Auschwitz 70 ans après, notre héritage

Voici soixante-dix ans. Déjà. Seulement. Dans ce camp créé par Heinrich Himmler en avril 1940 et dirigé par les SS, plus de 1,1 million d’hommes, de femmes et d’enfants sont morts en cinq ans, dont 900 000 immédiatement à la sortie des trains à bestiaux qui les y déportaient.
Les chambres à gaz où ils furent assassinés en masse et les fours crématoires où ils furent brûlés en sont le symbole. Nombre de déportés, esclavagisés pour l'industrie allemande (comme par exemple pour IG Farben) sont aussi morts de maladies (comme le typhus), de faim et de froid, de mauvais traitements… D'autres, d’expériences dites « médicales ».
LA « SOLUTION FINALE »
Le génocide des juifs d'Europe ou « Solution finale », a tué près de six millions de juifs, tandis que cette politique a aussi visé les Tsiganes, les populations de l'Est (Pologne, Russie…), les homosexuels, les personnes souffrant de maladies mentales… Mais dès l'approche des Soviétiques, les nazis se sont employés à faire évacuer le camp vers l'Allemagne. L'évacuation des camps nazis (Neuengamme, Auschwitz…) se fait dans des « marches de la mort », responsables à leur tour de plusieurs dizaines de milliers de victimes, de fatigue, de froid, de faim, tandis que ceux qui ne peuvent pas suivre sont tués sur place par les SS. Les survivants, arrivés dans d'autres camps (Mathausen, Buchenwald…) devront attendre encore de nombreux mois la capitulation nazie.
« Nous (…) regardons consciencieusement ces ruines comme si le vieux monde concentrationnaire était mort sous les décombres, [nous] feignons de reprendre espoir devant ces images comme si l'on guérissait de la peste concentrationnaire et feignons de croire que tout cela était d'un seul temps et d'un seul pays », dit Alain Resnais dans Nuit et Brouillard, sorti en 1955.
« Plus jamais ça », ont promis les survivants, dont les derniers s'éteignent en se demandant qui, au-delà du travail indispensable des historiens, témoignera.
Une promesse, notre héritage, pour que l'horreur ne se renouvelle, mais aussi dont l'une des priorités encore aujourd'hui en 2015 passe par la lutte contre l'impunité face aux crimes de guerre, crimes contre l'Humanité et crimes de génocide.
Les archives de l'INA nous permettent de retrouver une émission du 24 janvier 1995, voici vingt ans, donc, où Henri Krasucki, ancien secrétaire général de la CGT, témoigne, avec une immense pudeur et un engagement sans faille pour la justice, de son arrestation en tant que jeune résistant, de sa déportation à Auschwitz, de la marche de la mort. « J’ai été arrêté en mars 43 par les policiers de René Bousquet, puis livré à la Gestapo et envoyé à Auschwitz… J’étais résistant, communiste, juif d’origine polonaise, cela faisait beaucoup… On a du mal à trouver les mots pour décrire ce qu’étaient les camps mais c’est tellement difficile à concevoir… Quand je suis sorti, j’avais 20 ans, envie de vivre, j’étais jeune mais avec l’expérience de ce que peut être l’être humain, le pire et le meilleur. J’ai été fortifié dans les convictions que j’avais déjà auparavant : la lutte pour la liberté, contre toutes les injustices… ».
LIRE aussi l’entretien avec Georges Séguy, déporté à l’âge de 17 ans, « plus jeune déporté résisatnt de France », secrétaire générale de la CGT de 1967 à 1982, dans le journal l’Humanité.
SUR FRANCE CULTURE
Ce matin, terrible documentaire d’Anaïs Kien et Françoise Camar sur le camp de Natzweiler-Struthof en Alsace avec, en particulier, le témoignage de Pierre Rollinet (ancien déporté) et les analyses passionnantes de Frédérique Neau-Dufour, directrice du Centre européen du résistant déporté (CERD) et de Robert Steegmann (historien).