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TRAVAIL

Chômage en hausse : neuf ans de politique de l'offre… mais pour quels résultats ?

12 août 2026 | Mise à jour le 12 août 2026
Par | Photo(s) : © Magali Cohen / AFP
Chômage en hausse : neuf ans de politique de l'offre… mais pour quels résultats ?

Le président Emmanuel Macron visait le plein emploi d'ici la fin de son mandat en 2027. Le taux de chômage est au plus haut depuis 2020.

Depuis 2017, Emmanuel Macron aura multiplié les réformes censées « libérer » le marché du travail et rapprocher la France du plein emploi, et voilà que, neuf ans plus tard, le chômage repart à la hausse et atteint 8,3 % de la population active. De quoi sérieusement interroger le bilan d'une politique de l'offre dont les effets sur l'emploi restent à démontrer, tandis que ses coûts sociaux et budgétaires, eux, sont bien réels.

Il ne restait plus grand-chose à Emmanuel Macron pour défendre son bilan des neuf dernières années ; il ne reste peut-être plus rien. L'Insee est formel : le chômage est reparti à la hausse au deuxième trimestre 2026, avec une augmentation de 0,2 point qui le fait grimper à 8,3 %, son plus haut niveau depuis l'automne 2020. Ce chiffre vient confirmer une dynamique ininterrompue depuis le dernier trimestre 2024, où le taux était à 7,4 %.

Le président de la République s’était donné pour objectif de faire redescendre le taux de chômage en dessous des 5 % avant la fin de son mandat, en 2027. Il est peu probable qu’il y arrive désormais, alors que le taux actuel est à seulement 1,2 point des 9,5 enregistrés au troisième trimestre 2017, au moment de son élection. Les ordonnances Travail de 2017, la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel, les baisses de cotisations patronales… : autant d'assouplissements et d’outils de « libéralisation » du monde du travail qui devaient, à terme, favoriser les embauches et ramener le plein emploi. Sans succès.

La mal-nommée loi plein emploi

Plutôt que d'admettre un échec, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, se propose sur X de voir les chiffres sans « déni ni alarmisme », et le Premier ministre, Sébastien Lecornu, reprend de concert : « Pas de déni face à la hausse du chômage. Mais pas de caricature non plus. » Tous deux invoquent le contexte international et les conséquences de la loi plein emploi, qui prévoit « une inscription systématique à France Travail des allocataires du RSA, des jeunes accompagnés par les missions locales et des personnes en situation de handicap accompagnées par Cap emploi », rappelle l'Insee.

Les chiffres sont en effet gonflés par cette loi qui impose aux allocataires du RSA quinze heures d'activité hebdomadaire pour percevoir leur allocation, et rend passible le premier « manquement » d'une suspension de 30 à 100 % des allocations. Cependant, les chiffres de l'Insee démontrent pour le moment l'inefficacité de la loi à ramener les chômeurs vers l'emploi.

Quant au contexte international actuel, notamment les conflits au Moyen-Orient, il serait bien en peine de justifier une tendance à la hausse qui s'est amorcée au premier trimestre 2023.

L’apprentissage n’a pas (ap)pris

« On peut y arriver. On va y arriver. Il suffit de croire en nous. » Tel est l'appel lancé par le candidat à la présidentielle Édouard Philippe, sur X. Lui non plus ne voit pas dans ces chiffres un échec de la politique de l'offre, mais la preuve qu'il en faut encore davantage. « Le chemin est clair : retrouver d'urgence une politique de l'offre ambitieuse et assumée, et gagner la bataille des compétences. »

L'ancien Premier ministre défend son bilan des années 2017 à 2020, et estime que « les résultats étaient au rendez-vous. Une politique de l'offre et la priorité à l'apprentissage ! ». S'il est vrai que le chômage a baissé entre 2018 et 2020, notamment grâce au triplement du nombre d'entrées en apprentissage, il ne faut pas oublier que seulement 67 % des apprentis trouvent un emploi salarié dans les six mois qui suivent leur formation et que, parmi ceux-ci, 37 % sont employés en CDD ou en intérim. Par ailleurs, les chiffres du chômage sont bien en partie liés à la baisse des primes à l'embauche d'apprentis engagée depuis 2025, mais cette baisse a été votée pour réduire le déficit public causé par la politique de l'offre elle-même. Après 2020, l'apprentissage est devenu un marché abondé d'argent public : jusqu’en 2025, les entreprises pouvaient toucher des aides de 6 000 € pour le recrutement d’un apprenti, tout en bénéficiant d'exonérations de cotisations sociales et fiscales. Résultat : le chômage augmente et les comptes publics sont dans le rouge.

Par ailleurs, la FERC-CGT dénonce des conséquences désastreuses de la réforme de l'apprentissage : « Une régression pour les droits des apprenti·es qui s'alignent sur le droit commun du contrat de travail (durée du travail, règles de rupture, licenciement), des salaires indigents (de 27 % à 100 % du Smic selon l'âge et l'année de l'apprentissage), un floutage des frontières entre les différents statuts (scolaire/apprenti) et une dérégulation des financements de la formation. »

Alors que les conditions de vie des travailleurs, des chômeurs et des apprentis se sont dégradées et que le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté a atteint le record de 15,8 %, la politique de l’offre n’aura pas offert grand-chose. En attendant, le principe de contracyclité, introduit par décret en 2023, prévoit une baisse de 25 % de la durée d’indemnisation lorsque le taux de chômage est en dessous de 9 % pendant trois trimestres consécutifs. Si le chômage dépasse 9 % pendant un trimestre ou connaît une variation de 0,8 % (ce qui pourrait arriver dans les prochains trimestres), un complément de fin de droit devrait être accordé. Le gouvernement, qui prévoit encore de piocher dans les réserves de l’Unédic pour ajuster son budget, risque de se retrouver piégé à son propre jeu de précarisation.