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Langage

Sécurisation : la sécurité pour qui ?

27 juillet 2018 | Mise à jour le 27 juillet 2018
Par | Photo(s) : Babouse
Sécurisation : la sécurité pour qui ?

La NVO ouvre ses colonnes à une tribune mensuelle sur le langage dans le monde du travail. Intitulée « Le bal des mots dits », elle est écrite à plusieurs mains, selon des styles propres à chacun, par un collectif de chercheurs et de syndicalistes CGT, le Groupe Langage, dans le cadre d'une réflexion sur le travail engagée depuis 2008 par la direction de la CGT.

Le mot manque d'élégance mais il s'est diffusé largement, dans les textes juridiques comme dans la langue de tous les jours. Sécurisation a la même racine que le mot sécurité et renvoie donc une image de tranquillité, de protection contre le danger. En un mot, son sens est perçu « naturellement » comme positif. Ainsi, sécuriser sa maison, c'est la protéger. Sécuriser quelqu'un, c'est le « mettre en sécurité » et le garantir contre des événements qui pourraient lui causer un préjudice ou porter atteinte à sa vie ou à son intégrité physique.

Sécuriser une action, c'est éliminer ou minimiser les risques qui peuvent en résulter. Alors que le mot « sécurité » est ancien, celui de sécurisation est plus récent. Son utilisation est devenue très fréquente dans les débats sur les relations de travail, jusqu'à figurer dans le titre de nombreuses lois récentes, le dernier exemple en date étant l'ordonnance du 22 septembre 2017 relative à la prévisibilité et la sécurisation des relations de travail. Ne rejetons pas la nouveauté dans la pratique du langage, mais posons-nous la question : le mot « sécurisation » n'est-il pas piégeux ? Sa proximité avec l'idée de sécurité pourrait être un premier piège.

Qui irait plaider contre la sécurité ? Refuser le mot sécurisation reviendrait à revendiquer l'insécurité. Cela irait à l'encontre du sens commun. Voire relèverait de la folie ! Et nous voilà obligés d'adopter la « sécurisation »… Animés par notre méfiance habituelle, imaginons que l'emploi massif du mot « sécurisation » dans les relations de travail puisse cacher l'essentiel : qui cherche-t-on à protéger ? Le salarié (dans son emploi) ou l'employeur (contre le « risque » d'une contestation) ? Pour ajouter à notre perplexité, ce mot est utilisé dans l'expression « sécurisation des parcours professionnels » (pour protéger le salarié par une continuité de protection) et dans l'expression « sécurisation des relations de travail » (qui cherche avant tout à protéger l'employeur).

L'identité du mot escamote ainsi une différence politique radicale. Pas simple donc ! L'usage du mot dans le discours de l'employeur est trompeur. D'autant que pour lui la « sécurisation des parcours professionnels » doit être au service de l'employabilité et du marché du travail. Préférons donc l'expression « sécurité sociale professionnelle », qui attribue sans ambiguïté des droits au service de l'émancipation des travailleurs pour leur garantir un véritable statut du XXIe siècle.