5 mars 2026 | Mise à jour le 5 mars 2026
Fin janvier, les syndicats, CGT en tête, ont révélé des liens entre l'ICE – l'agence fédérale américaine chargée par Trump de traquer les immigrés irréguliers et dont les membres ont tué par deux fois en début d'année – et Capgemini, qui fournit des outils numériques servant à l'expulsion des migrants. La société du CAC 40 tente de se dédouaner en annonçant la vente de sa filiale incriminée.
Depuis quelques semaines, le géant français du conseil informatique et ingénierie (349 000 salariés dans le monde, 35 000 en France) doit s'expliquer sur ses liens avec l'Immigration and Customs Enforcement (ICE), l'Agence fédérale américaine qui traque, emprisonne et expulse des migrants. À deux reprises depuis le début de l'année, des agents de l'ICE ont tué par balles, lors de manifestations à Minneapolis.Dans ce contexte, la révélation par le syndicat CGT de Capgemini du contrat qui lie l'entreprise à l'ICE suscite une forte émotion. Benjamin Girard, son délégué, relate la genèse de cette affaire pendant les réunions du comité social et économique (CSE) de la société : « Dès février-mars 2025, le syndicat avait alerté la direction sur la suppression explicite de la politique diversité. »Lors d'une séance du CSE en septembre, un nouveau signal d'alarme apparaît, lorsque le nom de Palantir est évoqué dans les activités du groupe. Fondée par Peter Thiel, figure controversée de la tech américaine, Palantir est régulièrement accusée de fournir des outils de surveillance de masse, notamment à l'ICE. « Nous avons interrogé la direction sur ce point. Elle a confirmé le partenariat, mais s'est retranchée derrière la liberté de choix des clients, minimisant les risques éthiques… », rapporte Benjamin Girard.
Pression médiatique
Début janvier 2026, de nouvelles informations émergent : cette fois, Capgemini serait directement impliquée, sans intermédiaire, dans des contrats avec l'ICE. La CGT Capgemini enquête, recoupe ses sources et prépare un article pour son site. Avant même sa publication, l'affaire prend une dimension nationale avec un reportage diffusé au journal télévisé de France 2. Sous pression, la direction de l'entreprise adresse un courrier aux salariés, affirmant ne pas maîtriser l'ensemble des contrats, jugés complexes et relevant du droit américain.Une version rapidement contestée par les syndicats : « Il ne nous a fallu que quelques clics pour obtenir une partie des engagements contractuels… » Une réunion exceptionnelle est alors organisée avec le PDG et l'ensemble des organisations syndicales. La direction maintient qu'elle n'avait pas connaissance de liens problématiques, elle annonce aussi la mise en place d'une « clause de conscience » permettant aux salariés de refuser certaines missions sensibles, notamment dans l'armement ou le maintien de l'ordre.
« Vendre n'est pas arrêter »
Le 1er février 2026, Capgemini annonce enfin la vente de sa filiale américaine directement impliquée : Capgemini Government Solutions. Une décision que la CGT qualifie de « première satisfaction », tout en dénonçant une réponse incomplète : « Vendre n'est pas arrêter », résume le syndicat, qui remarque l'absence de calendrier précis et le maintien potentiel des contrats en cours. Depuis qu'il a été révélé, le contrat le plus controversé (et directement indexé sur le nombre d'expulsions) aurait été dénoncé, mais les syndicats soupçonnent d'autres collaborations avec l'ICE. Ils pointent notamment le recours à des dispositifs de localisation et de surveillance au travers des centres d'appels.C'est pourquoi la FAPT CGT interpelle sur « la gravité de l'implication d'une entreprise française dans ce type de dispositifs », qui met à contribution des salariés des télécommunications. D'autres entreprises françaises, telles que Parrot et Thales, sont également épinglées pour collaboration avec l'ICE.