31 mai 2026 | Mise à jour le 31 mai 2026
La CGT réunit son 54e congrès confédéral du lundi 1er au vendredi 5 juin, à Tours. L'occasion de faire le bilan des trois dernières années et de construire les orientations du prochain mandat. Dans un contexte de montée de l'extrême droite, de salaires réels en perpétuelle baisse et d'institutionnalisation du syndicalisme, les délégués échangeront notamment sur la façon de renforcer la CGT, d'y impliquer tous les syndiqués ou bien encore de « regagner la culture de la grève ».
En cette fin de journée du 28 mars 2023, la CGT recensait deux millions de manifestants pour la dixième journée de mobilisation intersyndicale contre la « réforme » des retraites du gouvernement Borne. À Clermont-Ferrand, la manifestation s'était amplifiée du millier de délégués CGT réunis pour leur 53e congrès. « La mobilisation pour les retraites a été structurante pendant ce mandat », commente Matthias Perez, copilote de la commission d'élaboration du rapport d'activité, qui sera présenté au 54e congrès de Tours, du 1er au 5 juin.C'est d'ailleurs ce thème qui ouvre le document. « L'unité syndicale a fait la force de cette mobilisation et la CGT était présente dès le début pour l'impulser, poursuit-il. Mais nous avons aussi su prendre nos propres responsabilités, en reconduisant la grève dans certains secteurs, comme dans l'énergie. […] Nous avons fait durer dans le temps le rapport de force issu de cette mobilisation, ce qui a bloqué certaines mesures que le gouvernement comptait appliquer, dans un contexte d'austérité et d'inflation », analyse le syndicaliste. Lequel souligne que « les passages en force du gouvernement ont mené à une impasse politique », marquée par la dissolution de l'Assemblée nationale qui a suivi les élections européennes de juin 2024, où, en France, le Rassemblement national a récolté 31 % des voix. Le rapport d'activité qualifie la lutte contre l'extrême droitede « fil rouge du mandat ».
Remédier au « panier percé »
« Dès la dissolution, rappelle Matthias Perez, nous avons été à l'initiative intersyndicale, avec un premier communiqué qui demandait de “répondre à l'urgence sociale et environnementale” et réclamait des “alternatives de progrès pour le monde du travail”. Nous avons également été moteurs dans l'organisation de plusieurs meetings[avant les législatives anticipées, NDLR], en invitant des journalistes, des économistes, la société civile, des organisations de défense de droits de l'homme, des artistes… » Parallèlement, les fondamentaux demeurent : « La campagne sur les salaires est une préoccupation constante. Il y a aussi notre exigence de bloquer les prix des carburants, la lutte contre les fermetures d'usine, contre les licenciements… » insiste-t-il. Le bilan du mandat ne cache pas les difficultés rencontrées, comme celle d'installer la grève ou encore de s'implanter dans les entreprises cotées au CAC 40, où la CGT ne pèse que 6 % des voix dans le collège des cadres.Par ailleurs, si les dizaines de milliers d'adhésions enregistrées à la CGT pendant la mobilisation pour les retraites ont contribué à repasser la barre des 600 000 syndiqués, elles ont aussi mis en évidence des limites dans son organisation. Ainsi, le phénomène du « panier percé », qui se matérialise par de trop nombreux départs de syndiqués. « On peut avoir les plus belles revendications du monde, mais sans organisation, elles resteront dans les placards », décrypte Sandrine Mourey, copilote, avec Fabienne Rouchy et Denis Gravouil, de la commission chargée du document d'orientation, qui synthétise les objectifs du prochain mandat.
« Nous devons être la CGT de tous »
« Les syndiqués isolés représentent environ 15 % de nos adhérents », illustre-t-elle. Les accueillir, leur accorder de la place, les impliquer et rompre leur isolement suppose « de travailler avec les fédérations et les unions départementales à la création de syndicats professionnels de territoire. Nous devons être la CGT de tous : salariés du privé, agents du public, autoentrepreneurs […] Le syndicat est la base essentielle qui permet de réunir nos syndiqués, de gagner des luttes et d'obtenir des avancées, dans et en dehors des entreprises », confie Sandrine Mourey.Pour cela, « les camarades doivent prendre des responsabilités, pour que le secrétaire général d'un syndicat ou l'élu d'un CSE [comité social et économique] dans une entreprise ne soit pas celui qui fait tout », commente-t-elle. Il convient de « veiller à la place des ingénieurs, cadres, techniciens et agents de maîtrise [Ictam], des femmes et des jeunes », et à la syndicalisation « des retraités, qui conservent des revendications : accès aux soins, aux transports, aux services publics… »« Avec une exigence de services publics de haut niveau », complète Fabienne Rouchy, que le document qualifie de « leviers de développement économique et social et de transition écologique ». Le texte mentionne notamment qu'« un investissement massif dans le secteur du soin et du lien s'impose. Cela répond à un enjeu féministe majeur, en permettant aux femmes de travailler à temps plein, mais également en revalorisant ces métiers fortement féminisés et sous-rémunérés ».
Multiplier les victoires et les valoriser
La CGT annonce l'organisation, au début de 2027, d'états généraux des services publics pour travailler à des propositions concrètes. Au premier rang des revendications qui seront portées au 54e congrès, il y a aussi, évidemment, « l'abrogation de la “réforme” des retraites, qui veut nous voler des années de vie, avec des conséquences dramatiques », rappelle Fabienne Rouchy. « Il faut poursuivre la bataille pour les salaires », ajoute-t-elle, avec notamment la revendication d'une « échelle mobile des salaires ».La troisième partie du document d'orientation aborde la « stratégie des luttes ». « Nous devons regagner la culture de la grève, lutter contre le sentiment de défaite en multipliant les victoires et en les valorisant », résume Denis Gravouil. Qui prend deux exemples : Vertbaudet, dans le Nord, où des hausses de salaire ont été gagnées, et la centrale thermique à charbon reconvertie en centrale à biomasse de Gardanne, dans les Bouches-du-Rhône, grâce à une prise de participation du syndicat.Le document d'orientation rappelle, par ailleurs, la nécessité préalable de « construire démocratiquement les revendications avec les salariés et les syndiqués », notamment à l'occasion d'assemblées générales. Il se penche également sur les efforts à fournir pour « dynamiser nos manifestations » : « Pour être réussie, une mobilisation doit être rythmée, dynamique et donner envie de la rejoindre. »Autre objectif affiché : « sortir de l'institutionnalisation » dans laquelle le patronat et les diverses lois « travail » cherchent à enfermer le syndicalisme. Après les municipales de mars dernier et avant les élections présidentielle et législatives de 2027, la bataille contre les idées de haine se poursuivra. « La CGT est indépendante mais pas neutre, illustre Denis Gravouil. Nous devons articuler les rapports de force politiques et sociaux, pour mettre en échec l'extrême droite et les politiques libérales. » Une préoccupation qui vaut également à l'échelle internationale, avec l'appel à un retour au multilatéralisme et, selon sa formule, à « reconstruire une internationale progressiste face à l'internationale fasciste ».