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Accord de performance collective

Vidéo : L’Équipe veut baisser les salaires et augmenter la durée du travail

10 juin 2020 | Mise à jour le 11 juin 2020
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La société l'Équipe qui publie notamment le quotidien sportif veut profiter de la crise sanitaire pour raboter les droits sociaux des salariés. Un chantage à l'emploi autorisé par les ordonnances Macron.

L'esprit d'équipe et l'esprit du capitalisme ne font pas bon ménage… Lundi 8 juin 2020, la direction de la Société par Action Simplifiée L'Équipe, qui publie notamment le quotidien sportif, présentait officiellement au comité social et économique (CSE) son projet d'accord de performance collective (APC). Le directeur général, Jean-Louis Pelé, le présente comme « un new deal social », alors que se profile une régression inédite.

Baisse des jours de RTT et des salaires

Entre autres joyeusetés, il prévoit notamment une augmentation de la durée du travail, avec un nombre de jours de RTT ramené de 22 à 6 jours par an, un passage en forfait jour pour l'encadrement de la rédaction et les reporters et une baisse annuelle des salaires de l'ordre de 10 %. Les augmentations collectives de salaires seraient gelées.

En contrepartie de quoi, Jean-Louis Pelé renoncerait à 15 % de sa rémunération annuelle sur 2020-2024, celle des membres du comité exécutif baisserait de 13 %. Surtout, la société s'engage à ne pas procéder à des licenciements économiques sur 2020-2024.

« Sauf que cet engagement est conditionné au maintien du même nombre de publications. Par ailleurs, une soixantaine de salariés sont susceptibles de partir en retraite d'ici 2024 et ne seront pas remplacés », dénonce Stéphane Antoine, élu SNJ-CGT au CSE de la SAS l'Équipe.

Effet d'aubaine

La société justifie ce chantage à l'emploi par ses difficultés économiques qui se traduisent par un déficit de plus de 16 millions d'euros, une perte de 60 % de la vente au numéro depuis le début de la crise sanitaire, une chute des recettes publicitaires de 70 %.

Diffusé à 233 791 exemplaires, le quotidien l'Équipe pâtit aussi de la crise de la distribution des journaux avec le redressement judiciaire de Presstalis. Pour l'intersyndicale (SNJ, SNJ-CGT, Ufict CGT, SGLCE-CGT), la direction veut « profiter d'un effet d'aubaine juste à la sortie de la crise sanitaire ».

Le groupe Amaury, propriétaire de la SAS l'Équipe (qui publie le quotidien, le magazine, l'hebdomadaire France Foot et le mensuel Vélo mag) dispose d'une confortable trésorerie estimée à 300 millions d'euros. Sa filiale Amaury Sports Organisation, qui organise des événements sportifs tels que le Tour de France constitue une véritable machine à cash.

En outre, si le monde sportif tourne encore au ralenti, plusieurs rendez-vous (Jeux Olympiques à Tokyo en 2021, Euro de football en 2021 et 2022, JO d'hiver en 2022, coupe du monde de rugby en 2023…) devraient donner de l'allant à l'Équipe à compter de septembre 2020, jusqu'aux Jeux Olympiques de Paris en 2024.

Stratégie du choc

L'intersyndicale dénonce dans un communiqué « une stratégie du choc ». « Il n'y a pas d'autre urgence que celle d'empêcher les salariés de réagir. Ces derniers reprennent progressivement le chemin de leur bureau après presque trois mois de télétravail, où ils ont sorti le journal tous les jours dans des conditions dégradées », commente Stéphane Antoine.

Avec l'accord de performance collective, l'Équipe SAS vise 3,5 millions d'euros par an. Elle emploie actuellement 362 salariés salariés, contre 560 en 2005. Elle a déjà connu quatre PSE depuis 2013. Cette fois, les négociations devraient s'étaler jusqu'à la rentrée de septembre.

Le chantage à l'emploi que constituent les accords de performance collective est rendu possible par les ordonnances Macron de 2017. Ils remplacent les accords de préservation ou de développement de l'emploi, de maintien de l'emploi ou de mobilité interne. L'entreprise n'a plus besoin de justifier de difficultés économiques. L'accord d'entreprise s'impose aux salariés. Ceux qui refusent sont licenciés pour cause réelle et sérieuse et ne peuvent donc contester leur licenciement.

Lire les deux communiqués de l'intersyndicale du 31 mai et du 4 juin