31 juillet 2026 | Mise à jour le 31 juillet 2026
Les mégafeux gagnent du terrain, en Gironde notamment, les températures battent des records, les scientifiques et militants alertent depuis des décennies. Pendant ce temps, la fachosphère mène son propre combat contre des ennemis bien plus commodes : les écologistes, les féministes et les immigrés. Ou comment transformer une catastrophe climatique en démonstration de ses obsessions politiques.
On aurait pu croire, peut-être notamment parmi les lecteurs de la NVO, qu’il y aurait du bon à tirer du malheur des incendies qui ont ravagé le sud ouest du pays, à savoir un sursaut de responsabilité écologique au sein de la classe politique et dans le débat public, mis dos au mur face à l’urgence climatique et la nécessité de prendre des mesures de transition voire de décroissance de toute urgence. Mauvaise nouvelle : c'est raté. Il n’y aura ni sursaut ni monde d’après. En tout cas, pas tout de suite.
La Coupe du monde est finie mais la galaxie de l'extrême droite et des mouvances identitaires est toujours capable de retournés acrobatiques spectaculaires, tant elle a été assouplie par des années de gymnastique mentale et rhétorique pour rattacher n'importe quel sujet d'actualité à ses obsessions personnelles, toutes diverses soient elles et sans craindre de s'auto-contredire. « Les écolos brûlent tout », « les féministes sont allées trop loin » ou encore « ce sont les blancs qui vont nous sauver » : petit tour d'horizon du grand n'importe quoi que nous ont proposé ces sommités intellectuelles ces derniers jours.
« Les écolos s’opposent par idéologie au débroussaillement ! »
C'est avec un visuel aux belles teintes ocres rappelant le style emblématique de la grande tradition de l'école picturale de la génération par IA que le député RN élu dans la Somme Matthias Renault accuse les « écolos » d'avoir voté contre un amendement pour faciliter les obligations légales de débroussaillage. Notons toutefois que cet amendement, qui a été adopté, portait surtout un projet de crédit d'impôt de 50 % pour les actes de débroussaillement, donc au fond, un avantage fiscal destiné aux propriétaires de maisons ou de terrains. Ainsi au Figaro, qui titrait le 28 juillet « les flammes ne lisent pas le code de l'environnement », on serait tenté de répondre qu'elles se fichent sans doute aussi de l'avis d'imposition des propriétaires girondins.
Cette question du débroussaillement a en tout cas passionné la droite et l'extrême droite comme seule cartouche pour présenter la catastrophe écologique en cours comme un problème causé… par les écolos. Puisque le débroussaillement, effectivement limité par le code de l'environnement au nom de la préservation de la biodiversité, aurait selon monsieur Renault et ses camarades, empêché ce mégafeu. Et celui de Fontainebleau sans doute, et celui de Los Angeles aussi, et le grand incendie de Londres de 1666, pourquoi pas.
En parallèle, Anne Dunoyer, vice-présidente de Fransylva, une organisation qui représente les intérêts des forestiers privés, a déclaré dans Le Figaro « ll faut sortir de cet état d'esprit de « sanctuarisation de la nature« » et CNEWS a posé à son audience cette question à la tonalité oxymorique savoureuse « Faut-il assouplir les normes environnementales pour mieux lutter contre les incendies ? » (sondage publié le 31 juillet, qui affiche, au moment de la rédaction de cet article, 95 % de réponses affirmatives). Et pourquoi pas assouplir le code de la route pour lutter contre les accidents de la route ? Parce que ce ne sont probablement pas les vilains écolos qui, en nous empêchant de débroussailler nos exploitations forestières, ont fait grimper la température moyenne en France de 2,2 ° depuis 1900.
« Les féministes sont allées trop loin »
L'extrême droite parlementaire n’a pas été la seule à être prise de fièvre devant les incendies : les mouvances identitaires et réactionnaires n’ont pas été en reste non plus. Marguerite Stern, militante identitaire, « féministe » préférée des fachos notamment pour ses positions anti-trans et ses sorties racistes (qui lui ont d’ailleurs valu condamnation), multiplie les casquettes. Quand elle est fatiguée d'une longue journée d'analyse politique de haut niveau et d'observation ciselée des rapports sociaux – comme quand elle déplore que le casting de Secret story témoigne de « L’évolution du remplacement de population » – elle se laisse aller à un peu de lyrisme. Aussi s'émeut-elle sur X des images des pompiers et « random guys » bénévoles qui luttent contre les incendies et devraient selon elle « nous rappeler l'amour de notre peuple ». Celles-ci lui rappellent surtout apparemment « combien [elle] aime les hommes. Et à quel point le féminisme est allé trop loin. Dans le sens où globalement, hors quelques exceptions, les femmes n'ont rien à faire sur les lieux des incendies, comme les hommes n'ont rien à faire dans des postes en crèche. »
Voilà, exit les 57 753 femmes pompières, soit un quart des effectifs, ici c'est une affaire de bonshommes. On se réjouirait presque que les incendies aient lieu tant ils permettent de réactiver la saine virilité de ces messieurs, enfin libres de bander leurs muscles pour donner uppercuts et crochets du droit aux flammes, après s’être enfilé une boîte d’épinards.
« Pas un noir, pas un arabe »
Attention toutefois, quand Stern parle des hommes, elle ne pense pas à n'importe lesquels. « Qui va sauver le pays des flammes ? Des hommes blancs. » lance-t-elle, lapidaire, avec la subtilité et l’élégance qui caractérise sa plume. « Pour les incendies, il n'y a pas un noir, pas un arabe, pas un seul » s'amuse d’ailleurs sur le même registre un homme, muni d'un micro BFMTV pris à une journaliste, dans une vidéo relayée par le député LFI de la Seine-Saint-Denis Thomas Portes, avant de faire le tour des réseaux sociaux le 30 juillet. La chaîne a rapidement expliqué sur X que « cette séquence n'a jamais été tournée, produite ni diffusée par BFMTV, sur aucun de ses supports » et condamné des propos « racistes » et « inacceptables ».
Ce qui n'est pas de l'avis de Marguerite Stern, encore elle, qui a trouvé le propos « hilarant », y voyant une émanation de « la vraie France qui dit ce qu'elle voit sans chichis ». Décidément, la séquence en cours aura, au sein de la fachospère, excité beaucoup d'énergies réactionnaires, de fantasmes racistes et de délires populistes.