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mobilisation

« Le mouvement ne fait que croître » : à AgroParisTech, les étudiants se dressent contre l’agro-industrie

3 février 2026 | Mise à jour le 3 février 2026
Par | Photo(s) : AgroParisTech21 via Wikimedia Creative Commons
« Le mouvement ne fait que croître » : à AgroParisTech, les étudiants se dressent contre l’agro-industrie

Vue du Campus AgroParisTech de Palaiseau. (Photo d'illustration)

Né fin 2025 dans le contexte des luttes paysannes contre le Mercosur et contre la DNC, le collectif « Agro en lutte » d'AgroParisTech s’est élevé contre l'emprise de l'agro-industrie sur leur école, leurs formations et l'avenir du modèle agricole. S’il a obtenu la levée des sanctions contre ses membres, il ne démobilise pas pour autant.

« Notre mobilisation s'insère dans le contexte d'une colère paysanne qui illustre les crises politiques et socio-écologiques que nous traversons. Nous voulons être entendus, et surtout écoutés par l’administration de notre école », clame d'emblée le texte de la pétition lancée courant janvier par le collectif « Agro en lutte », contre la gouvernance de la prestigieuse école AgroParisTech.   

Ces jeunes pousses, quelques 150 ingénieurs agronomes en devenir du campus de Palaiseau, ont décidé d'occuper plusieurs bâtiments de leur école à partir du 20 janvier. L'action, pacifique, se concevait comme une contestation de la signature (le 17 janvier) par la présidente de la commission européenne, Ursula Von Der Leyen, du très contesté traité du Mercosur ainsi que de la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) des bovins, qui impose l'abattage total d'un cheptel au moindre cas de DNC détecté. Un mouvement bientôt en butte aux tensions et à une réponse policière mais qui a fait bouger les lignes. 

Première revendication, la fin de la co-gestion

Remontons le fil. Engagés aux côtés des agriculteurs dont ils partagent l'essentiel des revendications, les étudiants d' « Agro en lutte » ont au préalable participé à diverses actions, notamment au blocage du périphérique le 9 janvier dernier.  

Depuis le 20 janvier, ils dénoncent, pêle-mêle : la cogestion des politiques agricoles entre le gouvernement et le syndicat agricole productiviste, la FNSEA (principal syndicat-lobby agricole). Mais aussi la cogestion entre l'agro-industrie et la direction d'AgroParisTech et ses impacts sur le contenu des formations qu'ils considèrent trop orientées « pro-agro-business ». Ils en veulent pour preuve la présence au conseil d'administration de l'école de l'ex-présidente de la FNSEA, entre 2017 et 2023, Christiane Lambert, et dénoncent la « marginalisation » de la parole étudiante au sein des diverses instances qui orientent la vie et les évolutions de l'école (Conseil de l'Enseignement et de la Vie Étudiante, Conseil d'Administration, Cellule Éthique, réforme de l'enseignement, Forum Vitae 2025…). 

Expulsés puis, réintégrés

La réaction ne tarde pas face à leur mobilisation. Quatre jours après leur entrée en lutte avec occupation du campus, le 24 janvier, 35 des étudiants-occupants écopent de sanctions disciplinaires lourdes : l'exclusion de l'école pour une durée de 15 jours. Ils ont été auparavant expulsés manu militari par les forces de l’ordre. Mais, la disproportion des moyens lors de cette intervention – 14 fourgons de police dans la soirée du jeudi 22 janvier pour évacuer une trentaine d'occupants pacifiques – a résonné comme un aveu d'échec cuisant pour la direction générale de l'établissement : « Ces mesures d'intimidation ont poussé l'administration de l'école dans ses retranchements face à un mouvement étudiant dont l'ampleur ne fait que croître », assure Camille (dont le prénom a été changé), membre du collectif Agro en lutte, à NVO.fr.  

Sur le fil Instagram du collectif, on se félicite des nombreux soutiens à cette lutte : des syndicats étudiants, y compris d'autres écoles d'agronomie ; des collectifs « Les Soulèvements de la Terre » et de la « Confédération paysanne ». On se réjouit aussi du succès de la pétition « Pour une école à la hauteur de son slogan » qui a récolté plus d'un millier de signataires en quelques jours, jusqu'à provoquer la levée des sanctions, dès le 25 janvier.   

Inclure les élèves dans la gouvernance de l'école

« Talents d'une planète soutenable », plastronne le fameux slogan d'AgroParisTech. Il semble pourtant, selon ces étudiants avides d'alternatives à l'agro-business dominant en décalage avec les réalités de la prestigieuse école. « Nous voulons faire toute la transparence sur les contrats de partenariat avec des entreprises qui promeuvent le modèle de l'agro-industrie et appelons la direction à mieux nous inclure dans la gouvernance de l'école », revendique le collectif « Agro en lutte ». En prime à l'éphémère mobilisation de janvier, le collectif a obtenu non seulement la levée des sanctions disciplinaires mais aussi la promesse d'une rencontre avec la direction générale de l'enseignement supérieur et d'un représentant du ministère de l'Agriculture. « Ce sera l'occasion de réaffirmer nos revendications de rupture avec le modèle dominant et de promouvoir l'esprit d'ouverture aux alternatives », s’engage le collectif Agro en lutte. 

  

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