10 février 2026 | Mise à jour le 10 février 2026
Les Dimanches, drame intime et familial sur la tentation de la religion dans la petite-bourgeoisie espagnole contemporaine, est le deuxième long-métrage de la cinéaste espagnole Alauda Ruíz de Azúa, et fait l'effet d'une gifle. Il sort dans les salles ce mercredi 11 février.
De nos jours au Nord de l'Espagne, la route d'Ainara, brillante élève dans un lycée catholique, vers le bac puis l'université est toute tracée, comme l'était celle de sa famille avant elle. Alors quand elle annonce qu'elle veut effectuer une période d'intégration dans un couvent pour peut-être choisir la vie de religieuse, c'est le choc. Notamment pour sa tante, Maite, qui voit dans cette soudaine vocation la manifestation d'un malaise et d'une solitude insondables.
Des naissances qui bouleversent
Alauda Ruíz de Azúa avait déjà profondément marqué avec son premier long-métrage, Cinco lobitos(sorti en France sous le titre Lullaby), drame intime et familial réalisé en 2021 et multi-primé. Il y était question des bouleversements provoqués par l'arrivée d'un bébé sur deux générations. Dans Les Dimanches, c'est le passage d'une adolescente à l'âge adulte qui déclenche des mouvements de tectonique domestique irréversibles. Un père qui veut refaire sa vie avec une nouvelle compagne et court après ses sous ; une mère décédée et dont il reste un héritage incertain ; une grand-mère dépassée et bientôt disparue ; une tante sincère et ravagée par ce choix qu'elle considère funeste ; une mère supérieure sereine, disponible et implacable dans sa foi et une adolescente qui se cherche…
Bien plus qu'une dichotomie
Il serait injuste de réduire le récit à une lutte féroce entre ces femmes, la religieuse et la tante, pour emporter l'adhésion de l'ado – l'une l'appelant à rejoindre Dieu, l'autre, au contraire, à découvrir le monde – mais il faut souligner le trio stupéfiant formé par les comédiennes Blanca Soroa (égarée et secrète), Patricia López Arnaiz (féministe et défiante) et Nagore Aranburu (sereine et incarnée). Les personnages dits secondaires complètent un tableau familial et social d'une intensité rare. Celui-ci repose sur un récit équilibré, circonstancié, mais conçu au cordeau et où « chacun a ses raisons ».
Réalisation sur le fil
La réalisation est au diapason, composée de plans où le cloisonnement s'impose subrepticement. Laïcité bafouée ? Influence religieuse ? Dictat social ? Héritage familial ? Affirmation de soi ? Les aspirations intimes résistent aux discours et les ressorts intimes du salut de chacun sont parfois impénétrables. Ni imposition, ni démonstration. Jusqu'au bout, on attend un signe qui fasse pencher la balance. Ce sera un dernier regard avant une porte qui se ferme… Alauda Ruíz de Azúa signe au passage un portrait maîtrisé et complexe de l'Espagne contemporaine et s'impose comme une figure majeure du renouveau de son cinéma.
Les Dimanches, de Alauda Ruíz de Azúa avec Blanca Soroa, Patricia López Arnaiz, Mabel Rivera, Nagore Aranburu, Miguel Garcés et Juan Minujín. 1h58. Sortie le 11 février 2026.