À venir
Votre identifiant correspond à l'email que vous avez renseigné lors de l'abonnement. Vous avez besoin d'aide ? Contactez-nous au 01.49.88.68.50 ou par email en cliquant ici.
HAUT
mobilisation

Sous-investissement, dette colossale : à Kem One, les salariés du site de Saint-Fons inquiets pour leur avenir... mais déterminés

31 mars 2026 | Mise à jour le 31 mars 2026
Par
Sous-investissement, dette colossale : à Kem One, les salariés du site de Saint-Fons inquiets pour leur avenir... mais déterminés

Les salariés de Kem One déterminés à sauver leur usine.

Dans la vallée de la chimie, des salariés de Kem One ont débrayé ce mardi 31 mars pour alerter sur l'avenir du groupe. Dégradation financière, désengagement du propriétaire et manque d'investissements dans l'usine de Saint-Fons, vieillissante, font craindre le pire aux salariés, qui ont déjà alerté les services de l'État.

Ce mardi 31 mars au matin, un vent glacial souffle à Saint-Fons, commune au sud de Lyon dans la vallée de la chimie. Devant le site de Kem One, fabriquant de PVC, une quinzaine de salariés sont mobilisés depuis 6h. « C'est quand même fou, on ne fait pas grève pour nous ou nos salaires, mais pour demander des investissements dans l'usine ! », s'agace Mohamed, technicien de maîtrise chez Kem One, où il travaille depuis 27 ans. « Nous nous étions déjà mobilisés le 18 décembre, car l'usine de Saint-Fons est vieillissante et des investissements rapides sont nécessaires. Aujourd'hui, cette revendication s'ajoute à une alerte concernant la santé financière de l'entreprise », rappelle Didier Chaix, délégué syndical central. La dette du groupe serait passée de 10 millions d’euros en 2021, moment du rachat par le fonds Apollo, propriétaire actuel, à 710 M€, selon la CGT.

« Pour la fabrication de PVC, qui n'est pas un produit à forte valeur ajoutée, la dette est trop importante », ajoute-t-il. Les Assises du made in France organisées par la CGT le 26 mars ont été l'occasion pour l'élu syndical de faire passer une alerte à Sébastien Martin, ministre de l'Industrie et présent à l’événement, après une lettre ouverte adressée par la FNIC (chimie) et la CGT Kem One au président Emmanuel Macron le 20 mars. Car, en plus des raisons qui mobilisent les salariés, la CGT affirme que le fonds propriétaire de Kem One, Apollo, cherche à se désengager, ce qui inquiète quant à l'avenir des cinq usines du groupe et de ses 1300 salariés (dont 240 à Saint-Fons). 

Des équipements vétustes

La conséquence, pointée par les salariés présents : des équipements de plus en plus « vieillissants », insistent-ils donc, sur ce site de Saint-Fons « que la direction abandonne ». Ils pointent un « plan social silencieux » avec des démissions et départs en cascade et non remplacés. « En 35 ans dans l'entreprise, mon service de Recherche et Développement est passé de 50 salariés à 4 actuellement. On ne peut plus faire ce que l'on faisait avant, souligne Philippe, technicien. Je pars à la retraite dans un an et je sais déjà que je ne serai pas remplacé. »

Selon la CGT, en un an une centaine de départs de Saint-Fons n'auraient ainsi pas été pourvus. Le non-remplacement d'un dégazeur – appareil « indispensable à la production » pointe Mohamed – serait un signe de mauvais augure pour le site, selon le témoignage des salariés présents. « Ce dégazeur, c'est une chimère ; on nous le promet mais il n'arrive jamais, ajoute Didier Chaix. L'usine de Saint-Fons est vieille et les repreneurs ne réalisent pas les investissements conséquents nécessaires. Nous voulons de meilleures conditions de fiabilité industrielle, de sécurité. » D'autant que le site, classé Seveso et situé dans un bassin de population dense, nécessite des investissements au long cours. 

Des choix financiers décriés par la CGT

Depuis le rachat par Apollo, la crise du covid et la mauvaise santé des clients de Kem One (industrie auto, bâtiment, emballages) participent à la dégradation financière du groupe. Mais la CGT pointe largement les choix financiers du fonds de capital-investissement américain : « Apollo a structuré l'acquisition de Kem One par un Leveraged Buy-Out (LBO), système d'endettement de l'entreprise dans lequel l'acquéreur ne prend aucun risque, rappelait Didier Chaix lors d'une Commission d'enquête sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs à l'Assemblée nationale. Aujourd'hui, la captation des flux financiers est constante, quelle que soit la situation. Tous ces acteurs sont rémunérés même lorsque la conjoncture est défavorable à l'entreprise, ce que nous dénonçons ».

Il pointait également 25M€ de frais de conseil « prélevés sur les comptes de Kem One » en 2024-2025.  « Nous souhaitons un acquéreur avec une vision à long terme, pas un fonds qui a une vision uniquement financière, insiste le délégué syndical ce 31 mars. Aujourd'hui, le dossier est entre les mains du ministère. Nous avons bien entendu le message de soutien du ministre à l'Industrie la semaine dernière, mais nous jugerons sur les actes. » À l'heure où nous publions cet article, la direction lyonnaise de Kem One, via son service communication, n'a pas répondu à notre sollicitation.