78% des Français n'ont pas confiance en la politique... La défiance publique explose selon ce baromètre

La défiance publique atteint des sommets en France.
C'est un taux défiance record, jamais enregistré depuis 17 ans d'existence de ce baromètre de référence réalisé chaque année, en début d’année, par Opinionway pour le Cevipof (le centre de recherches politiques de Sciences Po). Les chiffres n'ont jamais été aussi bas. Ils sont d'autant plus inquiétants que la confiance en la politique s’effondre seulement en France, et à tous les items de l’enquête, en comparaison avec les opinions des trois autres pays sondés – Allemagne, Italie, Royaume-Uni. Et quelle chute, vertigineuse, quand toutes les cases sont cochées à la baisse !
L’explosion de la défiance française à l’égard de son personnel dirigeant se dit dans des chiffres éloquents et sous plusieurs dimensions. Tout d’abord, seuls 22 % des Français déclarent avoir confiance dans la politique, en baisse de 4 points par rapport à 2025. Tandis que cette confiance atteint 45% chez nos voisins allemands, 40% en Italie, et 44% chez les britanniques. Seuls 15 % des Français font confiance aux partis politiques et seuls 18 % au président de la République actuel. La chute est rude pour Emmanuel Macron qui recueillait encore quelques 23 % de taux de confiance en 2025. Le même qui, dans le cadre des élections législatives anticipées de juin 2024 aura contribué à accentuer le désarroi des Français.
La confiance n’est pas plus grande envers les chambres. Seuls 20 % des Français accordent de la confiance dans l'Assemblée nationale, score en chute de 4 points par rapport à 2025, « Un niveau historiquement bas, bien loin des espoirs de « re-parlementarisation » de notre vie politique », souligne le Cevipof. Le Sénat plafonne lui à 26%. Pour le gouvernement, c’est pire encore : 17% de confiance. Jamais la « cote de popularité » n'aura été aussi basse depuis le lancement de ce baromètre.
Une classe politique, étrangère à son propre pays
Pour plus de 70 % des Français sondés, le jugement sur le personnel politique est très négatif. Il est dominé par cette idée écrasante qu'il n'est pas empathique ; qu'il ne se préoccupe pas de ce que pensent les gens ; qu'il n’est pas efficace, pas à l'écoute, et même « corrompu » etc. D'où se dégage ce sentiment général, pointé par l'enquête, que les Français considèrent « qu'on pourrait faire sans eux », et que la classe politique est devenue comme « étrangère à son propre pays », explique Bruno Cautrès, chercheur (CNRS/SciencesPo) au Cevipof et l’un des coauteurs de l’étude.
Certes, bien qu’on observe un fossé entre les taux calculés en France et les niveaux de désamour public mesurés chez nos voisins, cette défiance vis-à-vis du politique n'est pas spécifique à la France. « Ce sentiment que le politique n’est plus à l’écoute des citoyens est un mal démocratique européen qu’on retrouve dans de très nombreux pays sondés », fait valoir le Cevipof. Sauf qu'en France, le phénomène est singulièrement accentué, « d’une profondeur sans comparaison avec les autres pays européens », alerte Bruno Cautrès.
Structurellement perçu de manière négative en France, l'univers de la politique ne semble plus inspirer que désillusion : « L'inquiétude, la colère et la confusion sont les sentiments qui dominent, l'espoir y étant nettement plus faible en France qu'en Allemagne, au Royaume-Uni ou en Italie », souligne le Cevipof. Cette année 2026 enregistre en effet les pourcentages les plus réduits à propos du jugement des Français sur le fonctionnement de notre démocratie : 20% seulement pensent que les hommes et femmes politiques essaient de tenir leurs promesses. Tandis que 76% les jugent plutôt corrompus et que 87% dénoncent leur indifférence à leurs préoccupations essentielles. À noter aussi que 45 % des interrogés expriment une lassitude (+ 5 % vs 2025). Notamment depuis la dissolution de 2024 qui a donné aux Français l'impression que la politique est une pièce de théâtre, « qui se joue d'ailleurs sans public, une tragi-comédie très éloigné d'eux », dixit l'enquête.
Mal-démocratie exige plus de démocratie
Autre donnée à retenir, 80 % des Français considèrent que le gouvernement « navigue à vue ». Pour 3 Français sur 4, la démocratie fonctionne mal. À ce sujet, notons qu'il y a 76% (5 points de plus qu'en 2025) de mécontents en France, contre 59 % en Italie, 47 % en Allemagne, 44 % au Royaume-Uni. Le décalage entre ces pays paraît énorme. Il l'est. Mais comment s'explique-t-il ? Regardons les chiffres : 87 % des Français considèrent que les politiques ne s'intéressent pas à leurs préoccupations. Pourtant, 53 % de ces mêmes Français se déclarent intéressés, voire très attachés à la politique. Surtout, à la démocratie en tant que régime politique : 82 % des Français louent le principe de démocratie. En pratique, ils souhaitent un rôle davantage actif pour les citoyens ordinaires : « 72% des sondés pensent que la démocratie fonctionnerait mieux si les citoyens étaient associés plus directement aux décisions politiques », souligne à ce titre Flora Chanvril, ingénieure de recherche au Cevipof et coautrice de la note.
Les Français attendent ainsi plus d'ouverture, de transparence, d'inclusivité, de participation citoyenne. 72 % des sondés soutiennent l'idée d'organiser des conventions citoyennes, notamment sur des sujets sociétaux, par le biais de pétitions, de tirages au sort et de référendums. Autant d'outils perçus comme des moyens de réappropriation du pouvoir politique par les citoyens. « 76% des Français interrogés restent attachés au vote comme outil d'expression démocratique. Ce résultat rappelle un paradoxe : si la démocratie représentative est jugée sévèrement (défiance envers les partis, sentiment d'un personnel politique éloigné des préoccupations quotidiennes, perception d'un système inefficace), elle n'est pas rejetée dans son principe. Les citoyens cherchent avant tout à la compléter et à la corriger », argumente Flora Chanvril.
La part belle aux services publics et de proximité
Il n'empêche que, si l'opinion envers le personnel politique et les institutions qu'il représente sont au niveau le plus bas dans ce 17e sondage, il en va tout autrement des services et des institutions publiques, dès lors qu'ils incarnent des fonctions de soin, de protection, de proximité et de solidarité et bref, de réponse aux besoins immédiats des gens. Exemple : s'agissant de l'item « sécurité », le baromètre met en évidence un niveau de confiance assez élevé – de 65 % à 70 % – dans la Sécurité sociale, les services de police, l'hôpital public et… la gendarmerie. A mettre en perspective avec le niveau de confiance accordé au service public de la justice qui, lui, n'est gratifié que de 45 % de taux de confiance. Enfin, 55 % des Français sont en désaccord avec l’affirmation selon laquelle c’est aux citoyens et non aux juges de décider de l’éligibilité d’un candidat quand bien même celui-ci aurait enfreint la loi.
Pour Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS et lui aussi coauteur, ces chiffres témoignent d'une transformation du rapport des Français au politique : « Dans un pays bâti sur le modèle républicain, sur le plan historique, ces chiffres témoignent bien d’une déconnexion ou d’un déphasage historique entre les citoyens et la façon dont le pouvoir démocratique est organisé, et non pas avec la démocratie en tant que telle. »