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Protection de l'enfance

« On est sous pression constante » : face à la suspicion généralisée, le périscolaire parisien mobilisé

14 avril 2026 | Mise à jour le 14 avril 2026
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« On est sous pression constante » : face à la suspicion généralisée, le périscolaire parisien mobilisé

Plusieurs centaines d'animateurs et de directeurs du périscolaire dénoncent la multiplication des suspensions et le manque de moyens récurrents. Paris, le 14 avril 2026

Alors que le Conseil de Paris a adopté le plan d'actions doté de 20 millions pour répondre aux besoins du périscolaire présenté ce mardi 14 avril par le nouveau maire Emmanuel Grégoire, des animateurs et directeurs dénoncent le manque de moyens et le climat de suspicion généralisée après que des affaires de violences sur enfants ont secoué des écoles de la capitale.

Le maire socialiste de Paris Emmanuel Grégoire a fait du périscolaire la priorité absolue de son premier mandat. À peine élu, l'ancien premier adjoint d'Anne Hidalgo a convoqué mardi 14 avril 2026 un conseil extraordinaire essentiellement consacré à cet épineux sujet, après que des affaires de violences sur enfants aient éclaboussé des écoles de la capitale.

L'édile a soumis au vote son plan d'actions de 20 millions d’euros, qui prévoit notamment une simplification de la chaîne de signalement, l'ouverture d'une école du périscolaire pour professionnaliser la filière de l'animation, et le réaménagement d'espaces considérés sensibles pour éviter qu'un adulte se retrouve seul avec un enfant. Ce dispositif a d’ailleurs été adopté par le Conseil de Paris.

Épée de Damoclès au-dessus de la tête

Le même jour, à l’appel de l’intersyndicale (CGT, CFDT, FSU), quelques centaines d'employés, majoritairement des directeurs et des animateurs se sont rassemblés à l'hôtel de ville pour dénoncer l'absence de moyens et le climat de suspicion généralisée. Alexandre Herzog, directeur périscolaire dans le 18e arrondissement et responsable CGT de l'animation à la ville de Paris doute que « le plan d'actions suffise à désamorcer la situation ». « Aujourd'hui, les collègues travaillent avec une épée de Damoclès, sous pression constante. C'est la politique du doute systématique. Tout signalement fait l'objet d'une suspension automatique, sans que l'on en connaisse la raison. Un collègue a été suspendu pour avoir dit « prout », des suspensions sont abusives, il y a des situations qui pourraient se régler autrement, il n'y a plus aucun recul ».

La mairie recense 75 agents suspendus depuis janvier, la CGT en compte de son côté une centaine. Dans un tract, le syndicat écrit que « ce ne sont pas les suspensions en masse qui amélioreront les conditions d'accueil des enfants ». « Les procédures contradictoires ne sont pas forcément mises en œuvre pour les animateurs vacataires. Et lorsqu'un agent est finalement lavé de tous soupçons, il est malgré tout systématiquement déplacé dans une autre école, ce qui fait que le doute persiste dans l'esprit des parents », témoigne encore Alexandre Herzog.

Le métier est devenu difficile

Au quotidien, Sylvia, animatrice en maternelle avoue son désarroi : « le métier est devenu difficile. Les enfants sont demandeurs de câlins, d'autant que certains sont en manque d'affection, mais on ne sait plus comment faire, n'importe quel geste peut être mal interprété ». Maxime, directeur en école élémentaire, enchérit : « un enfant devient radioactif, on n'ose plus s'en approcher ».

Comme tous, ce dernier, qui supervise une équipe de 13 animateurs, dénonce le manque de moyens et le sous-effectif chronique. « On tourne souvent avec deux à trois animateurs absents. Les parents, la mairie sont exigeants, mais les moyens ne suivent pas. Dans des équipes, 80% des animateurs sont vacataires, qui parfois travaillent depuis des années sans être contractualisés ». Même constat de précarité du côté d'Alexandre Herzog, qui évalue à 8000 le nombre de vacataires, sur un effectif de 20 000.  « Il manque entre 500 et un millier d'animateurs à Paris ». La CGT revendique un meilleur taux d'encadrement, la titularisation des agents vacataires et l'exigence d'un brevet d'État pour exercer les métiers de direction et d'animation. Outre son plan d'actions, le maire de Paris, qui a fait le choix de la semaine scolaire à 4,5 jours, a aussi annoncé la mise en place d'une convention citoyenne chargée de débattre des rythmes scolaires.