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Le secteur du commerce ne doit plus être le laboratoire expérimental des reculs sociaux

Amar Lagha
21 janvier 2021 | Mise à jour le 21 janvier 2021
Par | Secrétaire général de la fédération CGT Commerces et Services
C'est un vieux rêve du patronat et des prêcheurs libéraux et le contexte sanitaire actuel le leur offre : la normalisation des ouvertures dominicales des commerces.

L'argument est tout trouvé, étaler le brassage de la population sur sept jours pour prévenir la propagation du virus. Comme si l'ouverture des commerces ce septième jour ne constituait pas à elle seule une création supplémentaire de moments de contamination. Comment peut-on invoquer des motifs sanitaires pour l'ouverture des commerces le dimanche lorsque dans le même temps, on impose un couvre-feu de plus en plus tôt qui oblige les travailleurs à une course contre la montre dans les rues et dans les transports, et tous au même moment, les exposant ainsi à une promiscuité qui va à l'encontre des préconisations sanitaires ?

Comment peut-on également justifier décemment la fermeture totale des lieux de culture en invoquant les risques de contamination tout en voulant imposer plus d'ouvertures des commerces, qui deviennent « les sorties du dimanche » ? Car si cette sortie dominicale peut relever du choix des personnes qui les prennent, elle constitue une contrainte supplémentaire pour les travailleurs du commerce qui se voient exposés au virus contre leur grès.

Ouvertures dominicales sans concertation

En décrétant une simplification des dérogations dominicales, sans aucune concertation préalable des principaux acteurs, le gouvernement affiche ouvertement et sans scrupule, son mépris vis-à-vis des travailleurs et de ceux qui les représentent et par la même, son soutien indéfectible au grand patronat dont le seul indicateur de croissance reste le chiffre d'affaires, « coûte que coûte ». Les travailleurs se voient priver, de manière autoritaire, de leur repos dominical au nom d'un sacrifice pour le maintien de l'économie du pays, dont ils sont encore les seules victimes.

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Depuis le début de cette crise, toutes les dérives sont tolérées, foulant allègrement les droits les plus fondamentaux des travailleurs à qui gouvernement et patronat ne cessent de réclamer toujours plus d'efforts tout en brandissant la menace de licenciement si l'activité venait à décliner. Ce sont ces mêmes travailleurs qui ont été exposés sans matériel de protection au début de la crise, qui ont enduré une surcharge de travail soit durant le confinement, soit à la reprise, qui ont été contraints d'accepter le chômage partiel avec une perte de salaire et qui sont épuisés et précarisés, à qui l'on impose aujourd'hui de sacrifier leur jour de repos dominical au nom de la rentabilité des entreprises.

Loin de repenser un fonctionnement d'un système qui a montré ses limites, patronat et gouvernement s'entêtent à reproduire le même cercle vicieux. Les grandes entreprises se voient allouer des aides publiques colossales sans aucune contrepartie demandée, faisant peser ce choix politique et sociétal sur les contribuables que nous sommes. Ces aides, nous le voyons, n'ont jamais empêché la destruction de l'emploi ni n'ont permis de combler les inégalités entre les détenteurs de richesses et ceux qui les produisent. Face à la défaillance criante de ce système, nous devons imposer un autre choix de modèle sociétal, un modèle qui repose sur une vraie justice sociale.

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Réduire le temps de travail : une urgence

Cette crise nous a montré une chose, c'est que le gouvernement est en capacité de mobiliser des sommes vertigineuses. Elle nous a montré également que les entreprises sont capables de s'adapter aux aléas législatifs. Forts de ce constat, il nous est aisé de revendiquer la baisse du temps de travail dont les effets bénéfiques seraient immédiats. Elle permettrait aux travailleurs de libérer du temps quotidiennement et d'éviter ainsi la ruée du samedi pour les courses ou l'ouverture des commerces le dimanche. Elle permettrait de maintenir tous les emplois et d'embaucher. Elle permettrait aux travailleurs de partager leur journée de manière plus équilibrée entre les parties professionnelle et privée.

Au lieu d'offrir gracieusement et régulièrement aux grands groupes des aides publiques qui n'ont aucun effet sur l'emploi ni sur l'amélioration des conditions de travail, l'Etat doit les rediriger vers nos services publics qui se meurent. Quant au financement de la réduction du temps de travail dans les entreprises, elle peut être largement permise par une redistribution équitable des richesses produites.

Il est temps de rompre définitivement avec ces politiques austères et liberticides. Le secteur du commerce ne doit plus être le laboratoire expérimental des reculs sociaux. La crise sanitaire doit être l'occasion de rééquilibrer les forces dans l'entreprise et permettre aux travailleurs de se réapproprier leur travail et sa finalité.

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