2 février 2026 | Mise à jour le 2 février 2026
Le patron du Medef, Patrick Martin, a osé évoquer la création d’un « Smic jeunes » et celle d’un « contrat jeunes » auquel l'employeur pourrait mettre fin sans motif au cours des trois premières années. Des propositions qui, rendues publiques, ont indigné largement au cours du week-end. Et qui rappellent la tentative du gouvernement d’instaurer le contrat première embauche (CPE) en 2006. Manifestations massives, blocages d'universités… Il y a vingt ans, la jeunesse l’avait combattu, contraignant le gouvernement à reculer. Un mouvement social d'ampleur resté dans les mémoires.
«
On refuse l'avenir qui nous est proposé. Le chômage concerne l'ensemble de la société, notre génération n'est pas prête à payer la facture », s'insurge une étudiante interviewée dans le cortège parisien qui défile contre le gouvernement, ce 7 mars 2006. Trois jours plus tard, la grève est votée dans des dizaines d'universités. Depuis l'annonce, le 16 janvier, de la création d'un contrat première embauche (
CPE) par le Premier ministre de l'époque, Dominique de Villepin, la jeunesse ne décolère pas et se mobilise à l'appel des syndicats étudiants. Le CPE a été présenté officiellement comme une réponse au chômage
des jeunes, qui culmine à 23 %. Il prend la forme d'un CDI destiné aux moins de 26 ans, adossé à une période d'essai de deux ans que les employeurs peuvent rompre à tout moment, sans justification. Depuis 2005, un contrat couplé à deux ans de période d'essai – appelé contrat nouvelle embauche (CNE) –, très contesté par les syndicats, est déjà en place.
Toutes les organisations de travailleurs, excepté la CFE-CGC, s'opposent donc dès son annonce au CPE, ce contrat précaire ciblant les jeunes. « Nous n'acceptons pas que s'installe dans le droit social français la liberté de licencier sans motif et une période d'essai du salarié de deux ans, en dérogation des normes conventionnelles », fait savoir le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault.
Villepin perd son pari
Le CPE figure à l'article 8 du projet de loi pour l'égalité des chances. Face à la contestation grandissante, Dominique de Villepin a décidé d'accélérer et, le 23 janvier, il utilise la procédure d'urgence parlementaire. En réponse, un appel à la mobilisation est lancé dès le lendemain par les organisations étudiantes, soutenues par les syndicats de travailleurs et des partis de gauche. Le collectif national créé pour exiger le retrait de la loi est décliné en structures locales qui se montreront très actives. La première manifestation sur le plan national, le 7 février, réunit 400 000 personnes. L'utilisation du 49.3 deux jours plus tard pour faire adopter le texte en force ne fait qu'accroître l'ampleur de la contestation. Le 7 mars, la barre du million de manifestants est franchie. Jusque dans les petites villes, les rues sont noires de monde. De nombreuses universités sont occupées…
Le Premier ministre propose alors de dialoguer. Mais les syndicats exigent le retrait du texte. « On refuse d'aménager la précarité », assène alors Bruno Julliard, le président de l'Unef, principal syndicat étudiant, à la pointe du combat. À l'époque militante à l'Unef, Sophie Binet, l'actuelle secrétaire générale de la CGT, participe activement au mouvement. Promulguée le 31 mars, la loi sera finalement abrogée le 10 avril face à la détermination de l'opposition. Le CNE a été quant à lui abrogé en 2008. Incarnation d'un mouvement organisé de jeunesse parvenu à faire reculer le gouvernement avant l'avènement des réseaux sociaux, la lutte anti-CPE marque depuis les mémoires militantes.