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TRAVAIL

Licenciements simplifiés, contrats (très) courts… Au Portugal, les syndicats unis contre la réforme du Code du travail

17 juin 2026 | Mise à jour le 17 juin 2026
Par | Photo(s) : Patricia de Melo Moreira / AFP
Licenciements simplifiés, contrats (très) courts… Au Portugal, les syndicats unis contre la réforme du Code du travail

Trois millions de travailleurs, sur 5,5 millions d'actifs, s'étaient mobilisés lors de la première journée historique de grève générale, jeudi 11 décembre 2025.

Présentée par le gouvernement comme une étape nécessaire pour moderniser le marché du travail et attirer les investissements, une réforme dévastatrice du Code du travail portugais s’attire les foudres de la population, qui s’est déjà mobilisée contre lors de deux journées de grève. Les deux grandes confédérations syndicales du pays, qui ont fait front commun pour la première fois depuis plus de dix ans, dénoncent, elles, une attaque en règle contre les droits des travailleurs. Laquelle pourrait être votée prochainement, avec le soutien de l’extrême droite.

Après une première journée historique de grève générale, jeudi 11 décembre 2025, à laquelle ont participé 3 millions de travailleurs sur 5,5 millions d’actifs, les Portugais étaient de nouveau mobilisés mercredi 3 juin, entraînant le blocage des trains, la fermeture des écoles et l’annulation de centaines de vols. Dans leur ligne de mire : le paquet législatif surnommé « Trabalho XXI ». Porté par le gouvernement minoritaire de centre-droit du Premier ministre Luís Montenegro, celui-ci prévoit de modifier une centaine d’articles du Code du travail au nom de la compétitivité économique.

Après neuf mois de concertation sociale, Mário Mourão, le secrétaire général de l’UGT (União Geral dos Trabalhadores), déplore que le gouvernement persiste à vouloir soumettre au vote des parlementaires une réforme qui fragilisera les travailleurs et créera un recul historique. « Programmer les discussions et le vote aux 18 et 19 juin, avant même la fin de la période de consultation publique […], révèle la fragilité de ce gouvernement », dénonce, de son côté, un communiqué de la CGTP-IN.

Une attaque frontale contre la stabilité de l'emploi

Pour la première fois en plus de dix ans, les deux grandes confédérations syndicales ont donc fait front commun pour porter la voix des travailleurs, notamment celle des précaires et des jeunes. Alors que la ministre du Travail, Maria do Rosário Palma Ramalho, défend cette réforme en soutenant que l’économie portugaise a besoin de plus de flexibilité pour stimuler la compétitivité du pays et lutter contre le chômage des jeunes, les représentants syndicaux y voient, eux,  une attaque frontale contre la stabilité de l'emploi.

Plus concrètement, le texte gouvernemental prévoit de simplifier les procédures de licenciement, notamment en ouvrant la porte à des ruptures de contrat sans motif pour les PME, et de favoriser le recours à des contrats de courte voire de très courte durée, ainsi qu’à la sous-traitance. Les entreprises pourraient ainsi externaliser des services ou des postes, même s’ils ont fait l’objet de licenciements collectifs ou individuels au préalable, sans délai de carence, ouvrant la voie à un transfert d'emplois protégés par des accords d’entreprises vers des emplois plus précaires.

Au nom d’une meilleure conciliation entre vie professionnelle et personnelle, la réforme propose également la remise en place de « banques de temps » individuelles. Un mécanisme qui dérégule plutôt le système des horaires de travail et qui, selon les syndicats, permet aux employeurs de contourner les accords d’entreprise, notamment en ce qui concerne le paiement majoré des heures supplémentaires. Enfin, la réforme introduit de nouvelles restrictions encadrant le droit de grève, avec une liste d’obligations de service minimum étendue.

L’urgence est ailleurs

Au-delà du manque de dialogue social autour de cette réforme – qui ne figurait pas dans le programme des élections législatives –, la défiance des syndicats est amplifiée par la faible légitimité politique de ses défenseurs. En effet, le chef du gouvernement, issu de la coalition Aliança Democrática (centre-droit), ne dispose que d'une majorité relative à l’Assemblée. Face à l’opposition de gauche, l’exécutif minoritaire cherchera donc à composer avec les voix du parti Chega (extrême droite) pour imposer sa loi. La CGTP a appelé à un rassemblement devant l’Assemblée de la République, jeudi 18 juin, lors de l’ouverture des débats.

Par ailleurs, pour certains experts économiques, l’urgence à réformer le marché du travail se situerait ailleurs. Si le Portugal a connu ces dernières années une augmentation du revenu moyen de sa population, il connaît une forte inflation des prix, notamment celui des loyers dans les zones touristiques. Les salaires y restent par ailleurs en moyenne plus faibles que dans le reste de l’Union européenne, et deux millions de travailleurs sont considérés comme pauvres. Toutefois, le taux de chômage est relativement bas (à 5,7 % selon Eurostat). Dans sa dernière enquête économique, l’OCDE  souligne enfin que l’économie portugaise fait surtout face à des pénuries de main-d’œuvre qualifiée dans les secteurs clés (construction, santé, industrie) et recommande, plutôt que de flexibiliser à outrance, d’investir dans la formation professionnelle.

Mathilde Dorcadie