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FONCTION PUBLIQUE

Les inspecteurs du travail mobilisés contre la ministre Muriel Pénicaud

27 juin 2019 | Mise à jour le 27 juin 2019
Par | Photo(s) : DR
Les inspecteurs du travail mobilisés contre la ministre Muriel Pénicaud

Forts du succès des mobilisations de mai, les agents des Direccte étaient à nouveau en grève le 26 juin. À Paris, ils manifestaient devant le siège du Conseil économique, social et environnemental (Cese) pour rencontrer la ministre du Travail. Attendue pour inaugurer un colloque sur les 100 ans de l'Organisation internationale du travail (OIT), la ministre a fait faux-bond.

L'intersyndicale au grand complet (CGT, CFDT, SUD, CNT, CFTC, FO, FSU, Unsa) et les agents en grève ce 26 juin avaient prévu un départ de manifestation dès 8 heures devant le palais de Iéna (Paris 16e), siège du Conseil économique, social et environnemental, avant de se rendre en fin de matinée rue Duquesne (Paris 7e), siège de la direction des ressources humaines des ministères sociaux.

« L'idée, c'était d'interpeller la ministre du Travail dès l'ouverture du grand débat sur les 100 ans de l'OIT qu'elle devait inaugurer sur le thème “La justice sociale et le travail décent”, pour la mettre face à ses contradictions puisque, dans le même temps, cette même ministre démantèle tous les services de son propre ministère », explique un inspecteur du travail de SUD Travail.

Mauvaise pioche pour les manifestants : dès 8 h 30, ils apprenaient que la ministre avait annulé sa venue à la dernière minute. En dépit de quoi, les forces de l'ordre ont, malgré tout, chargé le cortège, pourtant pacifique, pour le confiner avenue Pierre-Iᵉʳ-de-Serbie. Conséquence, une paralysie totale de la circulation automobile pendant plusieurs heures.

Les représentants du personnel laissés sans nouvelles

À l'origine de cette nouvelle mobilisation des agents des Direccte, une précédente déconvenue de la ministre Pénicaud qui, le 18 juin, avait annulé sans explications un comité technique ministériel arraché de haute lutte par la grève massive du 21 mai. « Depuis, nous n'avons aucune réponse à nos demandes de rencontre, alors que nous assistons au démantèlement de nos services et de nos missions », explique un manifestant.

Liquider le service public

À l'instar des autres fonctions publiques, celle du travail, de l'emploi et de la formation professionnelle est officiellement en cours de « restructuration », de « modernisation », de « plateformisation », ou tout cela « en même temps » si l'on s'en tient aux éléments de langage chers au gouvernement pour qualifier en « faux-positif » chacune de ses réformes. Un verbiage efficace en termes de communication, mais qui ne suffit plus à falsifier le vécu des agents de toutes les fonctions publiques, et encore moins leur perception de ce qui se joue en réalité, sur le fond, à travers ces « restructurations » menées au pas de charge par les ministres du président « révolutionnaire », à savoir une liquidation totale du service public.

« Qu'il s'agisse du Travail, des Finances, des Douanes, de l'Équipement, de l'Éducation nationale, de la Santé, des Transports, etc., tous les agents de ces ministères se savent désormais “délogés” à la même enseigne : démantèlement ; privatisation ; évacuation », résume ainsi un syndicaliste.

Plan social massif et vente à la découpe

En annulant sa rencontre du 18 juin avec les instances représentatives du personnel, la ministre du Travail n'a sans doute pas pu, ou pas voulu, assumer de « dire la vérité » à ses propres fonctionnaires. Quelques jours plus tôt, le 15 juin, Muriel Pénicaud validait une circulaire ministérielle intitulée « Transformation des administrations centrales », laquelle entérine ce qu'il convient de qualifier de plan social massif.

Il y est question d'injonctions aux ministres de présenter des propositions de rabotages dans leurs administrations centrales respectives, et ce, dès le 15 juin ; de réorganisation territoriale de l'État ; de fusion des Direccte (directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) avec les DRJSCS (directions régionales de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale) ; de basculement des unités départementales de la Direccte dans des directions départementales interministérielles ; de transfert dans les préfectures des missions de service à la main d'œuvre étrangère (MOE) ainsi que de l'ensemble des fonctions support, notamment les services généraux.

Poursuivre la mobilisation, dans l'unité syndicale

Le tout, accompagné de suppressions de postes par dizaines de milliers, pour d'officielles raisons budgétaires. À moins que ce qui est présenté comme un moyen ne soit en réalité le but recherché. Pour les agents qui qualifient eux-mêmes cette réorganisation de « vente à la découpe », la question ne fait plus aucun doute. D'où la décision de l'intersyndicale de conclure la mobilisation du 26 juin par une assemblée générale afin de débattre et de décider des suites à donner à cette journée d'action.

« La messe n'est pas encore dite », assure Simon Picou, inspecteur du travail de Seine-Saint-Denis. « Si nous continuons de nous mobiliser massivement et unitairement, nous avons encore des chances de renverser la donne ».

Les agents en grève partout contre le démantèlement de l'inspection du travail