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Écrans misogynes

7 mars 2017 | Mise à jour le 7 mars 2017
Par | Photo(s) : DR
Écrans misogynes

Où sont les femmes ? s'interrogeait la Société des auteurs et compositeurs dramatiques dans son bilan 2012-2017. « Pas (assez) ici » répond Brigitte Rollet dans son accablant constat : Femmes et cinéma, sois belle et tais-toi ! dénonçant la discrimination de genre dans le 7e art.

Racisme et sexisme seraient-ils les deux mamelles de l'industrie cinématographique hollywoodienne ? L'usine à rêves n'alimenterait-elle pas surtout des fantasmes, un appétit de pouvoir et des comptes en banque essentiellement masculins ?

Dans Femmes et cinéma, sois belle et tais-toi !, précieux petit ouvrage, Brigitte Rollet, chercheuse, enseignante à Science-Po et auteure de nombreux essais sur les femmes et le cinéma rappelle combien le 7e art est frappé d'amnésie lorsqu'il s'agit des femmes qui ont marqué son histoire.

En France, qu'il s'agisse des pionnières comme Alice Guy ou Jacqueline Audry, largement oubliées, ou de réalisatrices contemporaines, les femmes cinéastes ne parviennent pas à dépasser un seuil de 23 % de la profession et leurs rémunérations sont en moyenne inférieures de 35,8 % à celles de leurs confrères. Seuls 3 % des budgets de cinéma supérieurs à 15 millions d'euros ont été attribués à des femmes en France en 2016 et aucun de plus de 20 millions d'euros.

Cette situation discriminatoire se lit à tous les niveaux : 73 % des scénaristes sont des hommes, 85 % des fonds publics européens d'aide au cinéma bénéficient aux hommes qui dirigent trois quarts des entreprises de production audiovisuelle et 80 % des entreprises de production cinématographique. Entre 2005 et 2014, la sélection officielle du Festival de Cannes n'a accueilli que 6 % de femmes, pourcentage oscillant entre 15 et 17 % pour les autres sélections cannoises.

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Devant la caméra, la même inégalité préside à la présence comme à « l'importance narrative » des personnages féminins (c'est-à-dire à la quantité de texte qu'elles prononcent dans un film), aux types de rôles qui leur sont attribués, souvent stéréotypés. La femme est plus souvent objet que sujet, ce qui ne laisse pas indifférent, le rôle des images dans le conditionnement des perceptions du féminin et du masculin n'étant plus à démontrer.

De même, les femmes sont écartées des écrans – et de la parole qui y est diffusée – quand elle prend de l'âge… ou revendique sa juste place : « En tant que femme, on se fait plus d'ennemis quand on a un cerveau. Des ennemis qu'on trouve surtout chez le sexe opposé » déclarait Bette Davis en 1963. En 2016, la comédienne Virginie Efira renchérissait : « Le machisme est toujours plus fort aux endroits de décision. »

Un constat qui peut s'appliquer à toute la société…

 

 

Femmes et cinéma, sois belle et tais-toi !, de Brigitte Rollet.

Éditions Belin, collection Égale à égal. 80 pages, 6,50 €.