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Témoignages

"J'étais intérimaire quand j'ai connu la CGT" : ils nous racontent pourquoi ils militent

4 février 2026 | Mise à jour le 30 janvier 2026
Par | Photo(s) : BAPOUSHOO

Assises Jeunes CGT, 13 juin 2025 CGT Montreuil juin 2025.

Malgré une répression syndicale prégnante, des femmes et des hommes engagé.es à la CGT restent persuadé.es  de la nécessité d'agir pour défendre les droits  des travailleurs. Récits croisés de leurs expériences. 

Depuis deux ans, la CGT tord le cou à la fatalité selon laquelle syndicalisme et militantisme connaîtraient une perte de vitesse inéluctable. Après plus d'une ­décennie marquée par une érosion continue des effectifs, les adhésions sont de nouveau en augmentation. Arsène Lapostolet fait partie de celles et ceux qui se sont syndiqué.es à la centrale de Montreuil pendant cette période. « Le fait que les syndicats, et notamment la CGT, ont été moteurs dans la mobilisation contre la réforme des retraites de 2023 a été un moment de politisation très fort pour moi, relate cet ingénieur en développement logiciel de 26 ans. J'ai adhéré à la fois au Mouvement jeunes communistes de France (MJCF) et à la CGT. J'ai été étonné de constater que certaines personnes étaient surtout là dans l'idée de faire carrière au PCF. Une fois que j'ai eu un mandat de délégué syndical dans mon entreprise, j'ai préféré me consacrer à 100 % à la CGT où j'avais l'impression d'être plus utile. »

S'agissant de Nadia Kassa, agent industriel polyvalente chez Oxxo, une entreprise de fabrication de menuiseries en PVC, il faut revenir un quart de siècle en arrière pour comprendre ce qui l'a poussée à adhérer. « J'ai connu la CGT quand j'étais intérimaire dans mon entreprise, se souvient la quinquagénaire. Je me suis tout de suite sentie bien avec les camarades de la section. Ça m'a semblé naturel de me syndiquer. Et défendre les droits, c'est quelque chose que j'aimais déjà. » Pour passer du paiement d'une cotisation à de réelles actions militantes, il a fallu à Nadia tout un cheminement. « En me formant, j'ai commencé à échanger avec des camarades d'autres boîtes. J'ai compris que les problèmes rencontrés dans mon entreprise, on les rencontrait partout. Et puis, il y avait toutes ces situations où je me disais “Ce n'est pas juste, il faut agir”».

Ce sentiment d'injustice, Grégory Le Métayer l'a lui aussi expérimenté. Ce maçon de 38 ans, spécialisé en voirie dans les travaux publics, a été soutenu par la CGT lorsqu'en début de carrière, des heures et des primes dues étaient « oubliées » sur sa fiche de paie d'intérimaire. Il promet d'adhérer dès qu'il sera embauché. 

Il est par la suite muté dans une autre ville où il crée une section CGT, dont il deviendra le secrétaire général. « Mon employeur n'était pas ravi, glisse-t-il. Mais c'est le seul moyen de parvenir à discuter avec le patronat et de le contraindre à respecter le Code du travail. » Les batailles à mener ne manquent pas. Après avoir obtenu qu'une prime liée au temps d'habillage et de déshabillage soit accordée à tous les employés des entreprises de travaux publics, Grégory Le Métayer espère obtenir pour eux une prime liée au temps de douche. Sa satisfaction ? La perspective que ces victoires fassent « tache d'huile » dans toute la France.

De la déception à l’action

Si Amandine Escherich a ressenti le besoin de s'engager, c'est d'abord pour se sentir utile. « Je suis responsable événementiel dans une mutuelle et, si mon métier est rigolo à faire, il n'est pas utile socialement, affirme la jeune femme de 36 ans. Avec le militantisme, on peut obtenir de nouveaux droits. Par exemple, notre syndicat est très actif sur la question du congé menstruel. On pousse aussi sur les augmentations de salaire collectives, inexistantes depuis dix ans dans la branche. »

Grégory Le Métayer le reconnaît : mener des actions militantes relève du marathon. Pour tenir, il faut savoir déléguer et se ménager. « On ramène les problèmes de tout le monde à la maison et la famille peut nous faire des reproches, reconnaît-il. J'ai fini par arrêter de répondre aux appels téléphoniques liés au syndicat le week-end. Sauf s'il y a une urgence, bien sûr. Et puis, j'ai mes entraînements de foot le jeudi et mes matchs le dimanche. Ça permet de retrouver de l'énergie pour le lundi. » Amandine a elle aussi conscience que trouver un équilibre entre la vie personnelle et la vie militante est nécessaire. « On peut être déçu si on milite énormément en obtenant peu. Il est préférable de prendre son temps plutôt que de se cramer d'emblée. » 

Émancipation 

Aussi convaincu que l'on soit de la justesse de la cause, militer comporte son lot de fatigues, de déceptions et de craintes, notamment en matière de répression syndicale. Ludovic Rabut, 37 ans, en sait quelque chose. Conducteur de machine au sein du groupe Kalhyge (qui a rejoint le groupe Anett) et délégué syndical CGT, il a fait l'objet d'une mise à pied conservatoire en décembre dernier. « Même si la situation est dure psychologiquement, je pense que le jeu en vaut la chandelle, confie-t-il. Le secteur de la blanchisserie industrielle est le parent pauvre de l'industrie, avec beaucoup de maladies professionnelles et d'accidentologie. Dans mon groupe, les employés ont du mal à connaître leurs droits parce qu'ils ne maîtrisent pas la langue. Or c'est le rôle premier d'un syndicat de permettre aux personnes de s'émanciper. Il y a encore tellement de choses à gagner ! »

Parfois, quelques précautions s'imposent. Ainsi, Arsène Lapostolet évite de mentionner son engagement syndical lorsqu'il est en recherche d'emploi. « Et même si je ne l'ai pas subie, j'ai aussi conscience que la violence juridique du patronat et la violence physique exercée par l'extrême droite sont en hausse. Pour le moment, ça me motive plus que ça ne me décourage. » À Oxxo, racheté par un groupe algérien en 2013 après un plan social, les relations avec la direction sont qualifiées par Nadia Kassa de respectueuses. « Je n'irai pas jusqu'à dire que nous avons confiance en elle mais on arrive à discuter et à désamorcer certaines situations. Parfois, ce marchandage pour obtenir que quelqu'un ne soit pas sanctionné, ça peut être fatiguant tout de même. Malgré tout, je continuerai de militer jusqu'au bout, même quand je serai retraitée. »