Alors que dès le 1er septembre s'appliquent les restrictions sur les arrêts maladie, le gouvernement a annoncé fin juillet de nouvelles mesures d'économies sur les médicaments, les soins dentaires, les transports sanitaires, s'en prenant une fois encore aux assurés sociaux plutôt qu'aux recettes.
Avant même les discussions à l’Assemblée nationale sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, le gouvernement a annoncé fin juillet 2026 de nouvelles mesures pour résorber le déficit de l'Assurance maladie, de 15,9 milliards en 2025.
Parmi les joyeusetés affectant les assurés sociaux, des baisses de remboursement par la Sécurité sociale sur les consultations dentaires, les transports sanitaires, les médicaments considérés comme les moins efficaces, le doublement du plafond annuel des franchises médicales.
Doublement des franchises médicales
Jusqu'à présent, ces sommes non remboursées étaient plafonnées à 100 euros par an et par assuré. Le gouvernement prévoit de porter ce plafond à 200 euros. L'exécutif justifie comme toujours cette mesure par la nécessité de « responsabiliser » les assurés et de dégager des économies pour l'Assurance maladie. Les personnes bénéficiant de la Complémentaire santé solidaire, les mineurs et certaines catégories exonérées resteraient toutefois protégées par les dispositifs actuels.
Autre axe du plan : une nouvelle réduction de la prise en charge de certains médicaments. En soi, la méthode n'est pas nouvelle. Année après année, les médicaments remboursés à 70 % avant 2006 sont passés à 65%, puis certains sont passés en catégorie dits « médicaments de confort », ce qui leur valait initialement un taux de remboursement de 40%, puis plus tard à 15%… Selon les annonces, les médicaments dont le service médical rendu (SMR) est jugé faible (comme la Betadine, le Gaviscon) passeraient à 5% de remboursement. 260 millions d’économies sont ainsi recherchées à travers cette « meilleure hiérarchisation des remboursements » avec l'objectif affiché de concentrer les moyens publics sur les traitements jugés les plus efficaces. L'exécutif entend également accélérer le recours aux médicaments génériques afin de réduire la facture pharmaceutique et renforcer les contrôles sur certaines dépenses de santé.
Le gouvernement prévoit également de poursuivre la lutte contre les prescriptions jugées inutiles ou excessives, notamment les prescriptions de médicaments qui ne présentent pas un bénéfice médical suffisant, certains examens ou actes considérés comme évitables et les arrêts de travail dont la justification est jugée insuffisante.
Déjà très mal pris en charge par la Sécu, les soins dentaires sont dans le viseur du gouvernement. La part remboursée par l’Assurance maladie des consultations chez le dentiste pourrait passer à 50% au 1er janvier 2027, contre 60% aujourd’hui. Un même transfert avait déjà eu lieu en octobre 2023, la part de l’Assurance maladie était alors passée de 70% à 60%.
La CGT dénonce un coup bas
Même si son avis n’est que consultatif,
le conseil de l’assurance maladie, qui réunit organisations syndicales et patronales s’est prononcé contre les projets de décrets du gouvernement, dénonçant
« la précipitation des pouvoirs publics à vouloir faire adopter, durant l’été, des textes qui ont d’importants impacts sur les fondements même de notre modèle de Sécurité Sociale. »
De son côté, la CGT a dénoncé
« un nouveau coup bas du gouvernement contre les malades en plein été », « moins de remboursements, plus de reste à charge pour les patients, et un renoncement aux soins accru pour les plus précaires » dans
son communiqué du 23 juillet 2026. La centrale de Montreuil conteste l'idée selon laquelle ces mesures constitueraient de véritables économies. Pour elle, le gouvernement déplace simplement la dépense vers les assurés et les complémentaires santé.
« Faire glisser une partie du financement de la Sécurité sociale vers les mutuelles n'est pas une économie : c'est un transfert », affirme la confédération.
Le syndicat alerte particulièrement sur la situation des personnes atteintes de maladies chroniques et des patients ayant besoin de soins réguliers. Selon la CGT, augmenter les dépenses restant à la charge des assurés risque de conduire certains patients à reporter des consultations, à limiter leurs traitements ou à renoncer à certains soins.
La centrale syndicale critique également la méthode gouvernementale, estimant que les décisions prises pendant l'été réduisent le débat démocratique. Elle dénonce une volonté de « passer en force » et demande une autre politique de financement de la Sécurité sociale.
Les arrêts maladie amputés dès septembre
Cette deuxième saignée des assurés sociaux complète la première vague qui a déjà affecté le montant et la durée des arrêts maladie. Pour rappel, à partir du 1er septembre 2026 entre en vigueur le décret d'application du 12 juin 2026. Celui-ci a crée un nouvel article du Code de la Sécurité sociale fixant les nouvelles durées maximales de prescription. Concrètement, à compter de cette date, un premier arrêt de travail ne peut plus être prescrit pour plus de 31 jours et chaque prolongation est limitée à 62 jours, sauf situations particulières prévues par les textes. A ces contrôles renforcés et limitations en durée s'ajoute la limitation en montant des indemnités journalières. En effet, depuis le 1er avril 2025, le salaire pris en compte pour calculer les indemnités journalières (IJ) est passé de 1,8 SMIC à 1,4 SMIC.
Discours alarmistes
Le gouvernement accompagne ces nouvelles mesures d'une campagne idéologique sur les 3500 milliards de dette publique. A ce chiffre astronomique s'ajoute désormais celui des 125 milliards d'euros que la France devrait économiser d'ici 2032. De quoi rendre les politiques de sang et de larmes obligatoires pour ce gouvernement… et ceux qui suivront. Cette rhétorique est reprise dans de nombreux médias à la suite d'un rapport « indépendant » de quatre économistes commandé par le ministre de l'Économie, Roland Lescure, et le ministre de l'Action et des Comptes publics, David Amiel.
Lequel rapport sur la transparence des finances publiques à l’horizon 2030 précise que ce n'est pas le levier des recettes supplémentaires qui doit être actionné en priorité, mais bien celui des économies, singulièrement dans les dépenses sociales (santé, retraite).
Autrement dit l'exact contraire de ce que préconise la CGT, pour qui la réponse au déficit ne passe pas par une diminution des remboursements mais bien par une augmentation des recettes. Elle propose notamment de revoir les exonérations de cotisations sociales accordées aux entreprises, d'augmenter les salaires afin d'accroître les cotisations et de mettre davantage à contribution les revenus financiers.
Interviewé sur la crédibilité du rapport gouvernemental dans
l'Humanité, l'économiste François Geerolf y voit un autre problème « que personne ne veut citer » : la Commission européenne. En effet, depuis deux ans, la France a été placée sous procédure de déficit excessif par la Commission et vit depuis sous la menace de sanctions financières. Et de conclure :
« Ce qui motive les discours alarmistes sur la dette, c'est moins la situation économique du pays que le respect de règles européennes mises en place dans les années 1990 ».
À quelques semaines de l'ouverture du débat parlementaire sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027, les annonces gouvernementales sur les franchises médicales et les remboursements placent la santé et la Sécurité sociale au cœur des enjeux majeurs de la rentrée sociale.