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Reportage

« Je suis pour la révolution fiscale » : Gabriel Zucman évoque l'avenir de sa taxe en prélude au congrès de la CGT

31 mai 2026 | Mise à jour le 31 mai 2026
Par | Photo(s) : Joël Saget / AFP
« Je suis pour la révolution fiscale » : Gabriel Zucman évoque l'avenir de sa taxe en prélude au congrès de la CGT

Gabriel Zucman

Ce dimanche 31 mai, à la veille de son 54e congrès à Tours, la CGT organisait une journée internationale. Soit un ensemble de tables rondes et d’échanges comme une manière de poser la réflexion sur ce que peuvent les syndicats pour limiter et réparer les dégâts du capitalisme mondialisé. À ce titre, l’intervention de l’économiste Gabriel Zucman, aux côtés de la secrétaire générale Sophie Binet, a permis de faire le point sur l’imposition des ultrariches.

Parc des expositions, auprès de Tours (à Saint-Pierre-des-Corps plus exactement). C’est là que la CGT tiendra son 54e congrès, du lundi 1er au vendredi 5 juin. Dans les allées, on a monté les stands des fédérations mais on attendra l’ouverture officielle de l’événement pour les peupler. Pourtant, dans la vaste salle des conférences dont le sol a été velouté de moquettes, les discours se succèdent déjà sur l’estrade. C’est qu’en lever de rideau de cette semaine décisive, la CGT organise ce dimanche 31 une « journée internationale » qui vise à confronter la réflexion syndicale à la marche du monde, depuis l’évocation des leviers à actionner face aux offensives antisociales des multinationales jusqu’à un meeting international pour la paix. Et au menu, un premier rendez-vous très médiatique : l’intervention conjointe sur scène de l’économiste Gabriel Zucman – dont le nom est définitivement associé au plan de taxation à hauteur de 2% qu’il propose d’imposer aux patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros – et de la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet.

Car si l’impôt-plancher porté par l’universitaire affilié au campus américain de Berkeley aux États-Unis et à l’École normale supérieure à Paris a été rejeté par les parlementaires français lors de l’examen du dernier projet de loi de finances, il n’a pas quitté les consciences militantes. « On a décidé de s’organiser à l’international, donc on se coordonne avec des intellectuels comme Gabriel Zucman pour défendre cette proposition », lance d’ailleurs Sophie Binet aux journalistes en marge de la discussion.

Le cœur de la bataille

Mais l’enjeu est bien là : comment raviver la flamme d’une mesure que député et sénateurs ont, en France du moins, prétendu placer sous l’éteignoir, comme s’il s’agissait de ne surtout pas réclamer la juste contribution fiscale de ces ultrariches, qui déclarent aussi peu de revenus qu’ils jouissent d’un patrimoine gigantesque ?  Comment resituer la mesure au centre des débats quelques mois après que les libéraux, la droite et l’extrême droite ont cherché à l’enterrer ? « L’enjeu est de recréer cette dynamique », expose Gabriel Zucman qui rappelle que la participation famélique des puissants à l’impôt est un fléau universel et pas seulement français. Or, l’envie de revoir la taxation des riches fait tache d’huile. « On est au début d’un mouvement international. Le succès dans un pays va nourrir le mouvement dans les autres pays », ajoute-t-il, en voulant pour preuve un débat à venir en Californie dont, en novembre prochain, les autorités examineront un projet visant à renforcer l’imposition des milliardaires locaux.

Est-ce à dire qu’il suffit d’attendre sagement la conclusion d’un hypothétique traité international et de remettre le combat à cet horizon incertain ? Point du tout, rétorque Gabriel Zucman car si la coordination est nécessaire dans un contexte de mondialisation, les gouvernements ont la responsabilité d’assumer leur politique fiscale. « Le cœur de la bataille est au niveau national, il ne faut pas attendre des accords internationaux : ça, c’est l’argument des conservateurs qui disent toujours qu’on ne peut rien faire unilatéralement. Ils utilisent encore un autre argument : ils agitent la peur de l’exil fiscal des riches en cas de renforcement de leur imposition. Il y a une solution à ça, chaque pays peut dire : « Très bien, si vous choisissez de partir, nous allons continuer à vous soumettre à cet impôt-plancher comme si vous étiez toujours résident fiscal de votre pays ». »

« L’impunité, c’est fini »

Les emblématiques « 2% » sont d’ailleurs issus d’une forme d’arbitrage entre les différentes considérations nationales. Pour autant, ce plancher n’a pas bougé. Et pour cause : il est le seuil à partir duquel cesse l’aberration consistant à permettre aux plus riches de payer moins d’impôt sur le revenu que le reste de la population.  Selon les calculs de l’économiste, ce niveau de taxation pourrait déjà faire une différence : « Rien qu’avec 2%, les sommes en jeu sont très importantes. 400 – 450 milliards de recettes fiscales, soit 0,4% du PIB mondial. On pourrait donc doubler le budget mondial de l’aide au développement ».

Pour autant, Gabriel Zucman rêve déjà plus loin. Il sourit : « Je suis pour la révolution fiscale, à des taux bien plus importants que 2% ». Ainsi, à terme, la fusée Zucman pourrait bien avoir plusieurs étages. « Il va falloir aller bien au-delà des 2%, on aura besoin de plus que 450 milliards pour relever les défis du XXIe siècle. On aura besoin de beaucoup plus de de services de santé, d’investir dans la recherche, la transition énergétique ».

« L’impunité des multinationales et des ultrariches, c’est fini », résume plus tard la secrétaire générale de la CGT. Et du vœu militant au Big Bang législatif, il n’y a qu’un pas. Après tout, comme le rappelle Gabriel Zucman, il en avait été ainsi de l’impôt progressif sur le revenu. Évoqué de plus en plus fort à la fin du XIXe siècle, il s’est imposé sur tous les continents au cours des décennies suivantes (la loi fut adoptée en France en 1914). Et si c’était là le destin des plans de l’économiste ?