6 février 2026 | Mise à jour le 6 février 2026
Sylvie Sortais accompagne les morts dans leur ultime voyage, et plus loin encore. Une profession qu'elle exerce dans la région de Nantes (Loire-Atlantique), par vocation et avec le sourire, même dans les moments plus compliqués pour les proches.
« On me dit souvent que je ressemble à une hôtesse de l'air. Après tout, j'amène les gens au paradis ! » Une référence au foulard coloré qui rehausse son impeccable tenue noire. Malgré une nuit écourtée par une intervention chez un défunt, Sylvie Sortais a une bonne humeur communicative. Elle exerce depuis cinq ans le métier de maîtresse de cérémonie funéraire, dans une entreprise de pompes funèbres à Nantes, en Loire-Atlantique.« Je préfère dire maître », précise-t-elle, « moins connoté » dans un environnement de travail très masculin. Une reconversion par vocation, après seize ans comme agente administrative en mairie. « Je m'occupais des états civils : les naissances, les mariages, les décès. » Elle gérait aussi les concessions dans les cimetières. « Être régulièrement au contact des métiers du funéraire m'a intéressée. J'avais cette envie d'aider les gens dans cette étape, de leur prendre la main. » Elle décide alors de prendre une disponibilité pour préparer le diplôme de maître de cérémonie et conseiller funéraire.
Savoir aussi composer avec la famille
Le maître de cérémonie est le chef d'orchestre des funérailles, tant pour les proches de la personne défunte que pour son équipe. « Je ne suis rien sans mes collègues », précise Sylvie. Un métier exigeant à la fois une présence de chaque instant et une certaine discrétion. « J'ai l'habitude de dire qu'un bon deuil débute par de bonnes obsèques. On n'a pas de deuxième chance ! » Elle compose avec les attentes de chaque famille, leurs désaccords aussi, en jouant un rôle de médiatrice bienveillante. Son apparence, tout comme son comportement, est impeccable. « On renvoie l'image de notre société. » Elle souligne une plus grande liberté vestimentaire pour les femmes, « sans attirer l'attention » : veste et pantalon, parfois une jupe, noirs bien sûr.
Jour et nuit et sur tous les fronts
Le poste de Sylvie est polyvalent. Maîtresse de cérémonie durant un mois, elle assure ensuite pendant quinze jours le lien entre les différentes agences de son employeur pour les formalités administratives. « Je suis beaucoup sur la route, en solo. » Les quinze jours suivants sont consacrés aux astreintes de nuit, en cas de décès à domicile, après qu'un médecin a constaté le décès, ou par réquisition de police dans un lieu public. Ces interventions se préparent toujours : quel brancard utiliser – selon le poids de la personne –, porter à deux ou à quatre, y a-t-il un ascenseur ou des escaliers. « C'est aussi bien pour ne pas se faire mal que pour ne pas heurter le défunt. » Elle confie une appréhension sur l'état de dégradation de la personne à transporter. « Parfois on voit et on sent des horreurs. Il faut réussir à dormir après », résume-t-elle sobrement. Ils échangent beaucoup entre collègues pour décompresser après des moments difficiles. Après avoir assuré toute une cérémonie, elle est parfois amenée à porter les cercueils et à conduire le corbillard, deux postes lui permettant de faire un peu tomber la pression. Sinon elle sort marcher pour se vider la tête, et aime cuisiner en écoutant de la musique en rentrant le soir.
Mauvaise presse pour un métier si humain
« Les métiers du funéraire ont une mauvaise image », déplore Sylvie. « Alors que les familles me remercient toujours après les cérémonies. » Elle fait le choix de ne parler « que des bons côtés » à ses proches. Son métier suscite beaucoup de curiosité. Ça n'est jamais malsain, « mais les gens se demandent ce qui m'attire. Je ne sais pas l'expliquer ». Attention toutefois à ne pas lui répondre un laconique : « Il en faut… » Elle ne se voit pas faire autre chose. « J'aime être aux petits soins, apporter du soulagement aux gens. » Et aider aux choix musicaux lors des crémations, par exemple. « J'adore Céline Dion mais je ne peux pas en mettre tout le temps », rit-elle. Le plus dur, pour elle, reste les funérailles d'enfants, « même s'ils ont 50 ans, ce n'est pas logique que ce soient ses parents qui le pleurent », et de maîtriser ses émotions même quand une famille, ou une chanson, la remue.« Les personnes âgées endeuillées me touchent beaucoup. » Mais rien qui ne l'empêche de se lever chaque matin pour aller au travail. « Je suis heureuse dans mon métier. J'ai quitté mon précédent emploi parce que ce n'était plus le cas. Si j'arrête un jour, c'est parce que je n'arriverai plus à suivre », notamment les astreintes ou l'impact psychologique. Pour le moment, Sylvie a toujours la vocation et le sourire.
RepèresLe métier de maître de cérémonie nécessite un diplôme national depuis le 1er janvier 2013. La formation est composée de 70 heures d'enseignement théorique et 140 heures de pratique en entreprise. Le salaire varie entre 1 600 € brut, en début de carrière, et 1900 € brut, pour 35 heures par semaine. S'ajoutent les primes d'astreinte, les sorties de nuit pour récupérer un défunt et les heures supplémentaires.