
Services publics : sur le terrain, l’indigence des moyens
Inspecteurs du travail, agents des finances publiques, des douanes, de la répression des fraudes ou de la préservation de la biodiversité, tous constatent avec amertume... Lire la suite
Historique, cet appel à la grève a fait l'unanimité syndicale contre la loi dite de « modernisation » ou de « transformation » de la fonction publique, tout particulièrement contre son application dans le champ du ministère du Travail. Et pour cause : elle risque surtout de rimer avec destruction d'emplois, suppressions massives de postes – alors que 20 % des effectifs de l'inspection du travail ont déjà été éliminés entre 2009 et 2017.
Le tout aboutissant à un recul sans précédent de services publics de première nécessité pour les citoyens et le monde du travail. « D'après le contenu d'une circulaire ministérielle que nous nous sommes procurée, ce qui se prépare là, c'est un démantèlement total des services du ministère du Travail», alerte Simon Picou, membre de la direction du syndicat CGT travail, emploi & formation professionnelle de Seine-Saint-Denis.
Suppression de sections à l'inspection du travail alors que deux cents d'entre elles sont déjà vacantes ; baisse drastique du nombre d'assistants de contrôle et d'agents dédiés au renseignement du public ; réduction à peau de chagrin des moyens généraux ou encore, à la main-d'œuvre étrangère. Sachant que ce service accuse déjà 40 % de postes vacants tandis que les demandes d'autorisation de travail s'empilent et que les mois d'attente s'accumulent pour les usagers.
Autres touches de modernité au programme de cette réforme ? La fusion des Direccte (Directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) avec les services de la cohésion sociale, ou encore celle de la politique de l'emploi au sein d'une direction fourre-tout placée sous l'égide du préfet, « alors que nous dénonçons déjà des atteintes à notre indépendance », s'inquiète un inspecteur du travail.
En grève avec plusieurs centaines de collègues de la Direccte, il s'était déjà mobilisé le 9 mai avec les trois versants de la fonction publique, contre la réforme et pour obtenir le retrait du projet de loi. « Cette journée d'action a permis de marquer des points dans plusieurs régions, comme dans le Grand-Est où la direction a été obligée d'annuler son projet de suppression de 26 sections et de rouvrir des vacances », fait-il valoir.
Tout comme lui, Simon Picou estime que cette nouvelle mobilisation nationale était une suite nécessaire à donner au 9 mai : « Nous sommes là, devant la Direccte, pour que la direction prenne toute la mesure de notre détermination à faire reculer le gouvernement et pour montrer à nos collègues que si nous résistons tous ensemble en même temps, on pourra empêcher le démantèlement. »
Également invités à ce barbecue revendicatif et convivial, les usagers et citoyens qui, pour la plupart, ignorent le contenu de ce projet de modernisation de leurs services publics comme les conséquences de cette réforme présentée au public comme la marque d'un « progressisme ». Les renseigner, les alerter, tel était le deuxième objectif de cette mobilisation. « Il n'y pas de magie, avec moins d'agents, il y aura moins de contrôles, moins de protection des salariés, moins d'informations et de renseignements sur leurs droits, donc plus de vulnérabilité et de solitude face à l'employeur. »
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Entretien avec Willy Pelletier, sociologue à l’université de Picardie et co-auteur de l’ouvrage « La Haine des fonctionnaires » Lire la suite