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Pollution

Notre-Dame : l'omerta autour de la pollution au plomb persiste

16 avril 2024 | Mise à jour le 16 avril 2024
Par | Photo(s) : Bapoushoo
Notre-Dame : l'omerta autour de la pollution au plomb persiste

Le 15 avril, associations et syndicats étaient mobilisés pour alerter sur la pollution au plomb autour du site de Notre-Dame.

Cinq ans après l'incendie qui a ravagé la cathédrale, associations et syndicats se sont regroupés le 15 avril, devant l’édifice, pour dénoncer l'inaction des pouvoirs publics face à la pollution au plomb et à la réutilisation du matériau dans la reconstruction.

En cette fin d’après-midi d'avril, le parvis de Notre-Dame, dans le 4e arrondissement de Paris, est presque désert. Accompagné d’une vingtaine de personnes, Benoît Martin, secrétaire général de l'union départementale CGT de Paris, prend la parole : « Vous vous posez peut-être la question de notre présence ici ? Il y a cinq ans, jour pour jour, près de 400 tonnes de plomb se dégageaient sous forme de poussière lors de l'incendie de l’édifice, contaminant le quartier et ses habitants. » Quelques mois après le sinistre, survenu en avril 2019, Mediapart révélait des chiffres glaçants : des taux de plomb 400 à 700 fois supérieurs à la limite autorisée sont détectés à l’intérieur et aux alentours de la cathédrale. Des informations volontairement passées sous silence, selon le média d’investigation. Pour l’Association Henri Pézerat et l’Association des famille victimes du saturnisme (AFVS), mobilisées aux côtés du syndicat, « l’exposition au plomb et ses dangers sont les impensés politiques de la restauration de Notre-Dame ». Bien connu pour ses effets délétères sur la santé, le plomb augmente le risque d'hypertension artérielle, de maladie rénale chronique, d’altération du développement staturo-pondéral et sexuel et d’apparition de cancers. Du lourd.

« On a sciemment envoyé des travailleurs sur un site pollué »

Ce que dénoncent les deux associations et le syndicat, c’est aussi des mesures insuffisantes de décontamination et de confinement du site et ce, dès le début du chantier. « On a sciemment envoyé des travailleurs sur un site pollué sans aucune procédure de décontamination. Le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail a été saisi dès 2019 et des taux de plombémie importants ont été détectés jusque chez les élèves des écoles aux alentours de la cathédrale. Imaginez pour les ouvriers ! », interpelle Benoît Martin. Le parvis a, d'ailleurs, dû être fermé, respectivement en 2019 et 2021, en raison de taux de plomb élevés. Rebelote en 2023, où la crypte a également été interdite au public pour les mêmes raisons. Malgré cela, la flèche et la charpente de l’édifice ont été reconstruits avec du plomb ! « C’est une aberration totale, il semble que le code du travail sur les questions de santé échappe aux responsables du chantier. D’autres matériaux comme le cuivre ou le zinc auraient pu être utilisés. Les dégâts humains vont se payer cher », prévient Annie Thébaud-Mony, présidente de l'association Henri Pézerat et directrice de recherche à l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Depuis, plusieurs plaintes ont été déposées contre X avec constitution de partie civile pour « mise en danger de la vie d'autrui ». L’une d’elles a été retenue par un juge d’instruction en 2023. Mais aucun procès n’est encore ouvert. Une omerta qui ne dit pas son nom.