Le paradoxe numérique

Mouvement de grêve des syndicats et du personnel devant l'usine du Rousset.
C'est un véritable non-sens industriel que l'annonce qui vient d'être faite de supprimer 1 400 postes dans le monde du groupe STMicro. Alors que le gouvernement ne cesse de proclamer l'avenir numérique de notre industrie, le groupe STMicro, dont les États français et italiens sont actionnaires à hauteur de 13,77 % chacun, abandonne une activité de pointe : le développement des décodeurs numériques.
En termes d'impact immédiat sur l'emploi, c'est la suppression de 430 postes en France, essentiellement sur les sites de Crolles et Grenoble, en Isère, ainsi qu'à Paris. Mais c'est à plus long terme que va se révéler toute la portée de cette décision. « Il y a, dans le monde, une centaine d'usines de circuits électroniques de pointe. Seulement trois d'entre-elles sont en Europe et en plus elles sont menacées, explique Marc Leroux de la CGT Microelectronics. La casse des activités de STMicro va mettre en péril l'indépendance technologique européenne et la capacité de développer des circuits complexes, avec des conséquences dans de multiples domaines tels que la Défense… »
LA BATAILLE SE POURSUIT
En effet, il n'est aujourd'hui aucun grand secteur d'activité qui puisse se passer de puces électroniques. Malgré une bataille menée depuis de longs mois, et de multiples rendez-vous avec le cabinet d'Emmanuel Macron, le gouvernement n'entend guère les arguments des syndicats et leur bien fondé.
Plusieurs actions ont eu lieu à Grenoble, ces derniers jours, dont un rassemblement à l'appel de la CGT qui a réuni 200 personnes. Des représentants CGT du CEA, de Thales, de l'université de Grenoble et de ST Crolles ont pris la parole pour exprimer leur solidarité, mais aussi dénoncer le scandale des subventions publiques accordées dans le cadre des plans Nano 2012 et Nano 2017.
La bataille intersyndicale menée depuis deux ans a permis de gagner l'idée qu'il n'y ait pas de licenciements secs chez STMicro, mais des départs volontaires et des mutations. Cependant, la CGT ne se résout pas à l'abandon des aspects de développement des technologies de pointe. Il s'agit de répondre aux besoins en matière de microprocesseurs, de téléphonie… Cette mauvaise décision de l’entreprise va générer une perte de compétence en matière de production industrielle. S'agissant d'une question d'indépendance stratégique, la balle est aujourd'hui dans le camp du gouvernement.