27 juillet 2026 | Mise à jour le 27 juillet 2026
Alors que les incendies ravagent la Gironde, le Rassemblement national multiplie les déclarations de soutien aux sapeurs-pompiers, dénonçant le manque de moyens qui leur sont alloués. Pourtant, l’examen des votes de la formation d’extrême droite à l’Assemblée nationale comme au Parlement européen montre un décalage entre ce discours et ses positions sur le financement des secours, les droits des pompiers et les politiques environnementales.
L’incendie en Gironde n’est toujours pas fixé. Plus de 42 000 hectares ont brûlé, plus de 220 000 personnes ont été évacuées dans 23 communes et près de 2 500 sapeurs-pompiers sont mobilisés pour tenter de contenir cet impressionnant incendie qui menace Bordeaux, dont 84 ont été blessés au cours de ces interventions. Ces derniers jours, le débat s’est concentré sur le manque de moyens accordés aux pompiers, sur l’entretien des forêts ou encore sur les politiques environnementales menées par les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron. Le Rassemblement national ne manque pas non plus une occasion de dénoncer ces insuffisances. Et de rendre un hommage vibrant aux soldats du feu.
« Nos sapeurs-pompiers, héros du quotidien, doivent être soutenus en termes de moyens », affirmait ainsi Julien Odoul, porte-parole du Rassemblement national, sur France 2, ce 25 juillet. Quelques jours auparavant, le groupe RN à l’Assemblée nationale écrivait sur Facebook : « Il n’est plus possible de considérer la lutte contre les incendies comme un sujet de second plan », alors que les feux se multipliaient sur le territoire.
Pourtant, lorsque l’on examine les votes du RN ces dernières années, au Parlement français comme au Parlement européen, le constat raconte toute autre chose : le RN s’est régulièrement opposé à des amendements renforçant les moyens des services d’incendie et de secours ou aux mesures de transition écologique visant à atténuer les effets du changement climatique.
Le RN en flagrant délit de double discours
Les députés du Rassemblement national se sont tout d’abord abstenus lors du vote portant sur la création d’un programme de recrutement de pompiers professionnels en 2022. Pas la meilleure manière de « soutenir en termes de moyens les héros du quotidien », n’est-ce pas Julien Odoul ? La liste des fois où le RN a fait défaut aux pompiers est de toutes façons encore longue.
Le 7 novembre 2024, la députée écologiste élue dans la Drôme, Marie Pochon Pantel défendait un amendement visant à augmenter les ressources des services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) grâce à une hausse de la taxe de séjour. Les députés du Rassemblement national ont voté contre. Rebelote le 20 novembre 2024. La députée écologiste élue dans le Bas-Rhin, Sandra Regol proposait qu’une contribution des sociétés d’assurance permette de financer davantage les SDIS. Là encore, les députés d’extrême droite ont voté contre.
Le soutien affiché aux pompiers trouve également ses limites lorsqu’il est question de leur statut. Julien Odoul a dénoncé – toujours sur le plateau de France 2 – une prétendue « tentative de l’Union européenne de remettre en cause le statut du volontariat », qui, selon lui, « fragiliserait nos forces de sécurité et d’incendie ». Pourtant, le 9 juillet 2026, le Conseil d’État a estimé que les pompiers volontaires devaient être considérés comme des « travailleurs » au sens du droit européen, tout en validant l’essentiel des dérogations françaises concernant notamment le temps de travail.
Bref, le paradoxe RN est frappant : afficher un soutien sans faille aux pompiers tout en s’opposant à une meilleure reconnaissance et à de meilleures conditions de travail pour ces derniers. Surtout qu’au chapitre des incendies estivaux, le RN ne peut pas se prévaloir non plus d’une quelconque prévoyance environnementale. Ainsi, alors que le Rassemblement national accuse régulièrement les écologistes de freiner l’adaptation des forêts au changement climatique, ses votes en la matière infirment une fois encore son discours.
Le parti s’est opposé ou abstenu lors du vote d’amendements en 2023, favorisant la mise en place de « débroussaillement de la végétation basse et d’élagage des branches ». Ainsi qu’à des évolutions des pratiques forestières privilégiant la régénération naturelle des forêts plutôt qu’un reboisement systématique et rapide. Deux mesures pourtant présentées comme des outils d’adaptation face à la multiplication des incendies.
Et côté Europe ?
Cette ligne se retrouve également à Bruxelles où le moins qu’on puisse dire est que le RN ne fait rien pour s’opposer à ce dérèglement climatique à l’origine des flammes de nos étés. En février 2024, le Parlement européen examinait la loi sur la restauration de la nature, un texte-clé du pacte vert, qui prévoit de restaurer au moins 20 % des écosystèmes européens d’ici à 2030. Le Rassemblement national, avec une partie de la droite, a tenté d’en réduire la portée avant de voter contre le texte, malgré un contenu déjà largement amoindri. Parmi les objectifs figurait pourtant la restauration d’écosystèmes forestiers dégradés, directement concernés par la multiplication des incendies.
Cette opposition est assumée. Lors de la campagne des élections européennes de 2024, Jordan Bardella évoquait sur RMC « deux grandes menaces pesant aujourd’hui contre la France et décidées à Bruxelles : le pacte sur les migrations et le Pacte vert », accusé d’organiser « la décroissance en Europe ».
Concrètement, les eurodéputés du RN ont voté contre l’objectif de réduction de 55 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030, contre le doublement de la part des énergies renouvelables, contre la limitation des déchets d'emballage, contre les mesures de lutte contre l’obsolescence programmée ou encore contre l’interdiction de vendre des véhicules thermiques neufs à partir de 2035.
Le parti justifie ces positions au nom du « patriotisme économique ». Pourtant, il a également voté ou s’est abstenu, en 2021 puis en 2023, contre le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne, destiné à taxer les produits importés depuis des pays appliquant des normes environnementales moins exigeantes. Une mesure pourtant conçue pour protéger les industriels européens de la concurrence déloyale.