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Reportage

À Lyon, la CGT prend les LGBTphobies à bras le corps

30 juin 2026 | Mise à jour le 30 juin 2026
Par | Photo(s) : Nathan Lautier
À Lyon, la CGT prend les LGBTphobies à bras le corps

La réunion de l'UD 69.

Dans le cadre du mois des fiertés, l’union départementale CGT du Rhône et de la métropole de Lyon a organisé, lundi 29 juin, une table ronde sur les discriminations que subissent les personnes LGBTQIA+. L’occasion de présenter la toute nouvelle commission consacrée à ces questions.

En ce lundi 29 juin 2026, la chaleur est pesante dans la salle de la Bourse du travail de Lyon, malgré deux ventilateurs qui tournent à plein régime au fond de la pièce. La température n’a cependant pas empêché une vingtaine de militants de venir assister à la table ronde proposée par l’union départementale de la CGT 69 (Rhône et métropole de Lyon), organisée dans le cadre du mois des fiertés. L’objectif : faire un retour des expériences issues du terrain et réfléchir aux futures luttes communes, avant une intervention de l’antenne locale de SOS Homophobie, qui a distribué un glossaire du vocabulaire LGBTQIA+.

Maud Millier, secrétaire générale de l’UD 69, plante le décor : « L’égalité des droits pour tous et toutes est dans les statuts. Le capitalisme a été construit pour la domination de certains sur d’autres. À la CGT, la lutte contre les LGBTphobies est à mettre sur le même plan que celle contre le racisme, le sexisme ; tout cela est étroitement lié à la lutte des classes. » La table ronde est également l’occasion de célébrer les 30 ans de la lutte contre les LGBTphobies au sein de la CGT, qui s’est formalisée avec la création du collectif confédéral en 1996. Car, comme l’a rappelé Ali Karauzum : « La discrimination au travail parce que tu es LGBTQIA+, ce n’est pas une affaire privée. Les syndicats doivent être saisis pour protéger les salariés. »

« On a du travail à faire »

Les prises de parole d’intervenants se sont ensuite succédé : SOS homophobie, la CGT Éducation, CGT Sud Rail, CGT Ville de Lyon… L’occasion d’inviter à la vigilance : « Il y a une augmentation de l’homophobie banalisée. C’est celle à la machine à café, sous le couvert de l’“humour”. Mais une blague blesse tout autant, voire plus, parce que la personne concernée n’ose pas réagir et que l’excuse de l’humour brouille les lignes… » D’autres ont pu faire part de leur expérience personnelle au travail, comme cette syndicaliste qui a déposé une main courante pour qu’un collègue arrête d’en harceler un autre avec des propos LGBTphobes. « J’ai pris un backlash [un retour de bâton, NDLR] terrible, il m’a fait chier [sic] moi ensuite, mais il a lâché le collègue », témoigne-t-elle.

Au-delà des exemples concrets de défense contre les discriminations envers les personnes LGBT, la table ronde était pensée pour donner des conseils aux militants démunis face à ces sujets, apprenant sur le tas… ou sur le tard. À l’instar de ce délégué syndical d’une usine du Sud lyonnais : l’homme, la cinquantaine, explique comment ses camarades et lui ont dû aider une collègue dans son parcours de transition, sans avoir jamais été confrontés à la situation auparavant ni savoir comment la gérer. Le syndicaliste, en racontant l’histoire, est maladroit, n’utilise pas toujours les bons mots… L’essentiel, toutefois, se comprend très bien : la salariée a été accompagnée et soutenue. Changement de vestiaire, soutien auprès des collègues et de la direction… le syndicat a répondu présent. « Mais ça nous a ouvert les yeux sur le fait qu’on ne s’était jamais posé la question avant. On a du travail à faire, on n’a pas les réflexes sur ces sujets », souffle-t-il, ravi de pouvoir en parler pendant la table ronde. « Les espaces comme ce soir sont intéressants, je suis content d’être venu. Je suis ici avec plein de questions à poser », sourit-il.

Former les camarades

Une autre membre de la table ronde rebondit : « Parfois, les camarades ne sont pas au clair avec les LGBTphobies. Nous aurions besoin de formations pour développer notre capacité à discuter de ces sujets-là, pour faire comprendre aux personnes concernées que les discriminations qu’elles vivent nous concernent tous. » Du côté de la CGT Ville de Lyon, on liste les combats en cours, au premier rang desquels la revendication d’un congé pour les personnes en transition, sur le modèle du congé menstruel.

Une commission a été créée lors du dernier congrès de l’union départementale 69, consacrée aux personnes LGBTQIA+. Celle-ci va permettre de pousser les chevaux de bataille de la CGT dans la région, que ce soit contre les LGBTphobies au travail ou dans la société. En voici quelques-uns : le changement d’état-civil « libre, gratuit, démédicalisé et déjudiciarisé » pour les personnes trans qui le souhaitent, « une obligation de résultat pour l'employeur dans sa politique dite de diversité », ou encore « la mise en place d’environnements de travail inclusifs non sexistes et non LGBTphobes ».

Nathan Lautier