de la population, soit plus de 25 millions d'Américains, n'étaient couverts par aucune forme de protection sociale.
En moyenne en 2025, les dépenses du gouvernement s'élevaient à 14 885 dollars pour chaque américain. Une somme plus de deux fois plus élevée que la moyenne des pays de l'OCDE.
Le fléau de la drogue
Autre problème de santé publique majeur : la consommation de drogue. En 2024, le nombre d'overdoses a baissé de 30%, dans la foulée des lois mises en place par Joe Biden. Une baisse en trompe-l'œil car les morts par overdose sont toujours plus nombreuses qu'avant la crise du Covid-19, période durant laquelle ces dernières avaient augmenté en raison de la perturbation des soins de santé et de l'aggravation des problèmes de santé mentale. Ainsi, plus d'un million d'Américains sont morts par overdose ces 20 dernières années.
Malgré ces améliorations générales, les overdoses restent la principale cause de mortalité pour les Américains âgés de 18 à 44 ans. Le fentanyl et autres opioïdes de synthèse restent les plus meurtriers, du fait de leur faible coût de production, de leurs effets forts et de leur haut potentiel addictogène.
Un taux d'incarcération en hausse
En 2021, les États-Unis atteignaient le triste record du pays ayant à la fois la population carcérale la plus importante, avec plus de deux millions de personnes emprisonnées, ainsi que le taux d'incarcération (le nombre de prisonniers pour 100 000 habitants), lui aussi le plus élevé.
Depuis, la situation est allée de mal en pis. Depuis 2023, 50 000 prisonniers ont été ajoutés au triste record précédent, ce qui équivaut à une augmentation d'environ 4,8 %.
Il est encore trop tôt pour mesurer les effets des politiques de Donald Trump sur cette surpopulation carcérale mais au cours du premier mois sous l’administration actuelle (du 25 janvier au 23 février 2025), le nombre de personnes détenues par l’ICE a augmenté de 4 500 (12 %).
Un accès au logement de plus en plus restreint
Un autre enjeu majeur pour les prochaines élections de mi-mandat prévues en novembre prochain concerne l'accès au logement. En 2026, la Chambre du commerce estimait qu'il manquait 4,7 millions de logements pour satisfaire la demande. Lors du forum économique de Davos en janvier dernier, Donald Trump a mentionné des pistes de solution pour répondre à cette crise du logement, comme le fait d'empêcher les investisseurs institutionnels d'acheter des maisons individuelles. Une annonce « cosmétique », parmi tant d'autres, pour beaucoup de spécialistes, car ces acteurs détiennent moins de 2 % du parc immobilier.
En parallèle de cet accès quasi-impossible à la propriété pour de nombreux Américains, le nombre de personnes sans domicile est aussi monté en flèche pour atteindre un pic historique : elles étaient 771.480 en 2024.
Noah Gaume