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Avec « Prédations », Laurent Mauduit livre un plaidoyer pour les « biens communs »

11 septembre 2020 | Mise à jour le 11 septembre 2020
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Avec « Prédations », Laurent Mauduit livre un plaidoyer pour les « biens communs »

Dans son nouvel essai, Prédations, Histoire des privatisations des biens publics, Laurent Mauduit dresse le bilan de plus de trois décennies de privatisations de secteurs essentiels de l'économie et de nos services publics, de leurs conséquences désastreuses et invite à penser un nouvel avenir, celui des biens communs.

À travers des enquêtes détaillées sur les privatisations des biens communs, leurs enjeux et les ravages qu'elles provoquent, Laurent Mauduit, écrivain, journaliste, cofondateur de Mediapart, propose, dans son dernier ouvrage paru à La Découverte, Prédations, sous-titré Histoire des privatisations des biens communs, « un état des lieux des désastres de la marchandisation de l'économie et, au-delà, de la société française ».

Il propose également des « pistes de solutions possibles pour inventer un monde meilleur », susceptible de « consolider la résistance citoyenne contre ces opérations de prédation », mais aussi « à l'indispensable débat au sein de la gauche pour œuvrer à sa refondation autour de perspectives nouvelles, et tout particulièrement celle des communs »

Le panorama qu'il dresse en le resituant historiquement s'avère d'autant plus bienvenu qu'il n'en existe à ce jour, comme il le rappelle dès l'introduction, « aucun bilan exhaustif et sérieux ».

L'État social dépossédé

Le professeur de droit social Alain Supiot, rappelle-t-il, le soulignait dans sa leçon inaugurale au Collège de France en 2012, l'État social repose sur trois piliers : le droit du travail, l'instauration d'un système universel de sécurité sociale, mais également les services publics.

En France, le Conseil national de la Résistance avait intégré les nationalisations de secteurs stratégiques dans son programme, de nouvelles nationalisations ont pu être réalisées en 1982, mais l'édifice a commencé à être battu en brèche dès le milieu des années 80 dans un processus qui ne s'est pas interrompu, quels que soient les gouvernements successifs.

Au point que « depuis bientôt trois décennies, après la chute du mur de Berlin, la marchandisation du monde s'est inexorablement accélérée et s'insinue dans toutes les sphères de la vie publique, au-delà du visible et menace l'équilibre de notre société, jusqu'aux services qui correspondent aux besoins fondamentaux des humains, comme l'éducation ou la santé. »

C'est le cas de secteurs industriels vitaux, de banques, de La Poste, de l'énergie, des autoroutes… La SNCF ou l'audiovisuel public n'y échappent pas.

La volonté prédatrice du capitalisme financiarisé de l'ère néolibérale, en particulier sous la présidence macronienne, va jusqu'à s'attaquer à la Sécurité sociale ou à Pôle Emploi.

L'auteur détaille également l'opacité qui accompagne les privatisations (dont témoignent notamment les freins de l'Agence de participation de l'État — APE — à transmettre des documents pourtant censés être publics), l'affairisme et le pantouflage de hauts fonctionnaires embauchés dans des entreprises ou des banques ayant profité des opérations de privatisation.

Quand les citoyens défendent leurs services publics

Mais Laurent Mauduit va bien au-delà de ce panorama. Il met en lumière l'intérêt renouvelé pour le sujet parmi les citoyens, qui ont par exemple défendu les services publics notamment hospitaliers ou de transports ces dernières années, rappelant que « quand tout sera privé nous serons privés de tout », et qui ont pu constater à l'occasion de la crise sanitaire — mais aussi sociale et écologique — de ces derniers mois combien la privatisation de services et industries vitaux a concouru au désastre.

Biens communs : invitation au débat

Dans ce contexte, il propose-t-il de dépasser le clivage entre marché et État lequel, décrit l'auteur, a pu être confisqué dans des pays se disant communistes par des castes bureaucratiques et qui, en France aujourd'hui, est lui-même « privatisé de l'intérieur ». Il propose une politique de « biens communs », qui les consacrerait de façon « inaliénable » avec « des modalités de gestion démocratiques qui fassent que ces biens communs soient administrés par les citoyens eux-mêmes ». Le débat est ouvert.

Prédations, Histoire des privatisations des biens publicsLaurent Mauduit. La Découverte, septembre 2020, 304 pages, papier : 19 €, numérique : 13,99 €.