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PRÉCARITÉ

« CDI et Smic jeunes » : la CGT, les étudiants et la gauche vent debout contre la proposition du Medef

2 février 2026 | Mise à jour le 2 février 2026
Par | Photo(s) : Croquant © CC BY-SA 4.0
« CDI et Smic jeunes » : la CGT, les étudiants et la gauche vent debout contre la proposition du Medef

Manifestation contre le CPE en 2006, à Paris.

Le Medef a avancé fin janvier ses propositions sur l'emploi des jeunes, évoquant notamment des pistes qui rappellent dangereusement le CPE de 2006 et les contrats d'insertion professionnelle de 1994. La CGT et l'Unef dénoncent une précarisation accrue des jeunes travailleurs et promettent de se mobiliser, tandis que le gouvernement assure que ces propositions ne sont pas à l'ordre du jour.

Le 28 janvier, à l’occasion d’une rencontre entre partenaires sociaux, le Medef a transmis aux organisations syndicales un document pour suggérer l'ouverture de négociations sur l'emploi des jeunes, évoquant la mise en place d'un CDI spécifique avec période d'essai de 3 ans, pouvant être rompu sans motif. Pour la CGT, cette proposition rappelle le Contrat première embauche (CPE), mesure clé d'une loi dite « égalité des chances » votée en 2006 puis supprimée à la suite d'une mobilisation sociale d'envergure. L'organisation patronale suggère également un Smic jeune, inférieur au Smic national, sur le modèle des contrats à droits progressifs mis en place en 2016 en Italie. En France une mesure similaire a existé quelques semaines en 1994 sous la forme des contrats d'insertion professionnels (CIP) – rémunérés à 80 % du Smic et destinés aux moins de 26 ans -, avant d'être elle aussi retirée face à la colère sociale. Révélées au grand public vendredi 30 janvier, ces propositions suscitent depuis une vague d’indignation. La CGT a annoncé, dans un communiqué publié samedi 31 janvier, refuser « catégoriquement de s'engager dans toute négociation qui comporte ces éléments. »

« C’est une déclaration de guerre pour les jeunes et pour les salariés » a déclaré Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, invitée sur France 2 lundi matin, estimant que le patronat propose de rendre le CDI «encore pire que le CDD. C’est encore pire que le contrat première embauche de 2006 où la période d’essai était de deux ans […] Quand on est jeune, l’accès au premier travail est déterminant pour avoir accès à un logement, pour pouvoir prendre son autonomie. Si on est précaire pendant trois ans, voire plus, comment est-ce qu’on fait ça ? […] Si le Medef veut revivre ce que le pays a vécu en 2006 avec quatre mois de mobilisation énorme des jeunes et des salariés, pas de souci, nous sommes prêts. Ce qu’il faut, au contraire, pour les jeunes, c’est lutter contre la précarité dont ils et elles sont victimes. »

L’ombre d’une discrimination anti-jeunes 

Pour le Medef, contacté par l'AFP, il ne s'agit pour l'heure que de « propositions pour nourrir le débat », s'appuyant sur le taux de chômage chez les jeunes de 15 à 24 ans, autour de 19 % sur les trois premiers trimestres de 2025 selon l'Insee, contre 7,7 % pour l'ensemble de la population, ce que Fabrice le Saché vice-président du Medef, a qualifié sur franceinfo de « gâchis humain ». L'organisation évoque une logique « d'incitation à l'embauche et d'adéquation entre le niveau de rémunération et les compétences de primo-entrants ».

Des arguments qui, évidemment, ne convainquent pas du tout les premiers concernés, qui ne pourraient que s’attendre à une préconisation accrue. « Il faut arrêter la discrimination de la jeunesse » a affirmé sur franceinfo Hania Hamidi le samedi 31 janvier, secrétaire générale de l'Unef. Le syndicat étudiant, un des acteurs centraux des mobilisations contre le CPE, se dit prêt à « s'inspirer » de celles-ci si les suggestions du Medef venaient à être considérées sérieusement : « On fera en sorte que la mobilisation soit la plus massive mais surtout le plus unitaire possible. On appellera l’ensemble des jeunes et des étudiants à se mobiliser aux côtés des syndicats professionnels, notamment la CGT (…) ». Dans un communiqué, le syndicat déplore des mesures qui visent « à créer une génération de jeunes travailleurs précaires, corvéables à merci, sans droits ni protections ». « Si le patronat tente d’imposer ses propositions, il trouvera la CGT sur son chemin ! » prévient la centrale dans son communiqué.

Aucunement à l'ordre du jour

« Comment sortir les jeunes de la galère ? En insécurisant leur parcours de vie avec un contrat ultra-précaire et un sous-Smic ! Fallait oser y penser ! » s'est insurgé sur X Fabien Gay, sénateur PCF de la Seine-Saint-Denis. Pour Ségolène Royale, ancienne ministre et députée socialiste au moment du CPE, invitée sur TF1 : « C’est infaisable. La politique, c’est aussi avoir la mémoire des choses… ». « Les patrons des multinationales proposent encore et toujours les mêmes choses aux Français depuis des décennies : travailler toujours plus, être payés toujours moins, dans des situations toujours plus dures et précaires. Et eux, quand ont-ils fait un effort pour servir leur pays pour la dernière fois ? » s’est interrogée Clémence Guetté, vice-présidente de l’Assemblée nationale et députée LFI de l’Essonne. Matignon a annoncé lundi 2 février au Parisien « avoir découvert comme tout le monde » cette proposition dans la presse, précisant qu'elle n'est « aucunement » à l'ordre du jour du gouvernement, qui sort d'une séquence tourmentée sur le vote du budget.

De quoi tendre encore davantage les relations entre syndicats et patronat alors que des négociations sur l'Assurance-chômage ont lieu en ce moment au siège de l'Unédic à Paris entre les organisations syndicales (CGT – CFDT – FO – CFE-CGC) et patronales (Medef – CPME – U2P). La CGT avait déjà accusé ces dernières de vouloir « bordéliser » les discussions avec des propositions radicales.