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Un nouveau congé de naissance : avancée sociale ou trompe-l’œil ?

16 juin 2026 | Mise à jour le 16 juin 2026
Par | Photo(s) : Geoffroy Van Der Hasselt / AFP
Un nouveau congé de naissance : avancée sociale ou trompe-l’œil ?

L’indemnisation du nouveau congé de naissance est assurée par la Sécurité sociale : 70 % du salaire net le premier mois, 60 % le second, dans la limite d’un plafond de 4 005 €.

À partir du 1er juillet 2026, la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) ouvre un nouveau droit : un congé supplémentaire de naissance d'un ou deux mois, indemnisé par l'Assurance maladie. Une mesure présentée comme une avancée pour les familles. Mais le dispositif laisse sur le bord de la route les plus précaires et risque fort de reproduire les inégalités qu'il prétend corriger.

En France, les congés liés à une naissance forment déjà un mille-feuille législatif complexe. Du côté des mères, le congé maternité permet un arrêt total de seize semaines – six semaines avant l'accouchement, dix après –, porté à vingt-six semaines pour le troisième enfant, à trente-quatre pour des jumeaux et à quarante-six pour des triplés. Pendant ce congé maternité, la mère reçoit des indemnités journalières versées par la Sécurité sociale.

Pour les pères ou seconds parents, deux dispositifs coexistent : le congé de naissance obligatoire de trois jours ouvrables, payé à 100 % par l'employeur, et le congé paternité de vingt-cinq jours calendaires, dont quatre qui doivent obligatoirement être pris dans la continuité du congé de naissance – les 21 jours restants pouvant être fractionnés dans les six mois suivant la naissance.

Enfin existe, pour les deux parents, le congé parental d'éducation. Accessible dès la fin du congé maternité ou paternité, il peut durer jusqu'aux 3 ans de l’enfant et est plafonné à 456 € par mois. Un montant si faible qu'il dissuade la majorité des parents, et les pères en premier lieu, d'y recourir.

Un couac majeur

L'article 99 de la LFSS 2026 vient donc de créer un congé supplémentaire de naissance, codifié aux articles L.1225-46-2 à L.1225-46-7 du Code du travail. Son principe : après épuisement du congé maternité, paternité ou adoption, chaque parent peut prendre un ou deux mois supplémentaires, au choix. Les deux parents peuvent l'exercer simultanément ou en alternance, soit jusqu'à quatre mois de présence parentale au total.

L'indemnisation est assurée par la Sécurité sociale : 70 % du salaire net le premier mois, 60 % le second, dans la limite d'un plafond de 4 005 €. Salariés, fonctionnaires et indépendants sont concernés. Le congé peut être fractionné en deux périodes d'un mois, mais ne peut pas être converti en temps partiel. Autre garantie mentionnée dans le Code du travail : la durée du congé est assimilée à du travail effectif pour le calcul de l'ancienneté, et le salarié retrouve son emploi, ou un emploi équivalent, à l'issue du congé.

Mais il y a un couac majeur dans le calendrier : bien que la loi rende le dispositif applicable aux enfants nés à partir du 1er janvier 2026, le versement des indemnités ne sera opérationnel qu'au 1er juillet 2026. Conséquence directe : les parents dont l'enfant est né entre janvier et juillet 2026 pourront théoriquement prendre ce congé… mais sans toucher un centime d'indemnité.

Une mise en œuvre qui accroche

Camille, 32 ans, est accompagnante d'élèves en situation de handicap (AESH) en CDD depuis un an. Elle attend son deuxième enfant. Son congé maternité commence le 27 juin. Elle avait anticipé : prévenir sa gestionnaire le plus tôt possible pour pouvoir enchaîner le nouveau congé supplémentaire, puis le congé parental.

La réponse qu'elle a reçue l'a laissée sans voix.  « Elle est vraiment désolée, elle me dit que, pour l'instant, elle n'a aucun moyen de mettre en application ce congé supplémentaire. » Dans le cas de Camille, agent en CDD dans l'Éducation nationale, la loi existe donc… mais les conditions concrètes de son application ne suivent pas. « Si je l'obtiens, au niveau financier, c'est quand même avantageux, parce que ça représente 70 % du salaire le premier mois, et 60 % le deuxième. » Mais encore faut-il pouvoir y accéder…

Son cas n'est pas isolé. Le texte prévoit lui-même une exception notable : la condition d'épuisement préalable des droits de congé maternité ou paternité ne sera pas opposable aux salariés qui n'auront pas pu bénéficier de ces congés faute de remplir les conditions d'ouverture de droits aux indemnités journalières. Une précaution qui révèle en creux l'étendue des zones grises du dispositif.

Une avancée à deux vitesses

Sophie, bénévole chez l'association Parents & Féministes, commence : « Ce nouveau congé est mieux que rien ». Mais elle pointe aussi les angles morts. « Ça risque de créer des inégalités selon le statut de chacun. Plein de personnes se trouvent quand même sur le carreau : les gens sans CDI, les intermittents du spectacle, etc. C'est problématique, car ça manque de transparence. »

Elle soulève surtout la question de fond : à qui ce congé bénéficiera-t-il réellement ? « Ça peut quand même continuer à freiner la carrière des femmes. En fait, c'est une évolution à deux vitesses. La vraie égalité, ça sera quand le père aura le même nombre de jours de congé que la mère, pour que cette dernière ne mette pas sa carrière en pause en priorité. »

Du côté de la CGT, le diagnostic est sans ambiguïté. Le syndicat revendique un congé maternité de vingt-quatre semaines, un congé paternité porté à quatre mois et rendu obligatoire, et un congé parental de six mois pour chaque parent, rémunéré à 80 % du salaire. À l'aune de ces exigences, le nouveau congé supplémentaire apparaît au syndicat comme une réforme a minima, d'autant que son financement repose en partie sur un report de 14 à 18 ans de la majoration des allocations familiales. Autrement dit : une perte de droits pour les familles modestes, destinées à financer une prestation dont les précaires auront plus de mal à profiter.

Ainsi, sans réforme structurelle des niveaux d'indemnisation et sans accompagnement des employeurs dans l'application du texte, ce congé risque fort de rester, comme le congé parental avant lui, un droit que seuls ceux qui peuvent se l'offrir exerceront vraiment.