27 mai 2026 | Mise à jour le 27 mai 2026
Par
Noah Gaume | Photo(s) : Enzo Hanart / Emil Dromery
En grève depuis le 3 mars 2026, neuf coiffeuses d’un salon situé dans le Xe arrondissement de Paris ont été régularisées. Pour célébrer la fin de ce combat de longue haleine, mené aux côtés de la CGT, elles organisent une fête de la victoire jeudi 28 mai.
Soixante-dix-huit jours d'une grève historique pour les coiffeuses du 65, boulevard de Strasbourg, à Paris, et à la fin, la victoire. C'est notamment à la suite de salaires impayés depuis octobre 2025 qu'une dizaine d'employées de l’institut Sabadou et Jade, dont certaines étaient en situation irrégulière, se sont mobilisées pour faire valoir leurs droits. Considérées comme potentielles victimes de traite d'êtres humains, neuf des manifestantes ont obtenu leur régularisation le temps de la procédure. Une délivrance, alors que leur ancien employeur exigeait d'elles un versement mensuel de 250 € tant qu’elles n'avaient pas obtenu de titre de séjour… pour leur fournir les fiches de paie nécessaires à la justification de leur activité. Cissé, coiffeuse sur place, déplorait auprès de NVO.fr ne pas avoir de congés et devoir travailler durant des journées de 10 heures, dont seulement quelques-unes étaient déclarées.
Mais avant le soulagement qui a suivi la décision du tribunal de commerce de mettre en liquidation l’entreprise puis celle de la préfecture de leur délivrer des titres de séjour, il y a eu un combat acharné. Adèle Tellez, secrétaire générale de la CGT Paris, rappelle : « C'est une manifestation de femmes, des immigrées, dont un certain nombre n'avaient pas de titre de séjour. Ce sont autant d'éléments qui s'ajoutent à leur vulnérabilité. » Malgré cette fragilité administrative, « ce sont elles qui se sont déplacées à l'union locale lors des réunions du dimanche pour faire connaître leur situation et demander un accompagnement de la CGT », se souvient Sébastien Perronet, secrétaire de l'union locale CGT du Xe arrondissement.
Une mobilisation soutenue
Leur lutte rappelle celle des « coiffeuses du 57 », des employées en situation irrégulière du salon New York Fashion, également situé sur le boulevard de Strasbourg, qui avaient fait grève entre mai 2014 et novembre 2016 et étaient parvenues à faire condamner les deux anciens gérants. Si ces dernières n'ont pas activement participé à la mobilisation de ces derniers mois, « plusieurs d'entre elles sont venues sur le piquet de grève pour montrer leur soutien et leur solidarité », témoigne Sébastien Perronet. Une solidarité qui s'est par la suite étendue aux riverains et aux associations au fil des semaines. C'est d’ailleurs pour les remercier qu'une fête de la victoire est organisée le 28 mai.
Adèle Tellez, qui a accompagné les coiffeuses tout au long de leur mobilisation, relève auprès du média InfoMigrant que des situations similaires ont été observées à proximité. « On sait que d’autres salariés risquent d’être victimes de traite. On voudrait échanger avec les pouvoirs publics pour régler le problème de manière plus large et protéger les travailleurs. Et ça, ça passe par le fait de donner des titres de séjour », souligne-t-elle.