2 février 2026 | Mise à jour le 2 février 2026
Par
Elsa Sabado | Photo(s) : Jacques Paquier via Flickr
Le conseil régional d'Ile-de-France a voté ce 29 janvier la revalorisation, à hauteur de 4 millions d'euros, du « forfait d'externat », le financement obligatoire de l'enseignement privé. Une manière de rendre durables les subventions facultatives que Valérie Pécresse a distribué pendant tout le long de son mandat à ces établissements, et ce, malgré les scandales, alors que les lycées publics sont à la peine.
Le Conseil Régional d'Ile-de-France a adopté, jeudi 29 janvier, une délibération qui entérine la revalorisation du « forfait d'externat » pour les lycées privés sous contrat de la Région. « Pour cette première provision de l'année, 4 millions d'euros viennent s'ajouter à une somme antérieure de 68,7 millions d'euros. Mais à terme, la majorité nous a expliqué qu'elle augmenterait ce forfait d'externat de 12 à 20 millions d'euros », explique Céline Malaisé, présidente du groupe communiste.
Un financement opaque
Les collectivités territoriales doivent légalement verser aux lycées privés ce « forfait d'externat ». Il se décompose en une partie dédiée au financement du personnel, et une autre, au matériel (bâtiment, numérique etc). Il varie en fonction du nombre d'élèves scolarisés, « l'idée étant que les collectivités financent à parité les élèves scolarisés dans le public ou dans le privé », explique Vianney Orjebin, conseiller régional France Insoumise.
Dans le rapport de présentation de sa délibération, la majorité régionale LR affirme : « Avec 730 € par élève en 2024, le forfait d'externat francilien est nettement inférieur à la moyenne nationale (850 €) ». Sylvie Piganeau, élue à la tête de la commission Lycées du Conseil régional, affirme que la Région Ile-de-France verse un forfait d'externat inférieur de 15 % à la moyenne nationale.
« La majorité brandit le risque d'un contentieux avec les organismes de gestion de l'enseignement catholique (OGEC), ce qui prête à sourire, tant on connaît la proximité entre elles », rapporte Céline Malaisé. « En attendant, la majorité régionale refuse de faire la lumière sur la manière dont est calculé ce forfait d'externat, sur quoi il repose exactement », pointe Vianney Orjebin, conseiller France Insoumise.
Un maquillage de subventions facultatives en constante hausse
Mais l'argument avancé en décembre 2025 par la majorité régionale, dans la présentation de son budget pour l'année 2026, est autre : « La Région revalorisera le forfait d'externat des lycées privés sous contrat, une dépense obligatoire compensée par une réduction équivalente des aides facultatives à la rénovation ».
Ces « aides facultatives à la rénovation » versées aux lycées privés, Valérie Pécresse n'a eu de cesse, durant tout son mandat, de les augmenter. « Quand elle est arrivée en 2016, les lycées privés ne bénéficiaient d'aucune subvention facultative. En 2017, elle leur a octroyé 4 millions d'euros. En 2022 et 2023, cette somme s'élevait à 12,5 millions d'euros », rappelle Vianney Orjebin, qualifiant la manœuvre d'un « tour de passe-passe ».
Des cadeaux qu'elle a maintenus contre vents et marées. En 2022, une enquête de Mediapart révélait l'univers sexiste, homophobe et autoritaire du lycée Stanislas, premier bénéficiaire de ces subventions extra-légales de la Région. Malgré les demandes de l'opposition de suspendre ces subsides, malgré les rapports d'inspection rendus publics et objectivant les multiples entraves de l'établissement catholique à la loi, les courriers d'élus, Valérie Pécresse a continué de verser régulièrement d'importantes subventions à ce lycée. « L'affaire Stanislas a fait très mal à Valérie Pécresse, elle l'a traîné comme un boulet pendant tout son mandat », commente Vianney Orjebin. D'où, aujourd'hui, la volonté de transformer ces subventions facultatives en des financements légaux.
« Surbooking » dans le public
« En parallèle, la « dotation globale de fonctionnement », les financements octroyés aux établissements publics stagne, alors que le nombre d'élèves augmente », déplore Céline Malaisé. « On constate une hausse démographique importante dans les lycées publics en Ile-de-France , et la Région n'investit pas à la hauteur. Comme il n'y a pas suffisamment de places, au lieu de créer de nouvelles classes, on augmente le nombre d'élèves par classe », abonde Yannick Billiec, chargé de la question des lycées pour la CGT Education. « Chaque année, on se retrouve avec des centaines d'élèves sans affectation, au point que le public doit affecter ces lycéens dans des établissements privés sous contrat. J'ai même entendu le mot de « surbooking » dans la bouche d'un recteur : on met trop d'élèves par classe, en comptant sur le décrochage scolaire pour revenir à des effectifs normaux », poursuit le syndicaliste.
« Cette augmentation du forfait de l'externat revient à prendre de l'argent aux gamins du public, pour le transférer au privé. Or pour nous, l'argent public doit aller au public. On ne veut pas d'école à deux vitesses, et encore moins financés avec de l'argent public », martèle Yannick Billiec. « Un sondage publié par l'IFOP en 2025 indique que seuls 28% des Français estiment qu'il est normal que l'enseignement privé soit financé par des fonds publics. 60% des familles jugent que le financement du privé doit revenir aux familles. Ce n'est donc plus une question qui polarise mais bel et bien un consensus qui s'établit en France : « l'argent public doit être pour le public »», affirme également la motion des élus communistes à la Région contre la revalorisation du forfait d'externat. « Cette augmentation est une manière de pérenniser les financements des établissements privés à la veille des élections municipales et régionales, et ainsi d'acquérir les bonnes grâces de ceux qui ont recours à ces établissements. Si nous prenons la Région en 2028, sauf à changer la loi, il sera impossible de revenir sur ces augmentations. Mais cela montre aussi qu'ils ont en tête la possibilité qu'ils peuvent perdent ces élections », termine la chef de file des communistes.