Lutte chez Rexroth Vénissieux

« Bosch voulait supprimer nos productions sous prétexte d'un plan d'économie de 19 millions, mais ils s'y sont pris de telle manière que nous les avons contraints à garantir le maintien de nos activités jusqu'au moins 2020 » se réjouit Gilles De Gea, secrétaire du syndicat CGT Rexroth Vénissieux.
Cerise sur le gâteau, le groupe conforte le rôle de centre de compétences du site avec un investissement de 700 000 euros pour la recherche et développement.
« C'est une grande victoire, poursuit Gilles, pour autant il aura fallu en passer par une lutte de grande envergure pour obtenir ce résultat. »
UNE ANNONCE DÉSASTREUSE
L'histoire commence le 2 février 2016. La direction allemande débarque à l'usine Rexroth de Vénissieux, une unité où on fabrique des distributeurs hydrauliques et des joysticks manipulateurs hydrauliques et électroniques pour tractopelles. Or, Bosch a décidé une restructuration de cette division au niveau mondial.
Un plan vise à économiser 450 millions d'euros, dont la moitié pour les sites allemands. Les dirigeants du groupe annoncent à Vénissieux que le site contribuera au plan d'économie pour un montant de 19 millions. Le projet prévoit la délocalisation de 60 % de l'activité vers la Turquie, ce qui correspond à 185 suppressions de postes sur 360 salariés. Toutefois, la direction laisse la possibilité aux syndicats de présenter dans les trois mois des alternatives pour trouver ces économies. Il est donc fait appel à un cabinet d'expertise.
Le 21 avril, l'expert montre qu'un plan d'économie de 12 millions permettant d'atteindre une profitabilité de 7 % en 2018 est possible. Un autre scénario est proposé par des salariés et cadres, afin d'économiser 17 millions. « Certes ces alternatives n'atteignaient pas les 19 millions d'économies, mais cela permettait de conserver la production de distributeurs à Vénissieux », se souvient Gilles. Peine perdue. Ces propositions sont aussitôt écartées par la direction.
LE RAPPORT DE FORCES S'ÉLÈVE
Le 26 avril, le syndicat CGT (qui représente 65 % aux élections professionnelles), la CFE-CGC et FO, lancent un mouvement de grève qui se traduit par deux jours de blocage total du site. Aucune marchandise n'entre ou ne sort du site. À l'issue de ces deux jours, une AG des salariés décide de continuer l'action au moyen d'une grève par roulement à raison de deux heures par salarié. Il y a unité syndicale, mais aussi, fait remarquable, une unité des salariés dans leur ensemble du bas en haut de la chaîne hiérarchique.
« Dans la grève par roulement, on a vu la participation de chefs de service et même des responsables du comité de direction… », s'étonne encore Gilles.
Cela dure seize jours, jusqu'au 11 mai. En parallèle s'exprime aussi le soutien de la population et des élus locaux. Le site de Vénissieux a aussi pour particularité de développer de nouveaux produits révolutionnaires pour tractopelles. Le blocage mécontente les clients qui ne sont plus livrés, et qui interpellent aussi la direction de Bosch sur l'éventualité de ne plus pouvoir disposer de ces produits recherchés.
Cette pression exercée sur les responsables de la division a sans doute aussi été l'un des éléments qui a fait réagir la direction du groupe.
UN ÉPILOGUE HEUREUX
Le 9 mai, Heiko Carrie, président de Bosch France, demande à rencontrer les syndicats. Une négociation marathon de 48 heures s'engage avec l'intersyndicale. Au sortir de celle-ci, il est obtenu l'engagement de conserver 270 emplois minimum à fin 2020.
Un petit plan de départ volontaire sera négocié en juin, mais personne ne sera contraint de quitter l'entreprise. Bosch s'est également engagé à ne pas vendre l'activité joystick d'ici fin 2020. Alors que la direction faisait pression pour supprimer des avantages sociaux, tous sont conservés. Au final, non seulement rien n'a été perdu, mais des garanties de pérennité ont été arrachées.
« C'est une victoire, car fin 2018, ils auraient vendu l'activité joystick à un concurrent et il n'y aurait plus eu de production à Vénissieux », explique encore Gilles. La victoire est d'autant plus emblématique que Bosch est l'initiateur d'un des premiers accords de compétitivité remettant en cause le temps de travail sur un autre de ses sites de Vénissieux. Mais, ici, l'unité et le rapport de forces ont fait la démonstration que l'on peut contraindre la multinationale à plier.