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LIBERTÉS SYNDICALES

Sncf : la bataille des cheminots contre la répression syndicale se structure

28 mai 2019 | Mise à jour le 26 février 2020
Par | Photo(s) : Bapoushoo
Sncf : la bataille des cheminots contre la répression syndicale se structure

Rassemblement devant la gare Saint Lazare contre la répression au travail à Paris le 23 mai 2019

Rassemblée une nouvelle fois à la gare Saint-Lazare (Paris), jeudi 23 mai, l’intersyndicale cheminote (SUD, CGT, FO), rejointe par des soutiens de tous horizons, a dénoncé la politique de réorganisation de l’entreprise et la souffrance au travail devenue intenable.

Après celui d’avril, ce nouveau rassemblement des syndicats de cheminots à Paris, le 23 mai, avait pour but premier d’apporter un soutien massif et visible à leur collègue, Éric Bezou. Syndicaliste de SUD-Rail, ancien élu du CHSCT et lanceur d’alerte, il était convoqué, jeudi 23 mai, à un entretien préalable au licenciement. On lui reproche un comportement impertinent, voire provocateur : le fait de s’être agenouillé physiquement devant deux de ses supérieurs hiérarchiques, lesquels ont à l’évidence peu apprécié la portée politique de son geste. « J’ai voulu, en m’agenouillant, dénoncer la soumission exigée des agents de la SNCF qui résistent ou s’opposent à la politique de transformation de l’entreprise, à son management mortifère qui se généralise au fil des réorganisation successives », a expliqué le syndicaliste, salué par de nombreux militants venus le soutenir.
Parmi eux, des syndicalistes de la CGT et de FO cheminots, de SUD-Rail et de SUD-Santé, des postiers CGT et SUD-PTT, ainsi que des militants CGT du commerce et des services: les Fiducial Private Security (FPS), ou encore, les Geodis-Calberson (filiale NCF) de la plateforme logistique de Gennevilliers (92). Bref, autant de secteurs professionnels où la répression syndicale sévit avec une particulière intensité, comme l’a rappelé Mouloud Sahraoui, le délégué syndical de Geodis, mis à pied et menacé de licenciement avec trois autres élus CGT pour faits de grève et de manifestations syndicales.

Un massacre social comparable à celui de France Telecom-Orange

« Ce qui se passe à la SNCF comme dans tous les services publics en cours de privatisation, c’est un massacre social comparable à celui qui a été expérimenté chez France Telecom », alerte, inquiète, une jeune cheminote en mettant en avant les 57 cas de suicide intervenus depuis 2017 à la SNCF. À quoi s’ajoutent l’explosion des cas de burn-out, les accidents du travail souvent handicapants ou mortels, que la direction de la SNCF s’applique à rendre invisibles.

Solidariser les syndicats et salariés de tous secteurs

C’est d’ailleurs dans le but de rompre l’assourdissant silence médiatique sur l’enfer des conditions de travail à la SNCF que les cheminots ont pris l’initiative d’une campagne intitulée #PlusJamaisAGenoux. qui vient compléter la bataille engagée en 2018, suite au suicide d'Édouard, un cheminot de 42 ans et militant de SUD-Rail victime d’une répression syndicale féroce. Prolongée sur les réseaux sociaux, cette campagne propose des actions régulières, dont celle du 23 mai. L’idée force est de solidariser des organisations syndicales de divers secteurs professionnels où le management par la terreur, la répression et la souffrance au travail tendent à devenir la norme. « Il faut d’une part dénoncer ces situations intenables, les dévoiler au grand jour de sorte à inciter les salariés à sortir de leur isolement, à s’organiser collectivement et à construire des convergences de lutte pour en finir avec ce système qui brise chaque jour des vies », relate un cheminot.

L’humoriste Audrey Vernon en soutien d’Eric

À la tribune, les témoignages se succèdent pour dire le quotidien des cheminots aux prises avec la réforme ferroviaire et les impacts délétères des lois travail sur les libertés syndicales et les droits des salariés. L’occasion, pour diverses personnalités politiques et du monde de la culture. d’exprimer leur plein soutien aux manifestants. Comme elle l’avait déjà fait deux ans auparavant lors du suicide d'Édouard, l’humoriste Audrey Vernon a tenu à s’exprimer: « J’étais à France Inter à l’époque et j’avais écrit un texte dédié à Édouard où étaient cités les noms des cadres qui l’avaient harcelé. J’avais oublié que j’étais sur une radio d'État et à la fin de l’année, mon contrat n’a pas été reconduit. Je ne regrette pourtant rien et je suis là aujourd’hui pour Éric, parce qu’il est vivant, et pour vous encourager à poursuivre votre combat»

Intervenant juste avant de se rendre au tribunal pour assister au procès de Didier Lombard – l’ex-PDG de France Telecom-Orange –, Eric Beynel (Sud Éducation) a livré ce message: « Le gouvernement et nos dirigeants doivent comprendre qu’on on ne se laissera pas faire, qu’on résistera jusqu’à mettre fin à cette situation infernale» Et d’adresser ce vœu aux cheminots: « J’espère qu’un jour, vous assisterez au procès en correctionnelle de Guillaume Pépy (président de la SNCF) et qu’il réponde à son tour de ses actes devant la justice. »