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Le bal des mots dits : la danse de l’usager berné

9 août 2017 | Mise à jour le 17 juillet 2017
Par | Photo(s) : Babouse
Le bal des mots dits : la danse de l’usager berné

Ah, la magie du capitalisme ultralibéral ! Il a le pouvoir de transformer tout usager en client. Un tour de passe-passe sémantique lourd de conséquences.

Quel est cet étrange ballet auquel se livrent depuis peu mes voisins devant notre petit bureau de poste ? Un pas en avant, un pas en arrière, un pas sur le côté… Surpris et déçus ils recommencent, espérant voir s'ouvrir les portes vitrées automatiques. Ils repartent ensuite, désemparés, vers des lieux incertains. Si ces portes qui, hier encore, leur ouvraient un lieu de services et de convivialité restent obstinément fermées, c'est que ces locaux sont devenus un bastion de la finance et du placement. On n'y accède que sur rendez-vous avec « son » conseiller financier. Quand ce petit bureau de proximité a fermé pour travaux, une affiche promettait à ses chers « clients » un espace rénové pour mieux satisfaire leurs besoins. Comme par magie, le client a chassé l'usager, venu acheter un timbre ou envoyer un paquet. Il n'est plus le bienvenu ici. Une nouvelle affiche sur les portes closes nous invite à retrouver les « essentiels » de La Poste… au supermarché du coin. Les caissières y seront ravies d'affranchir nos envois et de nous remettre nos colis. C'est la seule alternative de proximité car si l'on veut trouver une vraie poste, il va falloir beaucoup marcher… L'usager est devenu un paria.

L'usager, sous prétexte qu'il paye ses impôts, prétend bénéficier – quel culot – de services tels que se déplacer, se soigner, communiquer, vivre en somme ! Et si on le bombardait du terme pompeux de « client » ? Flatté d'être couronné roi, il serait fier d'assumer le travail que faisaient avant des gens dont c'était le métier, agents ou salariés. Le terme « client » introduit dans nos relations une notion de transaction, une loi du marché peu fraternelle. C'est sans surprise que l'entreprise a tiré parti de ce subterfuge. On nous y voudrait tous clients et fournisseurs les uns des autres avec, par conséquent, des intérêts divergents. Exit les collègues aux intérêts communs qui risqueraient de s'unir pour les défendre. Bienvenue dans un monde où nous sommes nos propres banquiers, où les caissières envoient les recommandés tandis que les facteurs font passer le permis de conduire ! Comme dit la pub, « À La Poste, tout le monde est déjà client ! »  À quand la prise de sang chez le plombier ?