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SANTÉ

La mortalité infantile au plus haut en France

14 août 2026 | Mise à jour le 14 août 2026
Par | Photo(s) : Gérard Julien / AFP
La mortalité infantile au plus haut en France

Un bébé prématuré dans une couveuse, au service de néonatologie de l'hôpital de la Conception, à Marseille.

Gardé secret pendant sept mois, un rapport de l'Igas, publié le 4 août 2026, étrille la politique de gestion de la périnatalité sur le territoire. Avec 4,1 décès pour 1000 naissances, la France fait partie des pays de l'Union européenne où la mortalité infantile est la plus élevée.

Sept mois. C'est le temps qu'il a fallu au ministère de la santé pour se décider à publier le rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas). Daté de janvier 2026, ce dernier, intitulé « Organisation de la périnatalité dans les territoires : affirmer une logique de santé publique », n’a été dévoilé que le mardi 4 août, suite à un article du Canard Enchaîné révélant son existence.

En hausse de 17% depuis 2011

L'étude met en évidence une dégradation continue de la mortalité infantile. Celle-ci a augmenté de 17 % depuis 2011, passant de 3,5 à 4,1 décès pour 1000 naissances vivantes en 2024, soit 2709 enfants décédés avant leur premier anniversaire. L'hexagone est ainsi passé de la troisième place au sein de l'Union européenne entre 1996 et 2000 à la vingt-troisième à partir de 2022. Si la France était alignée sur le taux de mortalité infantile moyen de l'UE, soit 3,3%, « ce sont les morts de 529 enfants dans leur première année qui auraient pu être évitées en 2024 », soulignent les auteurs du rapport.

L'augmentation de la mortalité infantile est, de fait, perçue comme « un phénomène multifactoriel » au premier rang desquels se trouvent des « facteurs d'ordre populationnels » qui jouent un rôle important dans « la prévalence accrue de la prématurité (grande et extrême), responsable de l'essentiel de la mortalité néonatale ». L'âge plus tardif des grossesses (de 29,9 en 2010 à 30,7 ans en 2019), ainsi que la part des mères de 35 ans et plus (de 19,1 à 25,8% sur la même période) augmente le risque de complications. A cela s'ajoute la hausse des grossesses multiples, souvent plus complexes. Autre facteur important : la proportion des femmes en surpoids ou en obésité avant la grossesse, passant de 22,8% en 2003 à 31,8% en 2016.

Inégalités sociales et territoriales

Le rapport l'Igas souligne également « le poids de la précarité sociale et des difficultés socio-économiques » dans la mortalité néonatale. Entre 2004 et 2022, le taux de mortalité infantile varie en moyenne de 2,2% pour les cadres à 3,6% pour les employées. Un chiffre encore plus élevé pour les femmes sans emploi, avec un taux de mortalité qui atteint 5,1%.

Les enfants de femmes immigrées, présentent quant à eux, « un risque accru de complications ». Entre 2010-2014 et 2015-2022, la mortalité infantile est passée de 4,5‰ à 5,3 ‰ chez les mères nées à l'étranger, alors qu'elle est restée stable à 3,3‰ chez les mères nées en France. Les disparités sont particulièrement marquées pour les femmes nées au Maghreb (4,6‰) et dans un autre pays d'Afrique (7,5 ‰), où le taux est 2,2 fois supérieur à celui des femmes nées en France. Ces dernières sont davantage exposées à la précarité et aux difficultés sociales et économiques. « En cas de fragilité sociale, les femmes sont beaucoup plus à risque de complications au cours de la grossesse ou de l’accouchement par défaut de suivi et de prévention », explique Olivier Morel, secrétaire général au sein du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (Cngof).

Une offre de soins dégradée

« Je suis étonnée que l'on s'étonne. », s'agace Mathilde Delespine, sage-femme et co-responsable de la Maison des femmes santé au CHU de Rennes.  « Nous faisons face à un problème d'ordre structurel. Beaucoup de françaises ou de personnes exilées renoncent aux soins faute de moyens. J'ai de plus en plus souvent la sensation, lors des consultations, que nous sommes là uniquement pour aider ces femmes à tenir mentalement. Comment peut-on lutter contre la mortalité infantile quand vous avez des femmes enceintes qui dorment dans la rue ? »

La dégradation de la qualité de l'offre de soins va de pair avec la détérioration des conditions de travail des professionnels de santé. « La pénurie de soignants n'a cessé de s'aggraver ces dernières années. En Seine-Saint-Denis, il manque, par exemple, 150 sage-femmes. Nombre d'entre elles, à l'instar des gynécologues ou des pédiatres, quittent le milieu hospitalier. Même chose dans les services de Protection maternelle infantile (PMI), essentiels en matière de suivi des mères et de leurs bébés. », ajoute Maria Iasagkasvili, sage-femme coordinatrice au réseau Solipam.

Fermeture des petites maternités

Alors que les élus locaux et les syndicats se mobilisent régulièrement pour conserver les petites maternités, les auteurs de l'étude n'établissent pas de lien direct avec cette situation désastreuse. L'Italie, qui compte un nombre important de maternités (395 en 2023), de petites tailles pour beaucoup d'entre elles, affiche un taux de mortalité (2,5% en 2023) proche de la Suède (2,1% en 2023) qui a, depuis longtemps, regroupé ses naissances dans des établissements de très grande taille.

En France, un décret de 1998 impose la fermeture des maternités effectuant moins de 300 accouchements par an. Ces dernières ont été divisées par 5,3 entre 1998 et 2010, passant de 80 à 15. Cette « vaste restructuration », pensée pour favoriser la concentration des maternités, « s'est effectuée sans véritables directives nationales ni évaluation », pointe cependant l'Igas. Une politique hasardeuse qui a des conséquences en termes d'accès aux soins. « Nous continuons de fermer des maternités en nous basant sur un décret ayant presque 30 ans. Il est temps de sortir de cette logique qui crée des déserts médicaux et engendre une défiance vis-à-vis du système de santé. », plaide Anthony Cortes, journaliste et co-auteur de 4,1, Le scandale des accouchements en France. 

Pour l'Igas, le plus important reste le renforcement de la prévention en amont comme en aval de l'accouchement. Une conclusion bienvenue qui interroge cependant les professionnels contactés. « Il faut être réaliste. On ne va pas trouver du jour au lendemain de nouveaux soignants. Actuellement, il manque plus de 1000 gynécologues-obstétriciens pour assurer des gardes dans des conditions normales ! Nous sommes dans une situation très dégradée, à un stade où personne ne peut prétendre obtenir des résultats en quelques mois. », confie Olivier Morel, qui plaide plutôt pour une revue des forces en présence.

Centres périnataux de proximité, maison de naissance ou encore unité d’accompagnement personnalisés (UAP), de nombreuses initiatives pour assurer une meilleure prévention existent. « Si l'on se préoccupe des vulnérabilités psychiques, sociales et économiques des femmes enceintes, on peut obtenir des résultats favorables à l'issue de la grossesse », estime Patrick Daoud, président du réseau périnatal Naître dans l'Est francilien (Nef). De son côté, la CGT revendique notamment le maintien et la réouverture des maternités de proximité, des effectifs suffisants dans toutes les maternités, une véritable politique de prévention et de suivi des grossesses.