Du salaire pas des salades

Les négociations annuelles obligatoires ont tourné à l'orage cette année chez CRMA, la filiale d'Air France qui répare les modules de moteur d'avion. La CGT qui a eu la mauvaise idée de sortir la calculette. Dans un tract en amont des négociations, le syndicat fait une petite démonstration : 132,38 millions de chiffre d'affaires de production pour 323 salariés, « c'est donc que chacun d'entre vous a engendré 409 800 euros ».
Et le tract de poursuivre : « Comme tous les ans, vous allez bientôt recevoir votre Bilan Social Individuel ». Et dans ce bilan 2015, « la direction vous dira combien vous avez coûté à l'entreprise. Nous vous invitons à faire le bilan vous-même et c'est à vous de dire si le compte y est ou pas. Soyez acteurs de ces NAO, ne soyez pas spectateurs. » Un message reçu 5 sur 5.
VOS EFFORTS ? QUELS EFFORTS ?
Les salariés ont très mal pris la rhétorique de leur direction qui a prétendu que les bons résultats étaient dus, non pas aux efforts des salariés, mais essentiellement à la baisse de l'euro face au dollar. Et, histoire d'enfoncer le clou, elle a ajouté que sans cet effet de change, les résultats seraient inférieurs à ceux de l'année précédente…
« C'est faux, s'insurge Aligul Besken, délégué CGT de CRMA, le budget prévoyait 6 millions de résultat d'exploitation, et en réalité il a doublé par rapport à l'année précédente et on atteint presque 10 millions d'euros. » Or, les bénéfices de l'entreprise n'ont cessé de progresser. Mais la direction tente d'année en année le même plaidoyer…
LES SALARIÉS S'ENGAGENT
Forte de ses arguments, la CGT réclame notamment 3 % d'augmentation générale avec un plancher de 75 euros et la revalorisation des grilles de salaires à la même hauteur que les augmentations générales. Le 9 février, premier jour des négociations, c'est la douche froide : « La direction nous a proposé 20 euros d'augmentation générale. On était loin du compte. Mais en réalité, elle proposait plusieurs options : 20 euros pour les augmentations générales, ou 25 euros de la part employeur pour la mutuelle, ou alors la répartition du treizième mois sur douze mois. Elle nous demandait de choisir l'une de ces trois options… » explique Aligul.
La CGT se tourne alors vers les salariés qui se disent d'accord non pas pour la première ou la deuxième option, mais pour le cumul des deux. Les discussions avec le syndicat dans les ateliers attisent la réflexion de tous. Dès le lendemain de l'ouverture des NAO, quasiment toute la production est en grève.
La CGT prend aussi l'initiative d'aller rencontrer les autres organisations syndicales (CFDT et UNSA) pour établir une revendication commune. Il est décidé de demander une augmentation de 50 euros minimum pour le salaire de base. Lors de la seconde réunion de négociation, la direction propose 20 euros d'augmentation générale et quinze euros pour la mutuelle. Elle refuse en outre de recevoir les syndicats jusqu'au 12 février. C'est ainsi que toute la production est quasiment à l'arrêt du 10 au 12.
UNE PART DE GÂTEAU SANS CERISE
Le 12 février, la direction propose dans un premier temps 35 euros. Puis 40. Le délégué CGT sort consulter les salariés au moment de la suspension de séance : « Les collègues estimaient que ce n'était pas suffisant, mais qu'il fallait le prendre » : ils avaient obtenu tout de même plus qu'au démarrage de la négociation. « En outre, ils voulaient le paiement des heures de grève. La direction a eu le culot de nous proposer de venir travailler trois samedis consécutifs pour récupérer les heures de grève. Ça, on a dit non ! »
En fait, les retenues sur salaires des trois jours seront étalées sur trois mois. Pour l'heure, pas de cerise donc sur gâteau, mais tout de même une augmentation non négligeable. Une lutte qui met en tout cas en lumière l'indécence du partage des richesses produites…
*négociations annuelles obligatoires