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IMMIGRATION

500 000 travailleurs concernés : en Espagne, un plan de régularisation de sans-papiers d'une ampleur inédite

16 avril 2026 | Mise à jour le 16 avril 2026
Par | Photo(s) : Pedro PARDO / AFP
500 000 travailleurs concernés : en Espagne, un plan de régularisation de sans-papiers d'une ampleur inédite

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez lors d'une conférence de presse à Pékin, le 14 avril 2026.

Ce mardi 14 avril, le gouvernement espagnol a annoncé valider un décret royal lançant un vaste plan de régularisation des travailleurs en situation administrative irrégulière. Le Premier ministre Pedro Sánchez a déclaré que plus d'un demi-million de personnes pourraient en bénéficier. Une politique qui contraste avec le durcissement en matière migratoire observé dans de nombreux pays européens.

Le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez, au pouvoir depuis près de huit ans, a présenté, ce mardi 14 avril lors d'une conférence de presse, un plan exceptionnel de régularisation des personnes sans papiers, qui doit s’initier dès ce mois d’avril et s’étirer jusqu’au mois de juin. Pour le consultant indépendant Antoine de Clerck, co-auteur, avec la chercheuse en droit européen Tania Racho, de l'étude « Politique migratoire : l'exception espagnole », ce décret « est exceptionnel, à la fois par sa nature et par son ampleur ». Son caractère inédit tient d'abord au nombre de bénéficiaires potentiels – entre 500 000 et 600 000 demandes pourraient être examinées –, mais aussi aux modalités d'accès et de traitement prévues par le dispositif.

Une initiative soutenue par la population

Cette mesure ne surgit pas de nulle part. En janvier 2022, l'idée d'une large régularisation des travailleurs sans papiers avait été portée par une initiative législative populaire (ILP). Ce mécanisme – comparable, en France, aux pétitions citoyennes qui peuvent être déposées sur le site de l'Assemblée nationale – permet aux citoyens espagnols de proposer une loi. Une fois le seuil de 500 000 signatures atteint, la proposition doit être examinée par le Congrès des députés. L’ILP avait alors recueilli plus de 700 000 signatures.

« C'est assez exceptionnel sur un sujet comme l'immigration, explique Antoine de Clerck. L'Espagne compte près de 49 millions d'habitants : cela correspondrait, en France, à une mobilisation comparable à celle suscitée par la pétition sur la loi Duplomb. » Après une validation en avril 2024 par le Parlement, le projet s’était retrouvé bloqué, faute de majorité au Congrès des députés – le gouvernement étant minoritaire, ne pouvant revendiquer que 147 sièges face aux 171 dévolus à l’opposition de droite, qu’il ne déborde que grâce à la trentaine de députés lui apportant un (fragile) soutien sans participation. Pour sortir de cette impasse, Pedro Sánchez avait alors annoncé en janvier dernier que le Conseil des ministres allait approuver un décret royal dans ce sens. En novembre 2024, Elma Saiz, la ministre de l'Inclusion et des Migrations, avait pour sa part déjà annoncé un plan visant à faciliter la régularisation d'environ 300 000 personnes sur trois ans.

Une tradition historique de régularisation

Avec ce nouveau plan, l'Espagne s'inscrit dans une tradition de régularisation qui a débuté en 1985, avec la première loi relative aux ressortissants étrangers. Depuis le début des années 2000, la part d'étrangers vivant sur le territoire espagnol n'a cessé d'augmenter. En 2025, ils représentaient près de 15 % de la population totale.

L'Espagne entretient également un rapport particulier à l'émigration. Pendant la période franquiste (1936-1975), des centaines de milliers d'Espagnols avaient quitté le pays. Selon Antoine de Clerck, cette mémoire collective contribue aujourd'hui à nourrir une certaine empathie vis-à-vis des migrants : « En Espagne, beaucoup de familles ont connu l'émigration. Tout le monde a un parent ou un cousin qui est parti travailler ailleurs à un moment donné. »

Un enjeu démographique et économique

Par ailleurs, plusieurs travaux montrent que l'immigration contribue positivement au développement de l’Espagne : l’étude d'Antoine de Clerck et Tania Racho souligne, par exemple, que les flux migratoires soutiennent à la fois la croissance démographique et l'activité économique du pays. Des arguments partagés par Pedro Sánchez, qui évoque, dans un message publié sur X, une véritable « nécessité ». Depuis une quinzaine d'années en effet, le nombre de décès dépasse celui des naissances en Espagne, tandis que la croissance économique engendre des besoins importants de main-d'œuvre.

Dans ce contexte, les régularisations des travailleurs sans papiers font l’objet d'un large consensus politique, à l'exception du parti d'extrême droite Vox, qui avait d'ailleurs voté contre l'initiative législative populaire de 2022. Les quotas de régularisation sont définis par une commission tripartite qui réunit les syndicats, le patronat et le ministère de l'Inclusion. Antoine de Clerck souligne toutefois que les organisations syndicales resteront particulièrement attentives aux applications concrètes du dispositif : « Les syndicats veilleront notamment aux conditions d'accès à l'emploi, au respect du salaire minimum, ainsi qu'à l'accès à la santé et au logement. » Car il ne faudrait pas que les populations intégrées soient traitées comme taillables et corvéables à merci, sans garantie sociale aucune. Dans un communiqué, le syndicat Comisiones Obreras (CCOO) a ainsi appelé le gouvernement à être « à la hauteur des circonstances », en dotant les administrations compétentes des moyens humains et matériels suffisants pour traiter au mieux les centaines de milliers de dossiers attendus.