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Le risque Zemmour

Frédéric Dayan
7 décembre 2021 | Mise à jour le 14 décembre 2021
Par | Rédacteur en chef adjoint
Le désormais candidat Zemmour tient ses promesses. Son premier meeting s'inscrit en effet dans la continuité de ses thèmes de prédilection déclinés depuis des années jusqu'à la nausée : Immigration, sécurité, identité, « grand déclassement », « grand remplacement », haine des médias.

Faut-il se féliciter du morcèlement ou la dispersion de l'extrême droite qui pourrait potentiellement l'empêcher arithmétiquement d’accéder au pouvoir ? Parce que Zemmour serait un caillou dans les chaussures de Marine Le Pen ? Rien n’est moins sûr ! En effet, l’arc politique de l’extrême droite s'étend aujourd'hui du RN à la droite la plus rance des Républicains qui pour conquérir les suffrages de la primaire se sont livrés à une course à l'échalote sur des thèmes qui ne sont pas sans rappeler le profond humanisme d'un Jacques Chirac du « bruit et des odeurs », d'un Nicolas Sarkozy de la « racaille » et du « Kärcher ».

Les prétendues « digues » que le RPR puis l'UMP prétendaient garantir contre le Front National ont été depuis bien longtemps sapées – si tant est qu'elles aient jamais existé -, démontrant une porosité malsaine des idées et des transfuges. Ainsi l'ex-numéro deux de LR et soutien d'Eric Ciotti, Guillaume Peltier, a écrit sur Twitter juste après la fin du meeting : «  comment rester insensible au discours pour la France d'Eric Zemmour ? ». Qui peut croire qu'une Valérie Pécresse n'aura pas des gages politiques à donner à ces 39,5 % de votants pour Ciotti ? Et d’ailleurs le premier geste de la candidate a été de se précipiter sur les terres d’Eric Ciotti et lui promettre de « pimenter » son programme de ses propositions.

Voilà des années qu'on évoquait la « lepénisation » des esprits, mais on parle désormais de « l'extrême droitisation » de la société… Toute la société ? Ce serait sans doute vite aller en besogne. La maladie touche avant tout la vie politique. Car les questions qui taraudent la population sont d'abord sociales et environnementales. Et les thématiques agitées par ces responsables politiques sont déconnectées des premières préoccupations des gens, sourd aux souffrances. Plutôt que de répondre aux exigences salariales, à la baisse du pouvoir d'achat, au besoin de service public, à la crise climatique, ils banalisent le pire.

Près de cinq ans après l'élection d'Emmanuel Macron, cette structuration et cet élargissement décomplexé de l'arc d'extrême droite est autant à mettre au débit de sa politique antisociale et néolibérale qu'à la lâcheté d'une droite déboussolée.

Dans ce contexte, le mouvement syndical , les forces sociales sont interpellés. D'abord parce qu'ils seraient, avec les travailleuses et travailleurs, les premières victimes de la politique d'un Zemmour ou d'une Le Pen, mais aussi parce que plus fondamentalement ces gens ne proposent rien d'autre que les vieilles recettes libérales ou néolibérales qui nous ont précipité dans toutes les crises que nous traversons.