5 août 2026 | Mise à jour le 5 août 2026
Les fermetures de librairies et les plans sociaux se multiplient. Après Gibert, c’est au tour du groupe Nosoli, propriétaire de Furet du Nord et de Decitre, d’annoncer une vaste restructuration. Derrière ces difficultés se dessine une crise plus profonde, nourrie par la baisse des ventes, l’explosion des coûts, la concurrence des plateformes en ligne et des choix politiques qui fragilisent un secteur déjà en crise.
Le secteur de la librairie traverse une crise profonde, dont rien ne laisse entrevoir une amélioration à court terme. Fin avril, Gibert, Furet du Nord et Decitre ont été placés en redressement judiciaire. Premier libraire indépendant de France, Gibert a présenté un plan visant à « renouer avec la rentabilité en 2028 », qui prévoit 84 suppressions de postes ainsi que la fermeture de cinq librairies.
De son côté, le groupe Nosoli, propriétaire de Furet du Nord et de Decitre, a annoncé le 30 juin la fermeture de 11 de ses 27 magasins dans les prochaines semaines, dont la librairie historique de la place Bellecour à Lyon. Cette restructuration entraînera la suppression de 163 emplois sur les 600 que compte le groupe.
« C’est très compliqué, car la plupart des entreprises du secteur sont de petites structures. Mais quand cela touche de grands groupes comme Furet du Nord, il est difficile d’obtenir des informations et d’agir sur ce qui s’y passe », résume Cédrick Hafner, de la CGT librairies.
Restructurations en cascade
Pourtant, ces deux géants de la librairie n’en sont pas à leur première restructuration. En 2017, Gibert Jeune avait déjà été sauvé in extremis par un premier redressement judiciaire. En 2020, le groupe a fermé trois magasins, avant de faire disparaître définitivement l’enseigne Gibert Jeune en 2021.
En 2025, un nouveau magasin, celui de Vaulx-en-Velin, près de Lyon, a à son tour fermé ses portes. Le groupe Nosoli avait lui aussi engagé un premier plan de réduction de son réseau en 2024 avec la fermeture de cinq librairies.
Plusieurs facteurs expliquent cette crise. D’abord, l’explosion des coûts fixes, notamment les loyers et les dépenses énergétiques. Ensuite, la baisse des ventes de livres neufs, en recul de 6 % entre janvier et fin mai selon le Syndicat de la librairie française (SLF).
Cette diminution s’explique en partie par la dégradation du pouvoir d’achat, qui conduit de nombreux ménages à arbitrer leurs dépenses culturelles. Elle s’inscrit également dans un contexte de concurrence accrue des écrans. Selon le baromètre 2025 du Centre national du livre (CNL), les Français consacrent désormais en moyenne 31 minutes par jour à la lecture, soit dix minutes de moins qu’en 2023.
De 86 à 75,66 millions d’exemplaires vendus
Les chiffres d’Edistat illustrent l’ampleur du phénomène. Entre les quatre premiers mois de 2024 et la même période de 2026, les Français ont acheté près de dix millions de livres de moins : les ventes sont passées de 86 millions d’exemplaires à 75,66 millions. . « On a besoin de la culture, mais il y a beaucoup de difficultés de subvenir à ses besoins essentiels pour beaucoup de gens même en travaillant, et forcément la culture n'est plus une priorité, le budget livre est le premier qui est sacrifié », constate Cédrick Hafner.
À ces difficultés s’ajoute la concurrence des grandes plateformes de vente en ligne, au premier rang desquelles Amazon, ainsi que celle du marché du livre d’occasion. En 2021, le gouvernement a tenté de rééquilibrer la concurrence en adoptant la loi Darcos.
Avant cette loi, Amazon proposait des frais de livraison fixés à un centime d’euro, une politique tarifaire impossible à suivre pour les librairies indépendantes. La loi, portée par la sénatrice Laure Darcos, a instauré un tarif minimal de trois euros pour l’envoi d’un livre, mettant fin à cette pratique.
La manne financière du Pass Culture rabotée
Mais de l'autre côté, le gouvernement a réduit en 2025 les moyens consacrés au Pass Culture, un dispositif qui permettait à de nombreux jeunes d’acheter des livres en librairie. Les effets se sont fait sentir immédiatement. Depuis le 1er mars 2025, le montant attribué aux moins de 18 ans a été divisé par deux, passant de 300 à 150 euros.
En août 2025, Guillaume Husson expliquait dans Télérama : « Les ventes de livres liées au pass ont diminué de 40 % depuis mars, d’après les sondages qu’on a faits en librairie. C’était 3,6 % des recettes en 2024, on devrait être, au mieux, autour de 2 % à la fin de l’année. Une lame supplémentaire pour les librairies. »