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LIBERTÉ DE LA PRESSE

Amende requise contre un exploitant agricole accusé de violences contre des journalistes

21 décembre 2021 | Mise à jour le 21 décembre 2021
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Une amende de 700 euros a été requise lundi contre un important exploitant agricole d’Arles (Bouches-du-Rhône) accusé de « violences » contre des journalistes qui faisaient un reportage sur les conditions de vie indignes des ouvriers agricoles étrangers détachés en Provence.

« Ils ont été agressés pour les empêcher de faire leur métier. Cet acte représente une intimidation » , a insisté Me Marc Borten, l’avocat des deux journalistes de France 2, devant le tribunal de police de Tarascon où est jugée l’affaire.

Les faits remontent à l’été 2020, lorsque plus de 250 cas de coronavirus avaient été détectés chez des ouvriers agricoles étrangers, pour la plupart détachés dans les champs en Provence, via une société espagnole de travail temporaire, Terra Fecundis.

Cette société a depuis été condamnée par le tribunal de Marseille pour fraude en bande organisée lors d’un procès où le procureur avait estimé qu’on « ne pourrait même pas héberger des animaux » dans certains endroits où étaient logés les ouvriers agricoles.

A l’époque, la préfecture avait fait fermer quelques lieux d’hébergement utilisés par cette société et notamment l’un d’entre eux situé sur une des propriétés de l’exploitant agricole accusé de violences contre les journalistes de France 2.

Ces derniers, qui travaillaient avec une troisième journaliste fixeuse, s’étaient postés devant l’une des propriétés de cet agriculteur pour tenter de le faire réagir lorsqu’il est arrivé en 4X4.

« Il est clairement établi que les journalistes se tenaient à proximité de leur véhicule sur la voie publique » , quand l’agriculteur est arrivé à bord d’un véhicule 4X4, selon le constat de gendarmerie lu à l’audience.

« Nous avons décliné notre qualité de journaliste. Il n’a pas voulu nous parler » , a relaté l’un des reporters à l’audience. Puis l’agriculteur est ensuite revenu avec son véhicule: « Il a foncé sur moi alors que j’étais en train de filmer (…) » . Après s’être arrêté tout près de l’équipe, l’homme est descendu de son véhicule et « m’a porté des coups » , a poursuivi le journaliste.

A la barre, l’exploitant agricole, qui raconte avoir été très « énervé » durant cette période compliquée, nie avoir porté des coups, mais reconnaît avoir tenté de récupérer la caméra et avoir foncé avec son véhicule vers l’équipe. « Je m’arrête juste à temps pour ne pas leur faire mal » , a-t-il plaidé, en soutenant que les journalistes avaient fait intrusion sur son terrain.

« Vous avez un 4X4 puissant, imaginez la situation où vous n’arriviez pas à freiner et les journalistes auraient été blessés, vous seriez alors jugé en correctionnelle » , a souligné le représentant du ministère public, Serge Balducci en demandant une amende de 700 euros.

« Ne laissons pas banaliser cette violence contre les professionnels de l’information » , a demandé Me Alain Lhôte, avocat du syndicat national des journalistes (SNJ), du SNJ-CGT et de la CFDT, parties civiles. « Vous aviez le droit de refuser un entretien, mais vous n’aviez pas le droit de foncer sur les journalistes » , a-t-il ajouté, en déplorant un contexte général où se multiplient « les agressions contre les journalistes » .

Sans plaider la relaxe, pour « une séquence qui est regrettable » , l’avocat de la défense, Me Fabrice Baboin, a souligné que son client est poursuivi « pour des violences légères » n’ayant causé aucune interruption temporaire de travail (ITT).

Le jugement du tribunal de police sera rendu le 21 février.