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Coorstek, un plan contre le pillage

14 avril 2015 | Mise à jour le 13 mars 2017
Par | Photo(s) : DR
Coorstek, un plan contre le pillage

À Évreux, les salariés d'une entreprise de céramiques techniques portent un plan de relance industrielle qui s'oppose au pillage financier et technologique de leur actionnaire américain.

Depuis quelques semaines, la tension est en train de monter chez Coorstek Advanced Materials. «Ces prochains jours, nous allons bloquer toutes nos productions à destination de la Direction générale de l'armement», confirme Sébastien Lebrun, délégué CGT du site Coorstek d'Évreux. L'entreprise, fondée à l'époque de Napoléon 1er sous le nom de Desmarquest, compte actuellement 112 salariés en France dont 85 à Evreux. Dès son origine, elle travaille dans l'armement avec la production de produits réfractaires pour la coulée des canons. Elle fabrique aujourd'hui des pièces qui entrent dans la composition des missiles, dans l'aéronautique ou le blindage militaire. Mais on y produit aussi du matériel très réputé à usage civil et quasiment unique sur le marché. C'est notamment le cas des buses céramiques utilisées dans l'agriculture ou encore d'éléments spécifiques utilisés dans l'industrie pétrolière. Après plusieurs rachats successifs, le site normand passe des mains de Saint-Gobain à celles de Coorstek en 2011.

UN ACTIONNAIRE VAMPIRE

«Nous avons vu arriver un actionnaire américain dont l'objectif était de dépouiller la société», analyse Patrick Levesque, délégué CFE-CGC et secrétaire du Comité d'entreprise. La Fédération CGT Verre & Céramique fait le même constat et dénonce les pratiques du groupe Coorstrek: «Blocage sur les investissements, la R&D, les embauches, tentatives d'intrusion et de pillage technologique, captation de l'essentiel de la trésorerie générée par le travail des salariés, mépris de l'intérêt des salariés, de la réglementation française, des clients, de l'État français…» Pour la Fédération CGT, «le groupe Coorstek n'est plus digne d'être actionnaire d'une entreprise française».

Bastien Larcher, expert comptable du cabinet Acti-CE mandaté par le comité d'entreprise, confirme lui aussi le mouvement qui s'est opéré depuis deux ans et demi: «l'entreprise a dégagé des résultats d'exploitation de 19%, c'est comme demander à une 2CV, de rouler plus vite qu'une Ferrari. Il est clair que l'entreprise a été acquise pour faire remonter sa trésorerie». Au manque d'investissement s'ajoute une réduction des effectifs commerciaux. De plus, les représentants du personnel se plaignent encore de voir toute une série de «fees», «frais», en français, facturés sans qu'on sache exactement à quoi ils sont affectés. Par ailleurs, Emmanuel Desgrouasse, délégué CGT, rappelle qu'un engagement avait été pris entre la DGA et Coorstek pour des investissements devant assurer la pérennité du site. Les salariés les attendent toujours, tandis qu'ils ont dû prendre des dispositions pour prévenir des fuites de technologies sensibles auquel l'actionnaire américain voulait avoir accès. En effet, le site est classé ZRR (zone à régime restrictif) et PPST (protection du potentiel scientifique et technique) de la Nation. «Quelles sont les limites du droit de la propriété dans le cadre de technologies à caractère stratégique pour le pays?» interroge encore Bastien Larcher.

UN LIVRE BLANC POUR L'AVENIR

Plutôt que de simplement dénoncer les risques sur l'emploi, les syndicats CGT et CFE CGC ont récemment remis à leur direction et aux responsables politiques un livre blanc qui analyse les problèmes rencontrés par l'entreprise. La société dégage de forts taux de profitabilité, elle est actuellement pillée par un actionnaire indigne, mais l'État a son mot à dire dans cette situation. «Le gouvernement avait les moyens d'obliger l'actionnaire à investir, mais il n'a rien fait. Pourtant, étant donné les productions stratégiques, ils ont toujours les moyens d'investir au travers de la Banque publique d'investissement et de la Caisse des dépôts et consignations. Nous voulons des actionnaires qui ne soient pas des voyous. Des repreneurs potentiels existent», s'insurge Mohammed Oussedik, secrétaire général de la CGT Verre et Céramique. Depuis quelques semaines, les actions se multiplient sur place, mais la balle est bel et bien dans le camp du gouvernement.