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JUSTICE

« Elle a été mise au placard » : les services du Premier ministre visés par une plainte pour harcèlement moral

11 août 2026 | Mise à jour le 11 août 2026
Par | Photo(s) : Wikimedia Commons / Frédéric de Goldschmidt www.frederic.net
« Elle a été mise au placard » : les services du Premier ministre visés par une plainte pour harcèlement moral

Matignon, qui a longtemps gardé le silence, a finalement annoncé l'ouverture de plusieurs enquêtes administratives ainsi qu'un audit extérieur.

Les services du Premier ministre sont visés par une plainte pour harcèlement moral déposée par une salariée. Un représentant du personnel a également effectué un signalement au procureur de la République au titre de l'article 40 du Code de procédure pénale.

Deux suicides, deux tentatives de suicide et une mort « suspecte » depuis octobre 2025, le tout au sein des services du Premier ministre. Les révélations de France Inter sont terribles et décrivent des situations de harcèlement moral institutionnel présumé, relayées par de nombreuses alertes adressées à la direction. Plusieurs agents évoquent également une forte pression au travail, sur fond d’instabilité politique du pays.

Matignon, qui a longtemps gardé le silence, a finalement annoncé l’ouverture de plusieurs enquêtes administratives ainsi qu’un audit extérieur. Des mesures insuffisantes et trop tardives, selon Me Christelle Mazza, qui représente la fonctionnaire ayant porté plainte pour harcèlement moral. Un représentant du personnel a, pour sa part, effectué un signalement auprès du procureur au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale, afin de dénoncer des « pratiques managériales mises en place à grande échelle pour créer, délibérément, un climat oppressant ». Cette situation serait susceptible de relever du harcèlement moral institutionnel, une notion reconnue par la Cour de cassation en janvier 2025 dans un arrêt relatif à l’affaire France Télécom.

Une tentative de suicide en avril

« Il y a une enquête préliminaire en cours, il faut laisser la justice faire son travail. Ce n’est plus le temps de l’enquête administrative, elle aurait dû être lancée il y a des mois, quand les nombreuses alertes ont été émises », déplore l’avocate, qui considère que l’enquête administrative diligentée par Matignon s’apparente à « une dépense inutile des deniers publics ». « C’est encore un moyen de ne pointer que les responsabilités personnelles. Matignon veut raisonner en silos et gérer les cas un par un, pour ne pas avoir à questionner son organisation », tance-t-elle.

Christelle Mazza revient sur les épreuves traversées par sa cliente. Cette dernière travaillait au sein de la correspondance des services du Premier ministre et son quotidien s’est détérioré depuis 2023. « Il y avait des humiliations à répétition, du déclassement… On l’a déchargée de ses missions pour tout doucement l’invisibiliser, avant de l’installer au sous-sol, loin des équipes avec qui elle travaillait. Elle n’avait presque plus rien à faire… Elle a été mise au placard. » La salariée aurait même fait un malaise après des humiliations infligées devant une dizaine de personnes, retrace l’avocate.

Par la suite, la plaignante a multiplié les alertes : elle a signalé sa situation à son syndicat et demandé une protection à son supérieur hiérarchique. Selon son avocate, un audit interne aurait également mis en évidence des difficultés dans ses conditions de travail. La réponse de sa hiérarchie aurait alors été de lui proposer de changer de service. Une solution que Me Christelle Mazza considère comme une manière de faire porter à sa cliente la responsabilité de la situation. En avril dernier, la fonctionnaire a tenté de se suicider. « On ne parle pas seulement de droit du travail, on parle de la dignité de la personne », conclut l’avocate.

Nathan Lautier