« Je lance l'appel de Tours » : top départ offensif pour le 54e congrès de la CGT

Le 54e congrès de la CGT s’est ouvert le 1er juin 2026, à Tours, devant plus de 1 000 délégués syndicaux.
« Nous sommes rassemblés pour adopter notre plan d'attaque des trois prochaines années ». À un an de la présidentielle, c'est en ces termes offensifs que la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet a ouvert le 54e congrès du syndicat, qui se tient du 1er au 5 juin 2026 à Tours, pour la deuxième fois en 130 ans. « Tours sera la capitale des luttes. Je veux dédier ce congrès à tous ceux et à toutes celles qui luttent ».
Faire face à l’internationale d’extrême droite
Un millier de militants, dont 48% de femmes vont débattre des orientations du syndicat, dans un contexte politique menaçant, où l'internationale réactionnaire gagne du terrain et accède au pouvoir dans de nombreux pays. La lutte contre les idées d'extrême droite va nourrir les échanges, avec notamment un temps fort mardi 2 juin en présence de délégations internationales.
« Pour le capital, la démocratie est maintenant un problème. L'extrême droite prospère sur le déclassement et se nourrit d'absences d'alternatives. Or, l'extrême droite reste la pire ennemie du monde du travail. Face à la militarisation du monde, il nous faut une nouvelle stratégie syndicale », continue Sophie Binet au fil d’un discours d’une heure et demie.
Au programme, les congressistes vont aussi être amenés à réfléchir sur la manière dont la CGT peut se structurer, de manière à fédérer les syndiqués isolés, à se renforcer chez les jeunes, les ingénieurs et cadres. « Il nous faut faire de la vie syndicale une priorité, il y a urgence. Le nombre de syndiqués a augmenté pour la première fois depuis 2012, mais le problème, c'est que nous sommes un panier percé, beaucoup repartent, faute d'avoir trouvé un accueil », explique Sophie Binet. La place faite aux femmes sera aussi un des axes de discussion. En la matière, le congrès sera amené à se prononcer sur l'annexion aux statuts du cadre commun contre les violences sexistes et sexuelles.
Deuxième sujet majeur, la transformation du travail et les réponses syndicales à apporter, dans un contexte de désindustrialisation incessante, où depuis 2023, « plus de 300 000 emplois ont été concernés par des plans de licenciement », rappelle Myriam Lebkiri, membre du bureau confédéral lors d’une conférence de presse. Dans un contexte aussi d'urgence écologique et où l'intelligence artificielle percute le quotidien professionnel de nombreux travailleurs.
Quelle stratégie des luttes
Au programme aussi, la stratégie des luttes, tant sur le plan national qu'international, alors que la répression syndicale s'intensifie partout. En témoigne le baromètre de la Conférence syndicale internationale qui s'inquiète d'un recul des droits syndicaux, notamment en France, où la secrétaire générale de la CGT en est à sa seconde mise en examen, cette fois pour diffamation. « Si auparavant, la répression syndicale s'exerçait essentiellement en entreprises, aujourd'hui, on assiste de plus en plus à une judiciarisation des affaires, avec une multiplication des mises en examen, des procédures baillons visant des militants syndicaux », s'inquiète Laurent Brun, dirigeant confédéral.
Le congrès de la CGT sera aussi l'occasion de travailler à l'unité syndicale, avec la présence annoncée des numéros un des autres syndicats, exception faite de Force Ouvrière. En ce domaine, les congressistes devront plancher sur un rapprochement possible avec FSU, sujet en cours de réflexion depuis plusieurs années.
À bon entendeur…
Le rassemblement a même dépassé le strict champ syndical. Se félicitant que la CGT ait « fait dérailler le quinquennat d'Emmanuel Macron », Sophie Binet a ainsi profité de la présence des représentants des principaux partis de la gauche française (Olivier Faure pour le Parti socialiste, Marine Tondelier pour Les Écologistes, Fabien Roussel pour le Parti communiste français et Manuel Bompard pour La France insoumise) pour leur proposer des perspectives revendicatives, à l'approche de l'élection présidentielle de 2027.
« Je lance ici, avec vous, solennellement, l'appel de Tours ! » s'est-elle exclamée dans la ferveur bouillante des congressistes, « Aucun candidat, aucune candidate n'aura les voix de la CGT, n'aura les voix des travailleurs et des travailleuses, sans s'engager à abroger la réforme des retraites sitôt arrivé à l'Élysée ! » Sophie Binet a présenté une feuille de route en trois points clés pour interpeller les candidats : la socialisation des richesses ; la transformation du modèle productif ; la démocratisation du travail.
Socialiser les richesses
« Le salaire net c'est pour le mois, le salaire brut, c'est pour la vie ! » La revendication du « 100 % sécu » a fait s'enthousiasmer les travailleurs de la fédération de la Santé et action sociale présents dans le public. La secrétaire générale a insisté sur l'importance de préserver des fonds socialisés, hors de la spéculation du marché privé, en rappelant les nombreux scandales de maltraitances dans des établissements du soin aux personnes agées et de la petite enfance, tels qu'Orpea ou People and Baby. « On sait ce que ça donne de confier nos proches à des structures dont le seul but est de distribuer des dividendes. Pour les actionnaires, il n'y a pas de petits profits : des économies sur le personnel, des économies sur les couches, des économies sur les repas, des économies sur les soins… »
La solution présentée est limpide : davantage d'investissements dans le système de soin et dans les retraites. « Ça tombe bien ! Notre pays n'a jamais été aussi riche ! » Sophie Binet a interpellé avec ironie Bernard Arnault, PDG de LVMH et ses 171 milliards de fortune : « Pourquoi être aussi rat, Monsieur Arnault ? » Pour rappel, la syndicaliste avait été mise en examen après une plainte pour injure publique déposée par Sophie de Menton pour l'association patronale Ethic, pour avoir utilisé sur RTL l'expression « Les rats quittent le navire », au sujet des grands patrons qui délocalisent leurs entreprises.
À quelques mois des élections professionnelles de la fonction publique, l‘appel à recruter des fonctionnaires et titulariser les contractuels a également déclenché les vivats dans l'audience.
Transformation du modèle productif
« Une longue liste de réformes violentes nous a été imposée mais les multinationales sont quand même allées produire ailleurs. » Dans ce deuxième volet, la secrétaire générale a convoqué les arguments sociaux et écologiques en faveur de nationalisations massives en France. « Produire pour répondre aux besoins des populations locales au lieu de produire pour inonder le monde d'armes, de carrés Hermès ou de poulets de batteries. »
Un projet de nationalisation du sidérurgiste ArcelorMittal, déposé par LFI et soutenu par la CGT, a été adopté à l'Assemblée nationale puis rejeté au Sénat, et doit être réexaminé à la chambre basse le 11 juin. Depuis la fusion d'Arcelor et Mittal en 2008, le groupe a perdu 12 600 salariés, et prévoit un nouveau plan social menaçant 600 emplois. « Nos plus grandes multinationales sont toutes d'anciennes entreprises nationalisées ! Comme quoi, ça ne leur a pas fait de tort au contraire ! »
Démocratisation du travail
Sophie Binet a mis en lumière le triste bilan de la suppression des Comités d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT), après les ordonnances Macron en 2018 : « Les accidents et les morts au travail ont augmenté de près de 35 % ! C'est 214 morts au travail de plus chaque année, et ce seulement dans le privé ! »
La CGT propose encore aux candidats à la présidentielle le retour des CHSCT dans toutes les sociétés, 50 % de droit de vote pour les syndicats dans les conseils d'aministration, « être à la table » des tribunaux de commerce, le vote de la loi GM&S qui prévoit de responsabiliser les sociétés donneuses d'ordres vis-à-vis de leurs sous-traitants, et une règlementation européenne et internationale sur l'intelligence artificielle.