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SALAIRE

Contre l’austérité, la revalorisation générale des salaires !

4 août 2020 | Mise à jour le 9 juillet 2020
Par | Photo(s) : Bruno Levesque/IP3
Contre l’austérité, la revalorisation générale des salaires !

Paris, le 3 Juin 2020. Rassemblement de la CGT sur le parvis de la préfecture pour la reconnaissance des qualifications et des métiers dits "invisibles", ainsi que la revalorisation des salaires.

Alors que la crise économique s'installe durablement et que le patronat ambitionne des baisses de salaires, la CGT propose, à l'inverse, de les revaloriser et de reconnaître les qualifications et les métiers, notamment ceux des « salariés invisibles ».

Dans le sillage de la crise sanitaire, une crise sociale de grande ampleur se profile. « Il est indéniable que la crise sanitaire actuelle peut déboucher sur une crise sociale. Plusieurs millions de travailleurs mis au chômage partiel ont vu leur salaire baisser de 20 %. On s'attend à une récession en termes d'emplois, conséquence du non-renouvellement de CDD, de la baisse du nombre de missions intérimaires, etc. », note Boris Plazzi, responsable de la ­mission confédérale sur les salaires et secrétaire de la CGT.

D'après les chiffres publiés par la Dares (Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques), Pôle emploi a enregistré 500 000 inscriptions pendant le mois de mars, soit une augmentation de 7 %, tandis que les plateformes de recherche d'emploi ont vu le nombre d'offres d'emploi baisser de 40 %.

On s'attend en France à une explosion du chômage dans les mois à venir. Parmi ces privés d'emploi, un certain nombre risque de se retrouver sans ressources, la réforme de l'assurance-chômage ayant durci les conditions d'accès.

Depuis le 1er novembre, il faut avoir travaillé six mois minimum pour ouvrir des droits. Combien de précaires, qui ont vu leurs contrats annulés, vont se retrouver dans l'impossibilité d'ouvrir des droits ? La deuxième phase de la « réforme », qui devrait entrer en vigueur en septembre, modifie les règles de calcul de l'indemnisation. Avec cette mesure, le salaire médian va passer de 905 euros à 708 euros.

Certes, le gouvernement a débloqué une aide pour quatre millions de familles en grande précarité. Mais cette mesure est bien dérisoire au regard des enjeux et des milliards d'euros débloqués pour apaiser les marchés financiers et secourir les entreprises.

En 2019, la France comptait déjà plus de deux millions de travailleurs pauvres, tandis que neuf millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté (moins de 1 050 euros par mois), dont 21 % de jeunes. Dans le même temps, les entreprises françaises ont versé 49,2 milliards d'euros de dividendes, battant le record de 2007.

Certes, le gouvernement a débloqué une aide pour quatre millions de familles en grande précarité. Cette aide atteindra 150 euros par ménage, plus un bonus de 100 euros par enfant pour les allocataires du RSA et de l'ASS (allocation de solidarité spécifique).

Pour les familles bénéficiaires des aides au logement, elle sera de 100 euros par enfant. Mais cette mesure est bien dérisoire au regard des enjeux et des milliards d'euros débloqués pour apaiser les marchés financiers et secourir les entreprises.

Pour relancer l'économie, le gouvernement ne pourra faire l'économie d'une revalorisation générale des salaires, notamment dans un contexte où la crise sanitaire a mis en lumière l'utilité sociale de métiers jusqu'alors « invisibilisés ».

Quelle reconnaissance pour les « premiers de corvée » ?

Personnels du secteur de la santé et du service à domicile, du commerce, de l'entretien, de l'enfance, de l'éducation, du nettoiement, de la voirie… La crise sanitaire a rendu visibles celles et ceux qui font tourner le pays depuis toujours. Ces « premiers de corvée » comptent en majorité des femmes, très souvent sous-rémunérées, travaillant à temps partiel et avec des contrats courts. « Cette crise sanitaire a montré que ­l'utilité sociale doit être reconnue », observe Boris Plazzi.

Il faut une augmentation générale des salaires, à commencer par le Smic. Boris Plazzi, responsable de la ­mission confédérale sur les salaires

Le 7 avril, la CGT a adressé une lettre au président de la République pour demander une ­augmentation immédiate de 20 % du Smic (soit 1 800 euros brut, contre 1 550 euros actuellement). Les femmes représentent d'ailleurs 80 % des smicards. « Il faut une augmentation générale des salaires, à commencer par le Smic. Le reste des salaires doit augmenter dans une même proportion, en tenant compte des qualifications. Cela permettrait de libérer le pouvoir d'achat et de relancer l'économie », analyse Boris Plazzi.

Ne pas répéter les erreurs de 2008

Face à cette crise, il ne faut pas reproduire les erreurs de 2008 : « Le risque est d'enfoncer les pays dans la récession ­économique et de faire payer systéma­tiquement aux mêmes les conséquences de la crise, quand le gouvernement continue de bégayer pour répondre à la question : “Faut-il remettre en place l'ISF ?” Au contraire, la crise doit être l'occasion de tout reposer à plat et d'avancer nos propositions pour une économie au service des besoins, respectueuse de l'environnement. Impôt sur le patrimoine, réorientation des financements publics, vaste plan d'investissement, voilà les réponses qui devraient être au cœur des réflexions économiques », observe le pôle économique de la CGT, dans son « Mémo Covid » numéro 11 du 29 avril 2020.

« On préconise de ne pas imposer un climat austéritaire », affirme Boris Plazzi. Il observe que beaucoup d'efforts ont été exigés des travailleurs. Certains dirigeants demandent déjà à leurs salariés de renoncer à leurs RTT ou à leurs congés payés. « Les ordonnances ont fait voler en éclats le droit du travail et allongé le temps de travail, s’insurge le syndicaliste. Il est grand temps de demander des efforts aux actionnaires. » Et au patronat !

Aucune mesure coercitive sur les dividendes

La CGT revendique que les entreprises ayant bénéficié de la mesure du chômage partiel s'abstiennent de verser des dividendes. Bruno Lemaire s'est contenté d'une « invitation ». En effet, le 30 mars, le ministre de l'Économie déclarait : « J'invite toutes les entreprises qui ont accès aujourd'hui au chômage partiel, c'est-à-dire qui ont leurs salariés payés par l'État, à faire preuve de la plus grande modération en matière de versement de dividendes. »

La réponse économique ne peut pas socialiser les pertes et privatiser les profits. Ce n'est pas une question de trésorerie [mais] de justice, de décence, de solidarité nationale. Communiqué de la CGT publié le 3 avril 2020

Mais comment garantir que les entreprises respectent ce vœu pieux, alors que celui-ci n'a rien de coercitif ? Des entreprises ont ainsi pu bénéficier de certaines mesures d'urgence et, notamment, du dispositif renforcé de chômage partiel tout en continuant de verser des dividendes à leurs actionnaires. « La réponse économique ne peut pas socialiser les pertes et privatiser les profits. Ce n'est pas une question de trésorerie, comme l'explique le gouvernement, c'est avant tout une question de justice, de décence, de solidarité nationale », exposait la CGT dans un communiqué commun avec Solidaires, la FSU et les ONG Greenpeace, Oxfam, Les amis de la Terre et Éthique sur l'étiquettes.

Les signataires demandent la suspension immédiate du versement des dividendes, rachats d'actions et bonus aux PDG, a fortiori quand les entreprises ont bénéficié d'aides publiques, et ce, le temps que durera cette crise. En France, plusieurs d'entre elles ont d'ores et déjà annoncé des gels et des reports – Société générale, Safran, JCDecaux, Nexans, Airbus, Auchan –, mais certaines passent outre les recommandations du gouvernement, comme Total, qui a décidé de verser 1,8 milliard d'euros de dividendes.

Aides publiques sans aucune contrepartie

Jusqu'à présent, les entreprises ont bénéficié des aides et cadeaux de l'État, sans qu'aucune contrepartie ne leur soit imposée. A contrario, les bénéficiaires des minima sociaux sont de plus en plus contrôlés… « Chaque année, les entreprises sont financées à hauteur de 200 milliards d'euros, sous forme d'exonérations de cotisations sociales, de niches fiscales, sans aucune contrepartie », détaille Boris Plazzi.

L'exonération de cotisations sociales consiste à faire financer par les salariés les politiques d'emploi, en faisant prendre en charge par la collectivité  – à travers la fiscalité et les cotisations sociale – une partie du salaire socialisé.

Dans son rapport de 2019, la Cour des comptes chiffre à 90 milliards d'euros les « niches sociales », soit autant que les « niches fiscales ». L'exonération de cotisations sociales consiste à faire financer par les salariés les politiques d'emploi, en faisant prendre en charge par la collectivité (à travers la fiscalité et les cotisations sociales) une partie du salaire socialisé.

Ici l'entourloupe est double : en plus de participer à l'assèchement des caisses de protection sociale, et de justifier ainsi des mesures d'austérité, le crédit d'impôt pour la compétitivité et ­l'emploi (CICE) n'a jamais prouvé son efficacité en termes de création d'emploi. Des entreprises en bénéficiant ont même délocalisé…

Le saviez-vous ? La transformation du CICE en une réduction de six points des cotisations maladie génère une perte de 22 milliards d'euros par an pour les caisses de la Sécurité sociale.

La transformation du CICE en une réduction de six points des cotisations maladie génère une perte de 22 milliards d'euros par an pour les caisses de la Sécurité sociale. Aujourd'hui encore, le patronat compte grignoter le salaire socialisé, avec l'aval du gouvernement.

Gérald Darmanin, ex-ministre de l'Action et des Comptes publics, annonçait le 24 mai que le ­gouvernement allait exonérer de ­3 milliards d'euros de charges sociales des entreprises de secteurs affectés par la crise sanitaire, comme la restauration, le tourisme, l'hôtellerie, la culture ou le sport.

Pourtant, la population a déjà payé cher ce type de cadeaux aux ­entreprises : hôpital public exsangue, assurance maladie grevée et service public dégradé.