Philippe Martinez à Cherbourg

C'est dans un contexte social mouvementé que s'est déroulée la venue de Philippe Martinez dans la région de Cherbourg. Il était notamment accompagné de Yannick Malenfant, secrétaire général de la Fédération nationale des travailleurs de l’État (FNTE) CGT, de Lionel Lerogeron, secrétaire du comité régional CGT de Normandie, et de Nathalie Houllegatte, secrétaire générale de l'UD CGT de la Manche.
L'ARSENAL NE DÉSARME PAS
La visite à l'arsenal a débuté par un bras de fer avec la direction de la DCNS (industrie navale militaire). Sous prétexte de la proximité des élections du personnel, il n'a été accordé qu'au dernier moment l'autorisation d'accès aux ateliers où sont fabriqués les sous-marins, et encore la délégation CGT aura-t-elle été limitée à quatre personnes.
Une ambiance nettement plus chaleureuse régnait dans les locaux syndicaux de la DCNS. C'est là que les salariés et syndiqués ont pu accueillir et échanger en direct avec le numéro 1 de la CGT. Un exercice que l'intéressé prise particulièrement :
«Nous avons décidé d'un plan de rencontres sur les lieux de travail au niveau national. 2000 initiatives sont prévues d'ici le congrès confédéral. Nous en sommes à 500. Nos adversaires rêvent d'un syndicalisme d'experts. Mais quels que soient nos arguments, ils ne pèseront dans aucune réunion institutionnelle si les salariés ne s'en mêlent pas. La CGT doit donc rééquilibrer le temps qu'elle passe près des syndiqués et salariés.»
Emploi, salaires et conditions de travail étaient au menu des préoccupations exprimées par les salariés, qui ont notamment fait part de leur incompréhension face à la contradiction entre un carnet de commandes plein et l'incapacité d'y répondre correctement face à une décroissance des effectifs et une désorganisation du travail.
«La pression managériale pèse et incite à bâcler et tricher avec le travail. Avec le lean management, plus de 150 personnes ont ouvert un dossier chez un psychologue du site DCNS. Ils ne sont plus motivés et ne défendent plus leur emploi. Il faut que le syndicat s'impose au moins un tiers temps sur le terrain», confirme Robert. Outre les salariés de DCNS, l'assemblée comptait de nombreux travailleurs des entreprises de la sous-traitance chargés du nettoyage, de la sécurité ou de la manutention.
Un syndicat de site existe depuis 2011 avec des résultats importants. «Ça nous permet de regrouper nos revendications», explique Marie-Thérèse, employée du ménage chez TFN : «Nous aimerions pouvoir intégrer DCNS, ça a déjà été gagné pour certains. Et puis, aussi, nous voudrions faire reconnaître les expositions à l'amiante. Or, quand on est employés par diverses sociétés c'est plus difficile.» Une expérience de syndicat de site que les intéressés ne manqueront pas de faire partager lors du 51e congrès confédéral de mars 2016.
AREVA DANS LA TOURMENTE
Afin de marquer les cohérences territoriales et professionnelles de l'activité syndicale, c'est à l'union Locale CGT de Beaumont-Hague que devait se poursuivre la visite de Philippe Martinez. Là aussi une actualité sociale forte imprimait ce moment: à l'EPR de Flamanville, on attend le jugement dans l'affaire des travailleurs détachés.
L'EHPAD (maison de retraite) sort d'un conflit et les agents territoriaux s'inquiètent de la réforme territoriale. Des menaces de restructuration pèsent aussi sur l'hôpital de Cherbourg.
Mais le choc des annonces, c'est évidemment Areva et la perspective du dépeçage de l'entreprise. À l'usine de La Hague (3 000 salariés), 500 suppressions de postes avaient déjà été annoncées en janvier dernier à l'horizon 2019. Avec les pertes que le groupe vient d'enregistrer, il est maintenant question de 3 000 à 4 000 suppressions de postes en France.
L'impact sur l'emploi sera forcément terrible dans la région. Les visages dans la salle sont graves. «On va supprimer 4 000 emplois et se défaire des compétences alors qu'il n'y a pas de projet industriel. Il y a pourtant des contrats», déplore Eric Vernel, secrétaire du syndicat CGT de l'usine de la Hague.
Une déclaration commune des syndicats CGT, CFDT, FO, CFE-CGC accuse l'Etat de ne pas jouer son rôle et exige un véritable plan industriel pour l'ensemble de la filière. Philippe Martinez ajoute que depuis plusieurs années la CGT dénonce la stratégie d'Areva qui joue «la logique de rentabilité contre la logique industrielle».
La confédération avec ses fédérations CGT de la métallurgie, de l'énergie, de la construction-bois et des finances est pourtant force de proposition. A cet égard, elle organise précisément à Cherbourg la première des assises régionales de la filière industrielle nucléaire le 22 mai. Une autre est prévue à Tricastin le 28 mai et la dernière le 12 juin au Creusot.
Ces initiatives se concluront par les assises nationales de l'ensemble de la filière nucléaire le 23 juin prochain à Montreuil.