11 avril 2026 | Mise à jour le 11 avril 2026
Gyula Pallagi est vice-président de la Magyar Szakszervezeti Szövetség (MASZSZ), ou Confédération des syndicats hongrois en français. Il a accepté de revenir sur le paysage social de son pays avant les élections législatives de ce dimanche 12 avril. Un entretien à retrouver dans le numéro du mois d'avril d'Ensemble – La Vie ouvrière.
Comment ont évolué les droits des syndicats et du travail depuis l'arrivée au pouvoir du Fidesz en 2010 ?
Les droits syndicaux et ceux des travailleurs se sont considérablement détériorés. Le Code du travail a subi une modification majeure en 2012 en faveur des employeurs, le droit de grève a été fortement restreint, voire interdit dans certains cas, et, plus récemment, le prélèvement des cotisations syndicales par l'employeur a été interdit dans le secteur public.
Pouvez-vous revenir sur ce qu'il s'est passé dans les usines de Suzuki et de Continental ?
Au cours des trois dernières décennies, Suzuki n'a cessé de licencier les dirigeants élus du syndicat, afin de rendre toute organisation impossible et de menacer les travailleurs. Bien qu'elle ait perdu tous les procès devant les tribunaux, elle préfère toujours honorer des amendes et des salaires impayés plutôt que se conformer à la justice. La dernière fois, elle n'a même pas attendu la décision du tribunal pour conclure un accord avec le dirigeant syndical licencié. L'usine Continental de Makó a enfreint toute une série de règles relatives aux produits chimiques et à la prévention des accidents, elle a mis sur la touche les travailleurs souffrant de problèmes de santé, puis a licencié le dirigeant syndical qui avait dénoncé ces faits en janvier 2024, après vingt-sept ans de service à Conti. Depuis, la production de preuves et plusieurs décisions de justice ont donné raison au syndicaliste.
À quoi se résume l'influence des syndicats à l'heure actuelle ?
Dans ces conditions hostiles, l'influence des syndicats s'affaiblit de plus en plus. Le nombre de leurs adhérents diminue, la couverture des conventions collectives est l'une des plus faibles de l'Union européenne et leur influence politique est minime. Le parti conservateur au pouvoir, le Fidesz, ne croit pas au dialogue social, la syndicalisation est interdite au sein des ministères et le Premier ministre a déclaré de façon provocante qu'il n'avait besoin de négocier qu'avec les chambres professionnelles et que les syndicats étaient inutiles, le gouvernement étant du côté des travailleurs. La situation des syndicats est encore pire dans le secteur public que dans le secteur privé. Propos recueillis par Corentin Léotard