À venir
Votre identifiant correspond à l'email que vous avez renseigné lors de l'abonnement. Vous avez besoin d'aide ? Contactez-nous au 01.49.88.68.50 ou par email en cliquant ici.
HAUT
1er mai

Les cueilleurs ne sont pas à la fête

30 avril 2024 | Mise à jour le 30 avril 2024
Par
Les cueilleurs ne sont pas à la fête

Des jeunes femmes participent à la cueillette du muguet, à Saint-Julien de Concelles, près de Nantes. (Photo by FRANK PERRY / AFP)

Dans le Sud Loire, à quelques kilomètres de Nantes, à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, l'Union locale de la CGT traque depuis dix ans les mauvaises pratiques des producteurs de muguet.

D'après le ministère de l'agriculture, « plus de 80% des brins de muguet produits chaque année en France proviennent de la région de Nantes », en Loire-Atlantique. Comme tous les ans, une exploitation intéresse particulièrement l'union locale CGT Sud Loire (UL) : la serre des Trois moulins, installée à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. « Cette entreprise est un peu notre tête de gondole dans le secteur, elle incarne le maraîchage industriel », confie Ronan Lherbier, secrétaire général de l'UL. En juin 2023, elle a d'ailleurs été la cible des Soulèvements de la terre lors d'une action de « désobéissance civile ». Cet exploitant est en effet connu pour être l'un des plus gros producteurs du secteur mais aussi pour ses comparutions devant la justice. Il y a deux ans, le maraîcher, Jean-François Vinet, a notamment été condamné pour avoir dégradé une zone humide classée dans l'une de ses exploitations située à Machecoul-Saint-Même, à quelques kilomètres de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu.

 

« Ici, ils sont plusieurs centaines de retraités, de jeunes, et surtout de salariés du monde entier ». Ronan Lherbier, CGT

 

Jeudi 18 avril, pour le lancement de la saison qui a commencé avec un brin d'avance, la CGT s'est donc installée sur le parking des Trois moulins pour informer les saisonniers de leurs droits. « Nous savons qu'ils utilisent une main-d'œuvre des plus précaire, qui connaît peu ses droits. Ici, ils sont plusieurs centaines de retraités, de jeunes, et surtout de salariés du monde entier, venus du Soudan, de Mayotte, de Guinée ou d'Europe de l'Est », déclare Ronan Lherbier. De son côté, l'exploitant qui « a fait le choix de terminer la journée à 11h30 alors que l'action était prévue à 12h et que les navettes de retour pour les cueilleurs qui viennent de Nantes sont prévues à 18 heures » semble peu enclin à coopérer. Il faut dire que les conditions de travail sont peu recommandables. Aux Trois Moulins, si la journée de travail commence en théorie à 6 heures du matin, elle démarre en réalité quand le contremaitre le décide. Ici, « aucun équipement de protection individuelle, pas de genouillères, pas de vêtements de pluie, rien !, déplore Ronan Lherbier. Pas même d'eau pour se désaltérer ». À cette liste, le militant ajoute qu'il n'y a « pas de toilettes, ni de vestiaires, notamment pour les femmes ». Ces dernières années, les actions du syndicat auront toutefois contribué à dissuader « les chefaillons de siffler les employés pour les appeler ; là, ils n'osent plus trop ».

Pas tous les mêmes

Sur place, un collectif d'agriculteurs du Sud Loire, créé à l'origine contre le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, est venu soutenir l'action syndicale. Parmi eux, Martin Boileau encourage la CGT à développer l'écosyndicalisme. « Nous parlons d'une fleur que l'on arrose l'été, malgré les restrictions d'eau, tout en pratiquant l'esclavage. » Mais si le travail dans les champs, encadré par la convention collective du maraîchage de Loire-Atlantique, reste difficile, les pratiques décrites plus haut ne sont pas celles appliquées par tous les employeurs. Nico, rencontré devant le Lidl philibertin, quand il ne fait pas la manche, travaille chez le maraîcher du Lac, également situé à Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. Il y dispose d'un accès à un terrain pour sa toile de tente, à une salle de pause chauffée, à des toilettes… Arrivé récemment de Limoges à vélo pour la saison, il a déjà entendu parler de « Vinet », mais il n'exclut pas de frapper un jour à sa porte.  « Il faut bien travailler. »